Affichage des articles dont le libellé est Séquence INCIPIT. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Séquence INCIPIT. Afficher tous les articles
lundi 18 février 2019
4e séquence : Giono, Un roi sans divertissement. Texte COMPLEMENTAIRE Incipit : Flaubert
Texte
3 : Gustave Flaubert, L'Éducation
Sentimentale (1869), incipit.
Le
15 septembre 1840, vers six heures du matin, la
Ville-de-Montereau, prêt de partir, fumait à gros tourbillons
devant le quai Saint-Bernard.
Des
gens arrivaient hors d'haleine ; des barriques, des câbles, des
corbeilles de linge gênaient la circulation ; les matelots ne
répondaient à personne ; on se heurtait ; les colis montaient entre
les deux tambours, et le tapage s'absorbait dans le bruissement de la
vapeur, qui, s'échappant par des plaques de tôle, enveloppait tout
d'une nuée blanchâtre, tandis que la cloche, à l'avant, tintait
sans discontinuer.
Enfin
le navire partit ; et les deux berges, peuplées de magasins, de
chantiers et d'usines, filèrent comme deux larges rubans que l'on
déroule.
Un
jeune homme de dix-huit ans, à longs cheveux et qui tenait un album
sous son bras, restait auprès du gouvernail, immobile. A travers le
brouillard, il contemplait des clochers, des édifices dont il ne
savait pas les noms ; puis il embrassa, dans un dernier coup d'oeil,
l'île Saint-Louis, la Cité, Notre-Dame ; et bientôt, Paris
disparaissant, il poussa un grand soupir.
M.
Frédéric Moreau, nouvellement reçu bachelier, s'en retournait à
Nogent-sur-Seine, où il devait languir pendant deux mois, avant
d'aller faire son droit. Sa mère, avec la somme indispensable,
l'avait envoyé au Havre voir un oncle, dont elle espérait, pour
lui, l'héritage ; il en était revenu la veille seulement ; et il se
dédommageait de ne pouvoir séjourner dans la capitale, en regagnant
sa province par la route la plus longue.
Le
tumulte s'apaisait ; tous avaient pris leur place ; quelques-uns,
debout, se chauffaient autour de la machine, et la cheminée crachait
avec un râle lent et rythmique son panache de fumée noire ; des
gouttelettes de rosée coulaient sur les cuivres ; le pont tremblait
sous une petite vibration intérieure, et les deux roues, tournant
rapidement, battaient l'eau.
La
rivière était bordée par des grèves de sable. On rencontrait des
trains de bois qui se mettaient à onduler sous le remous des vagues,
ou bien, dans un bateau sans voiles, un homme assis pêchait ; puis
les brumes errantes se fondirent, le soleil parut, la colline qui
suivait à droite le cours de la Seine peu à peu s'abaissa, et il en
surgit une autre, plus proche, sur la rive opposée.
Des
arbres la couronnaient parmi des maisons basses couvertes de toits à
l'italienne. Elles avaient des jardins en pente que divisaient des
murs neufs, des grilles de fer, des gazons, des serres chaudes, et
des vases de géraniums, espacés régulièrement sur des terrasses
où l'on pouvait s'accouder. Plus d'un, en apercevant ces coquettes
résidences, si tranquilles, enviait d'en être le propriétaire,
pour vivre là jusqu'à la fin de ses jours, avec un bon billard, une
chaloupe, une femme ou quelque autre rive. Le plaisir tout nouveau
d'une excursion maritime facilitait les épanchements. Déjà les
farceurs commençaient leurs plaisanteries. Beaucoup chantaient. On
était gai. Il se versait des petits verres.
Frédéric
pensait à la chambre qu'il occuperait là-bas, au plan d'un drame, à
des sujets de tableaux, à des passions futures. Il trouvait que le
bonheur mérité par l'excellence de son âme tardait à venir. Il se
déclama des vers mélancoliques ; il marchait sur le pont à pas
rapides ; il s'avança jusqu'au bout, du côté de la cloche ; -- et,
dans un cercle de passagers et de matelots, il vit un monsieur qui
contait des galanteries à une paysanne, tout en lui maniant la croix
d'or qu'elle portait sur la poitrine. C'était un gaillard d'une
quarantaine d'années, à cheveux crépus. Sa taille robuste
emplissait une jaquette de velours noir, deux émeraudes brillaient à
sa chemise de batiste, et son large pantalon blanc tombait sur
d'étranges bottes rouges, en cuir de Russie, rehaussées de dessins
bleus.
4e séquence : Giono, Un roi sans divertissement. Texte COMPLEMENTAIRE Incipit : Diderot
Texte
complémentaire : Denis
Diderot, Jacques le
Fataliste (1796),
incipit.
Comment
s'étaient-ils rencontrés? Par hasard, comme tout le monde. Comment
s'appelaient-ils? Que vous importe? D'où venaient-ils? Du lieu le
plus prochain. Où allaient-ils? Est-ce que l'on sait où l'on va?
Que disaient-ils? Le maître ne disait rien; et Jacques disait que
son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal
ici-bas était écrit là-haut.
LE
MAÎTRE: C'est un grand mot que cela.
JACQUES:
Mon capitaine ajoutait que chaque balle qui partait d'un fusil avait
son billet.
LE
MAÎTRE: Et il avait raison...
Après
une courte pause, Jacques s'écria: "Que le diable emporte le
cabaretier et son cabaret!
LE
MAÎTRE: Pourquoi donner au diable son prochain? Cela n'est pas
chrétien.
JACQUES:
C'est que, tandis que je m'enivre de son mauvais vin, j'oublie de
mener nos chevaux à l'abreuvoir. Mon père s'en aperçoit; il se
fâche. Je hoche de la tête; il prend un bâton et m'en frotte un
peu durement les épaules. Un régiment passait pour aller au camp
devant Fontenoy; de dépit je m'enrôle. Nous arrivons; la bataille
se donne.
LE
MAÎTRE: Et tu reçois la balle à ton adresse.
JACQUES:
Vous l'avez deviné; un coup de feu au genou; et Dieu sait les bonnes
et mauvaises aventures amenées par ce coup de feu. Elles se tiennent
ni plus ni moins que les chaînons d'une gourmette. Sans ce coup de
feu, par exemple, je crois que je n'aurais été amoureux de ma vie,
ni boiteux.
LE
MAÎTRE: Tu as donc été amoureux?
JACQUES:
Si je l'ai été!
LE
MAÎTRE: Et cela par un coup de feu?
JACQUES:
Par un coup de feu.
LE
MAÎTRE: Tu ne m'en as jamais dit un mot.
JACQUES:
Je le crois bien.
LE
MAÎTRE: Et pourquoi cela?
JACQUES:
C'est que cela ne pouvait être dit ni plus tôt ni plus tard.
LE
MAÎTRE: Et le moment d'apprendre ces amours est-il venu?
JACQUES:
Qui le sait ?
LE
MAÎTRE: A tout hasard, commence toujours..."
Jacques
commença l'histoire de ses amours. C'était l'après-dîner: il
faisait un temps lourd; son maître s'endormit. La nuit les surprit
au milieu des champs; les voilà fourvoyés. Voilà le maître dans
une colère terrible et tombant à grands coups de fouet sur son
valet, et le pauvre diable disant à chaque coup: "Celui-là
était apparemment encore écrit là-haut..."
Vous
voyez, lecteur, que je suis en beau chemin, et qu'il ne tiendrait
qu'à moi de vous faire attendre un an, deux ans, trois ans, le récit
des amours de Jacques, en le séparant de son maître et en leur
faisant courir à chacun tous les hasards qu'il me plairait.
Qu'est-ce qui m'empêcherait de marier le maître et de le faire
cocu? d'embarquer Jacques pour les îles? d'y conduire son maître?
de les ramener tous les deux en France sur le même vaisseau? Qu'il
est facile de faire des contes! Mais ils en seront quittes l'un et
l'autre pour une mauvaise nuit, et vous pour ce délai.
L'aube
du jour parut. Les voilà remontés sur leurs bêtes et poursuivant
leur chemin. Et où allaient-ils? Voilà la seconde fois que vous me
faites cette question, et la seconde fois que je vous réponds:
Qu'est-ce que cela vous fait? Si j'entame le sujet de leur voyage,
adieu les amours de Jacques... Ils allèrent quelque temps en
silence. Lorsque chacun fut un peu remis de son chagrin, le maître
dit à son valet: "Eh bien, Jacques, où en étions-nous de tes
amours?
4e séquence : Giono, Un roi sans divertissement. Texte COMPLEMENTAIRE incipit : Scarron
Texte
complémentaire :
Paul
Scarron, Le
Roman comique,
1651, incipit.
Le
soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char,
ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu'il ne
voulait. Si ses chevaux eussent voulu profiter de
la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en
moins d'un demi-quart d'heure ; mais, au lieu de tirer de toute leur
force ils ne s'amusaient qu'à faire des
courbettes, respirant un air marin qui les faisait hennir et les
avertissait que la mer était proche, où l'on dit que leur maître
se couche toutes les nuits. Pour parler plus humainement et
plus intelligiblement, il était entre cinq et six quand une
charrette entra dans les halles du Mans. Cette charrette était
attelée de quatre bœufs fort maigres, conduits par une jument
poulinière dont le poulain allait et venait à l'entour de la
charrette comme un petit fou qu'il était. La charrette était pleine
de coffres, de malles et de gros paquets de toiles peintes qui
faisaient comme une pyramide au haut de laquelle paraissait une
demoiselle habillée moitié ville, moitié campagne.
Un
jeune homme, aussi pauvre d'habits que riche de mine, marchait à
côté de la charrette. Il avait un grand emplâtre sur le visage,
qui lui couvrait un œil et la moitié de la joue,
et portait un grand fusil sur son épaule, dont il avait assassiné
plusieurs pies, geais et corneilles, qui lui faisaient comme une
bandoulière au bas de laquelle pendaient par les
pieds une poule et un oison qui avaient bien la mine d'avoir été
pris à la petite guerre . Au lieu de chapeau, il n'avait qu'un
bonnet de nuit entortillé de jarretières de différentes
couleurs, et cet habillement de tête était une manière de turban
qui n'était encore qu'ébauché et auquel on n'avait pas encore
donné la dernière main. Son pourpoint était une casaque de
grisette ceinte avec une courroie, laquelle lui servait aussi à
soutenir une épée qui était aussi longue qu'on ne s'en pouvait
aider adroitement sans fourchette. Il portait des chausses
troussées à bas d'attache, comme celles des comédiens quand ils
représentent un héros de l'Antiquité, et il avait, au lieu de
souliers, des brodequins à l'antique que les boues avaient gâtés
jusqu'à la cheville du pied.
Un
vieillard vêtu plus régulièrement, quoique très mal, marchait à
côté de lui. Il portait sur ses épaules une basse de viole et,
parce qu'il se courbait un peu en marchant, on
l'eût pris de loin pour une grosse tortue qui marchait sur les
jambes de derrière. Quelque critique murmurera de la comparaison, à
cause du peu de proportion qu'il y a d'une tortue à
un homme ; mais j'entends parler des grandes tortues qui se trouvent
dans les Indes et, de plus, je m'en sers de ma seule autorité.
Retournons à notre caravane.
Inscription à :
Articles (Atom)