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samedi 3 mars 2018

Séquence 4 : Le texte et sa représentation théâtrale du XVIIe siècle à nos jours : Anne Ubersfeld

Anne Ubersfeld, « Le texte dramatique » in Le Théâtre


 « L'une des caractéristiques les plus étonnantes du texte théâtral, la moins visible mais peut-être la plus importante, c'est son caractère incomplet. Les autres textes de fiction doivent, dans une certaine mesure, combler l'imagination du lecteur : la mansarde de Lucien de Rubempré, le jardin enchanté de La Faute de l'abbé Mouret, le champ de bataille de Guerre et paix sont des lieux sur lesquels le lecteur reçoit assez de renseignements pour se les figurer à loisir, même si ces figurations sont individuellement assez différentes. De même, les personnages sont décrits assez fidèlement pour que le lecteur puisse vivre imaginairement avec eux. Ce travail de détermination irait contre les possibilités de la scène : il faut que la représentation puisse avoir lieu n'importe où et que n'importe qui puisse jouer le personnage. Un exemple frappant, le début du Misanthrope, qui ne souffle mot des rapports entre les personnages, ni entre les personnages et les lieux. Comment ces personnages arrivent-ils ? En courant, au pas ? Lequel va devant ? Ou sont-ils déjà là, debout, assis ? Le texte n'en dit rien. Rien non plus sur l'âge des personnages. Est-ce le même ? Y en a-t-il un qui paraisse l'aîné ? Lequel ? Autant d'éléments sur lesquels le texte reste résolument muet. Ce sera le travail du metteur en scène de donner les réponses. Réponses absolument nécessaires : il faut bien que les personnages se présentent de telle ou telle façon. En outre, ni l'aspect ni la présentation ne sont neutres : le rapport Alceste-Philinte et, par là, le sens même du personnage d'Alceste et de toute la pièce seront fixés dans le premier instant. Quelles que soient les modifications ultérieures apportées à ces premières images, elles devront s'inscrire en différence par rapport à elles. Ainsi dans la mise en scène de Jean-Pierre Vincent (Théâtre national de Strasbourg, 1977), Alceste est assis dans une sorte de certitude boudeuse, côté cour, et Philinte, debout auprès de lui, a l'air de s'excuser comme un jeune garçon pris en faute. Tout le développement ultérieur est déterminé par ce départ ; or il est une pure création du metteur en scène : l'incomplétude du texte oblige le metteur en scène à prendre un parti. [...] »

vendredi 23 février 2018

Séquence 5 Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Oeuvre Intégrale : Maylis de Kérangal, Réparer les vivants, texte complémentaire : Atala


Chateaubriand, Atala  (1801)

Au matin de leur premier jour dans la mission du père Aubry, alors que Chactas part visiter le village et rencontrer les indiens convertis qui l’accueillent, Atala avale un poison mortel. À leur retour, Chactas et le père Aubry trouvent Atala mourante. Ils ne peuvent que recueillir ses dernières paroles : elle leur explique la raison secrète de son geste : promise par sa mère au célibat et à la chasteté, elle a préféré mourir que d’enfreindre son serment.

Ici la voix d’Atala s’éteignit ; les ombres de la mort se répandirent autour de ses yeux et de sa bouche ; ses doigts errants cherchaient à toucher quelque chose ; elle conversait tout bas avec des esprits invisibles.  Bientôt, faisant un effort, elle essaya, mais en vain, de détacher de son cou le petit crucifix ; elle me pria de le dénouer moi-même, et elle me dit :
    « Quand je te parlai pour la première fois, tu vis cette croix briller à la lueur du feu sur mon sein ; c’est le seul bien que possède Atala. Lopez, ton père et le mien, l’envoya à ma mère, peu de jours après ma naissance. Reçois donc de moi cet héritage, ô mon frère, conserve-le en mémoire de mes malheurs. Tu auras recours à ce Dieu des infortunés dans les chagrins de ta vie. Chactas, j’ai une dernière prière à te faire. Ami, notre union aurait été courte sur la terre, mais il est après cette vie une plus longue vie. Qu’il serait affreux d’être séparée de toi pour jamais! Je ne fais que te devancer aujourd’hui, et je te vais attendre dans l’empire céleste. Si tu m’as aimée, fais-toi instruire dans la religion chrétienne, qui préparera notre réunion. Elle fait sous tes yeux un grand miracle cette religion, puisqu’elle me rend capable de te quitter, sans mourir dans les angoisses du désespoir. Cependant, Chactas, je ne veux de toi qu’une simple promesse, je sais trop ce qu’il en coûte, pour te demander un serment. Peut-être ce vœu te séparerait-il de quelque femme plus heureuse que moi... O ma mère, pardonne à ta fille. O Vierge, retenez votre courroux. Je retombe dans mes faiblesses, et je te dérobe, ô mon Dieu, des pensées qui ne devraient être que pour toi ! »
    Navré de douleur, je promis à Atala d’embrasser un jour la religion chrétienne. A ce spectacle, le Solitaire se levant d’un air inspiré, et étendant les bras vers la voûte de la grotte : « Il est temps, s’écria-t-il, il est temps d’appeler Dieu ici ! »
   A peine a-t-il prononcé ces mots, qu’une force surnaturelle me contraint de tomber à genoux, et m’incline la tête au pied du lit d’Atala. Le prêtre ouvre un lieu secret où était renfermée une urne d’or, couverte d’un voile de soie ; il se prosterne et adore profondément. La grotte parut soudain illuminée ; on entendit dans les airs les paroles des anges et les frémissements des harpes célestes ; et lorsque le Solitaire tira le vase sacré de son tabernacle, je crus voir Dieu lui-même sortir du flanc de la montagne.
    Le prêtre ouvrit le calice ; il prit entre ses deux doigts une hostie blanche comme la neige, et s’approcha d’Atala, en prononçant des mots mystérieux. Cette sainte avait les yeux levés au ciel, en extase. Toutes ses douleurs parurent suspendues, toute sa vie se rassembla sur sa bouche ; ses lèvres s’entrouvrirent, et vinrent avec respect chercher le Dieu caché sous le pain mystique. Ensuite le divin vieillard trempe un peu de coton dans une huile consacrée ; il en frotte les tempes d’Atala, il regarde un moment la fille mourante, et tout à coup ces fortes paroles lui échappent : « Partez, âme chrétienne: allez rejoindre votre Créateur! » Relevant alors ma tête abattue, je m’écriai, en regardant le vase où était l’huile sainte : « Mon père, ce remède rendra-t-il la vie à Atala? » « Oui, mon fils, dit le vieillard en tombant dans mes bras, la vie éternelle! » Atala venait d’expirer.
                                                                                                Chateaubriand, Atala  (1801)

jeudi 22 février 2018

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Edmond Rostand, La Dernière nuit de Don Juan (1922)

Edmond Rostand, La Dernière nuit de Don Juan (1922)

Edmond Rostand, La Dernière nuit de Don Juan,
écrite en 1911 et créée en mars 1922

DON JUAN Pas d'excuse ! Je meurs, du moins, les poings fermés.
Sans t'avoir supplié !... L'Enfer ! J'en suis avide !
LE DIABLE au Pauvre. Traîne-moi jusqu'ici ce beau costume vide
Où chacun glissera son rêve...
DON JUAN Hein ?
LE DIABLE Tu vas voir
Quel drôle de petit enfer tu vas avoir !
DON JUAN L'enfer des monstres... de Néron... d'Héliogabale?
LE DIABLE Non ! un petit enfer de toile qu'on trimbale.
DON JUAN Le guignol ?... Je veux être un damné !
LE DIABLE Tu seras
Une marionnette, et tu ressasseras
L'adultère éternel dans un carré bleuâtre.
DON JUAN Grâce ! l'éternel feu !
LE DIABLE Non! l'éternel théâtre!
DON JUAN Je ne veux pas...
LE DIABLE, au Pauvre. Viens sur le sac me l'étrangler!
DON JUAN, [se débattant entre les mains du Pauvre.] ... Aller dans le guignol... Je ne veux pas aller...
 LE DIABLE à Don Juan. Viens aux doigts des montreurs abdiquer ta personne !
DON JUAN Dans le guignol !
LE DIABLE Nous commençons ! La cloche sonne !
Asseyez-vous toutes les femmes, sur le sol !
DON JUAN Je ne veux pas aller dans le guignol !
LE DIABLE, au Pauvre. Traîne-le jusqu'ici !
DON JUAN Non, pas cette guérite !
Le grand cercle de feu que mon orgueil mérite !
LE PAUVRE Allons !
DON JUAN Je veux souffrir ! Je n'ai jamais souffert !
J'ai gagné mon enfer ! J'ai droit à mon enfer !
LE DIABLE L'enfer est où je veux, c'est moi qui le situe :
Certains hommes fameux le font dans leur statue ;
Tu le feras dans ton pantin !
DON JUAN En te bravant.
Du moins ! Le marbre est mort, le pantin est vivant !
Il faudra là-dedans, quand même…
LE DIABLE Que tu brilles ?
DON JUAN Oui, je les ferai rire encor...
LE DIABLE Qui donc ?
DON JUAN Les filles !
Je les amuserai sous les yeux des parents !
L'OMBRE BLANCHE Toi qui pouvais remplir les destins les plus grands !
DON JUAN Je chanterai, frappant d'un bâton des poupées...
L'OMBRE BLANCHE Toi qui pouvais tenir les plus grandes épées !
DON JUAN Je chanterai : « C'est moi... »
L'OMBRE BLANCHE Ah ! Ma larme s'éteint !
DON JUAN « C'est moi le fameux Burl... »
LE PAUVRE [le poussant dans le guignol.] Assez !
LE DIABLE Sois donc pantin.
Homme qui veux te recréer à mon image !
DON JUAN [apparaissant dans le guignol, en marionnette.]
Le fameux Burlador !... Burlador... »
L'OMBRE BLANCHE, [avec un désespoir infini.] Quel dommage!

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Molière, Don Juan

 Molière, Don Juan

SCÈNE V
DOM JUAN, UN SPECTRE, en femme voilée, SGANARELLE.


LE SPECTRE, en femme voilée. — Dom Juan n'a plus qu'un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel, et s'il ne se repent ici, sa perte est résolue.
SGANARELLE.— Entendez-vous, Monsieur?
DOM JUAN.— Qui ose tenir ces paroles? Je crois connaître cette voix.
SGANARELLE.— Ah, Monsieur, c'est un spectre, je le reconnais au marcher.
DOM JUAN.— Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c'est.

Le Spectre change de figure, et représente le Temps avec sa faux à la main.
SGANARELLE.— Ô Ciel! voyez-vous, Monsieur, ce changement de figure?
DOM JUAN.— Non, non, rien n'est capable de m'imprimer de la terreur, et je veux éprouver avec mon épée si c'est un corps ou un esprit.

Le Spectre s'envole dans le temps que Dom Juan le veut frapper.

SGANARELLE.— Ah, Monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans le repentir.
DOM JUAN.— Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu'il arrive, que je sois capable de me repentir, allons, suis-moi.

SCÈNE VI

LA STATUE, DOM JUAN, SGANARELLE.

LA STATUE.— Arrêtez, Dom Juan, vous m'avez hier donné parole de venir manger avec moi. DOM JUAN.— Oui, où faut-il aller?
LA STATUE.— Donnez-moi la main.
DOM JUAN.— La voilà.
LA STATUE.— Dom Juan, l'endurcissement au péché traîne une mort funeste, et les grâces du Ciel que l'on renvoie, ouvrent un chemin à sa foudre.
DOM JUAN.— Ô Ciel, que sens-je? Un feu invisible me brûle, je n'en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent, ah!

Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan, la terre s'ouvre et l'abîme, et il sort de grands feux de l'endroit où il est tombé.

SGANARELLE.— Ah mes gages ! mes gages ! Voilà par sa mort un chacun satisfait, Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content; il n'y a que moi seul de malheureux, qui après tant d'années de service, n'ai point d'autre récompense que de voir à mes yeux l'impiété de mon maître, punie par le plus épouvantable châtiment du monde . Mes gages, mes gages, mes gages.


Molière, Don Juan, Acte V, scènes 5 et 6, dénouement

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Nikolaus Lenau, Don Juan (1844)


A la fin du poème dramatique de l’écrivain romantique allemand Lenau, apparaît Don Pet (personnage grotesque : Pet= Pedro= Pierre), accompagné par toutes les maîtresses et des bâtards de Don Juan. Don Pet provoque Don Juan en duel . Ce dernier décide alors, avant de se battre, de coucher sur son testament ses 1003 maîtresses .

Nikolaus Lenau, Don Juan (1844)


DON JUAN , à Don Pedro : je dépose entre vos mains de chevalier mon testament, exécutez-le après ma mort. Quoique j'ai toujours oublié d'épargner, il m'est pourtant resté des biens en excédent. Pour chaque nom mentionné sur la liste il y a un legs dans ce testament et chaque legs est d'un si fort montant qu'il permet d'entretenir largement femme et enfant. Pour que ce relevé ne provoque aucun doute, je l'ai pourvu d'un sceau et d'une signature. Je n'ai pas négligé le vieux Catalinon, désormais il pourra lui-même tenir valet.
Il regarde la liste.
CATALINON, réprimant ses larmes : Quelle farce joue encore mon seigneur ! Il fait comme s'il allait succomber en duel et pourtant son adversaire meurt dans tous les cas, je vois déjà clos ses petits yeux si fiers. Qui veut battre Don Juan, le grand bretteur, devra être quelqu'un d'autre que ce médiocre et saugrenu adversaire de Ulloa, le fiston de Don Gonzalo de Ulloa, ce blanc-bec au menton velouté, à l'esprit frocard, à pattes d'araignée, avec une voix comme le chant des cigales, cette perche sèche et allongée, si svelte à la façon d'une potence que l'un de nous, s'il était justement hépatique et désespéré, pourrait se pendre en s'accrochant à lui.
DON JUAN (lisant la liste, à part lui)
Souvenirs, dames autrefois aimées! desséchées jusqu’à la fleur dernière, jadis céleste musique ce qui à présent est un mot insipide. Que les choses se fanent donc vite, et les noms! Encore une fois le souvenir me fait passer de l’une à l’autre de ces gracieuses dames.Coutume pleine de sens que de sacrifier tous les ans sur l’autel des dieux les premiers-nés. Qu’elle est aimable, la première verdure des feuilles, le premier parfum, le premier chant d’une journée printanière ! qu’il est délicieux en mer près du lointain rivage, le premier coup d’œil sur la terre désirée! Les premières couronnes de la gloire sont aussi les plus brillantes, c’est le premier baiser qui donne l’ivresse la plus douce. S’il est encore dans l’au-delà un ciel, il doit lui aussi être au plus beau à sa frontière. C’est pourquoi l’on pouvait nommer ce qu’il y a de plus doux dans l’amour le premier effleurement d’une passion nouvelle. La tristesse provenant de ce que d’anciens enchantements se dissolvent rehausse l’attrait et la force du nouveau bonheur. Pourquoi faut-il que la source la plus riche tarisse! Oh! si nous pouvions mourir en chaque plaisir et renaissant avec un cœur rajeuni, nous précipiter au devant de délices toujours nouvelles!
(A Don Pedro.)
Voulez-vous prendre charge de ce document et l’exécuter ?
DON PEDRO
Sur ma parole de chevalier! par égard pour les délaissées.
DON JUAN (lui tendant le document)
C’est bien! Montrez maintenant si vous possédez l’art de l’escrime. Que vous êtes une mazette, je vais vous le prouver.(Ils se battent.)
DON JUAN
Vraiment, vous êtes ce pour quoi je vous ai pris. Trois fois déjà j’aurais facilement pu vous percé le cœur, ce cœur si plein de haine, mais si mal protégé, si je me servais plus sérieusement de mon épée. Voici touché -encore touché – et encore! Vous versez bien du sang sur mes planches. En maints endroits je vous ai mis en perce, mais je ne vous fais en jouant que des piqûres légères. Don Pedro, par ma foi, je ne me suis jamais senti plus à l’abri que devant votre attaque. Le duel avec vous, je l’appelle jeu d’enfant. Oui, votre escrime est de tout repos.
DON PEDRO
Inflige-moi la mort, non ces petites saignées. Ne me fais pas d’affront, homme exécré! Au combat le diable seul peut te vaincre. Pousse ferme, que je ne puisse plus te voir!
DON JUAN
Mon ennemi mortel est livré entre mes mains. Mais cela même m’indiffère, comme la vie tout entière.
(Il jette son épée, Don Pedro le transperce).
                                                                          NIKOLAUS LENAU (1802-1850), Don Juan (1844) fin, (trad. W. Thomas).

vendredi 16 février 2018

Séquence 3, Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Albert Camus, L'Etranger (1942), textes complémentaires : Molloy et Baudelaire



https://drive.google.com/file/d/1-eRjevsBq2pLCJIS5aSAdWwTJ-g-O2kO/view?usp=sharing


L'étranger

"Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !"

                                                                  Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris (1862)






Je suis daJe suis dans la chambre de ma mère. C’est moi qui y vis maintenant. Je ne sais pas comment j’y suis arrivé. Dans une ambulance peut-être, un véhicule quelconque certainement. On m’a aidé. Seul je ne serais pas arrivé. Cet homme qui vient chaque semaine, c’est grâce à lui peut-être que je suis ici. Il dit que non. Il me donne un peu d’argent et enlève les feuilles. Tant de feuilles, tant d’argent. Oui, je travaille maintenant, un peu comme autrefois, seulement je ne sais plus travailler. Cela n’a pas d’importance, paraît-il. Moi je voudrais maintenant parler des choses qui me restent, faire mes adieux, finir de mourir. Ils ne veulent pas. Oui, ils sont plusieurs, paraît-il. Mais c’est toujours le même qui vient. Vous ferez ça plus tard, dit-il. Bon. Je n’ai plus beaucoup de volonté, voyez-vous. Quand il vient chercher les nouvelles feuilles il rapporte celles de la semaine précédente. Elles sont marquées de signes que je ne comprends pas. D’ailleurs je ne les relis pas. Quand je n’ai rien fait il ne me donne rien, il me gronde. Cependant je ne travaille pas pour l’argent. Pour quoi alors ? Je ne sais pas. Je ne sais pas grand’chose, franchement. La mort de ma mère, par exemple. Était-elle déjà morte à mon arrivée ? Ou n’est-elle morte que plus tard ? Je veux dire morte à enterrer. Je ne sais pas. Peut-être ne l’a-t-on pas enterrée.

                                                                                                        Beckett, Molloy (1951)n

samedi 10 février 2018

Epicurisme 


     Pour les épicuriens, le plaisir est l’absence de douleur physique (aponie de poneo qui signifie souffrir) et l’absence de trouble psychologique (ataraxie du verbe tarasso, troubler, agiter).
    La cessation de la douleur est en elle-même un plaisir. Epicure parle de plaisir statique, ce qui correspond à un équilibre de l’individu en toutes ses parties (ex: ne plus avoir soif après avoir bu). Le sage vise donc un état de sérénité intérieure et corporelle dans la satisfaction de ses besoins nécessaires et naturels. Il s’agit donc de se contenter des plaisirs simples que la nature peut nous apporter. Epicure distingue en outre les plaisirs naturels et nécessaires que l’on doit satisfaire (manger, boire, dormir + plaisirs de l’esprit) des plaisirs naturels et non nécessaires (ex boire du vin à la place de l’eau) ou encore des plaisirs non naturels et non nécessaires (ex: richesse, gloire) qui maintiennent finalement l’homme dans l’agitation et l’insatisfaction parce qu’ils ne connaissent pas de limites.



"Carpe diem quam minimum credula postero" "Cueille le jour en croyant le moins possible à l'avenir."


mercredi 31 janvier 2018

Médée : les raisons de l'infanticide

EURIPIDE :

Autrement dit, l’infanticide, chez Euripide, s’explique moins par la nature de Médée que par sa situation : « … si l’on bafoue ses droits, les droits de son lit, une femme est capable de se changer en bête féroce » (v. 265-266). Certes elle est passionnée à l’extrême et orgueilleuse, mais elle n’a pas le goût de la destruction de son homologue sénéquéenne. Jason, le premier, a nié les liens qui l’unissaient à Médée et qui seuls donnaient à Médée une existence sociale et affective ; Médée réplique en niant à son tour, par le sang versé, ce qui aurait dû l’unir à Jason. Ainsi les meurtres d’Absyrtos et de Pélias, dont elle se repent, semblent avoir été commis dans une autre vie et cette donnée mythique, ainsi que le final de la pièce (où Médée s’envole, avec les cadavres
de ses fils, dans un char éblouissant prêté par le Soleil) se raccordent tant bien que mal à cette
figure si humaine et si peu monstrueuse. […]

SENEQUE :


Ivre de sang et de vengeance, elle est décrite comme une Ménade sanglante. Le lien entre le
fratricide et l’infanticide est nettement plus marqué.
- Le meurtre des enfants a lieu sur scène, suprême audace de Sénèque qui ne tient pas compte des préceptes de bienséance formulés par Horace dans son Art poétique !

Pierre CORNEILLE


Il a forcé les effets, recherché le spectaculaire : il montre Médée dans une grotte en train d’accomplir ses sortilèges. L’agonie de Créon et de Créuse a lieu sur la scène,et Jason se tue de désespoir, après le meurtre de ses enfants.

THOMAS  CORNEILLE ET CHARPENTIER


Lorsque Jason veut se venger de Médée, il apprend le meurtre de ses fils et la voit s’envoler sur son dragon. Des Démons surgissent de tous côtés, mettent le feu au palais, qui s’effondre.

JEAN ANOUILH


Jason, lui, semble effrayé par la violence et la sensualité débordante de Médée : pour qu’elle l’émeuve, il faut qu’il l’imagine comme une « petite-fille », endormie un soir à table sur son épaule, ou comme son seul compagnon de route, une fois que les Argonautes l’ont, l’un après l’autre, quitté, sachant qu’il ne les mènerait plus vers aucun exploit. La contradiction de Jason est donc que, sans Médée, il ne serait jamais devenu le ravisseur de la Toison d’or, mais qu’avec elle il ne peut être un chef et un héros. C’est pourquoi, lorsque Médée s’est suicidée, à la fin de la pièce, après le meurtre de ses enfants, le rideau tombe sur les appels à l’ordre de Jason, qui peut enfin

prétendre régner.

Apollinaire : biographie

1880 : Naissance à Rome, de père inconnu et d’une mère polonaise de 22 ans, appartenant à une grande famille aristocratique.

Enfance en Italie, sur la Côte d’Azur et à Monaco.

1889 : Installation à Paris. Vie matérielle précaire.
Séjour de trois mois dans les Ardennes belges. Première et brève idylle amoureuse avec une nommée Maria Dubois.

1901 : Précepteur de français d’une fillette de neuf ans, séjour d’un an en Allemagne (Rhénanie). Guillaume tombe amoureux de la miss anglaise de l’enfant, Annie Playden. Voyages en Europe centrale durant lesquels Annie  s’éloigne de lui ce qui provoque son retour à Paris. Il choisit à cette époque son pseudonyme, forgé sur deux de ses prénoms : Guillaume Apollinaire.

1902 : Employé de banque mais s’adonne à de nombreux travaux et rencontres journalistiques et littéraires.

1903 : Premières publications. Part pour Londres dans l’intention de reconquérir Annie.

1904 : Second voyage infructueux en Angleterre. Annie bientôt partie pour l’Amérique lui échappe définitivement. 

1904-1905 : Rencontre et fréquente le peintre Picasso à Paris. Séjours en Belgique et Hollande. Publication de nouveaux poèmes, repris ultérieurement dans Alcools.

1907 : Rencontre Marie Laurencin, peintre à la mode. Leur liaison tumultueuse dure jusqu’en 1912  : « Pont Mirabeau »

1908 : Apollinaire s’engage dans la critique d’art et se range aux côtés des peintres de son temps 

1909 : Publication de nombreux poèmes qui figureront dans « Alcools », notamment « La Chanson du Mal-Aimé » et les poèmes rhénans.

1911 : La Joconde est dérobée au musée du Louvre. Une campagne de presse est déclenchée à propos
des voleurs d’oeuvres d’art. Apollinaire restitue des statuettes du grand musée parisien qu’un ami
indélicat lui avait offertes. Inculpé de recel, le poète est incarcéré pendant six jours. (voir « Zone » et
« À la Santé »)

1912 : Très éprouvé par l’épisode de la prison, Apollinaire l’est davantage encore par la rupture avec
Marie Laurencin.

1913 : Publication d’Alcools

1914 : Incorporation dans l’armée à la veille de ses fiançailles avec Madeleine Pagès. D’abord fasciné par le spectacle de la guerre, il en mesure vite les réalités en tant que fantassin.

1916 : Retour à Paris et à la littérature auprès des jeunes poètes se réclamant de lui (Reverdy, Breton,
Tzara).

1917 : Préparation de ses Calligrammes, poèmes-dessins. Représentation des Mamelles de Tirésias
qu’il baptise « drame surréaliste ».

1918 : Publication de Calligrammes. Mariage avec Jacqueline Kolb (la jolie rousse). Meurt des complications de la grippe espagnole.

dimanche 21 janvier 2018

Humanisme

 L’HUMANISME ?

Les auteurs de l'Humanisme :



I INTRODUCTION
Les sens du mot « humanisme »
  1. philosophie qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus de tout
  2. mouvement intellectuel de la Renaissance, né en Italie au XIVème siècle, qui s’étend progressivement en Europe et s’épanouit au XVIème siècle. Il est marqué par un retour aux textes antiques qui servirent de modèle de vie, d’écriture et de pensé. Principaux représentants :François Rabelais, Michel de Montaigne et les poètes : Ronsard et Du Bellay
  3. conception philosophique pour laquelle l’homme constitue la valeur suprême ou encore une fin et non un moyen.

La notion d’humanisme est inséparable pour nous de l’idée d’un progrès considérable.
L’humanisme fait de l’homme lui-même l’objet de sa recherche. Il exalte l’aptitude de l’homme, centre et image du monde, à se connaître lui-même, à maîtriser le monde et à comprendre Dieu à travers ses créations.
L’humanisme considère tout homme comme digne de respect, il défend l’intégrité humaine contre les fanatismes ou tyrannies qui la menacent. Il reconnaît même la nature humaine chez le « sauvage » du Nouveau monde à qui les conquérants européens étaient tentés de nier toute âme.

Chez les Romains, « humanitas » désigne tte chose élevant l’homme à une place à part parmi les autres êtres vivants. Durant le Moyen-Age, on parle de « humaniores litterae » ou « lettres humaines » (= ensemble des connaissances profanes, enseignées ds les facultés des arts) qui s’opposent aux « diviniores litterae » (= lettres divines, enseignées ds les facultés de théologie, qui commentent la Bible)
Au XVIème s., les « lettres humaines » sont : les principales disciplines enseignées au MA + les études des textes antiques. Ceux qui s’intéressent à ces lettres humaines sont appelés des humanistes.
Pour les humanistes, l’homme est placé au centre de tte question. S’appuyqnt sur la sagesse des auteurs antiques, ils souhaitent bâtir une société différente, ils désirent atteindre la perfection, que ce soit dans le domaine humain, moral ou dans le domaine artistique. Le support de ce changement est constitué par les textes antiques et non plus par les écritures saintes, comme c’était le cas au MA.
Personnes à l’origine de ce bouillonnement : Erasme, Guillaume Budé, Jacques Lefèvre d’Etaples, Pic de la Mirandole, Ficin, la famille Estienne.

II LA NAISSANCE DE L’HUMANISME
La représentation que l’homme se fait du monde change radicalement au XVIème siècle

1/ Les grandes découvertes
  • Les voyages : Chistophe Colomb découvre l’Amérique en 1492Dès la découverte de l’Amérique, en 1492, par le Génois Christophe Colomb, les puissances ibériques parviennent à prendre possession de ce territoire, qui prend rapidement le nom de Nouveau Monde. En 1494, le pape Alexandre VI (1492-1503) Farnèse signe, avec l’Espagne et son voisin lusitanien, le traité de Tordesillas, par lequel il affirme que la péninsule ibérique, de par le testament d’Adam3, se voit octroyer la possession des terres découvertes et à découvrir. Par ce texte, seuls l’Espagne et le Portugal se voient autorisés, par décision de la papauté, à se lancer dans la course à la découverte par l’océan, puis, par extension, à la conquête des terres d’Amérique, excluant de fait les autres puissances européennes. Auparavant, la papauté avait déjà permis à l’Espagne, par la Bulle In Caetera (4 mai 1493), de jouer un rôle fondamental dans la prise de possession des terres nouvelles car « ces rois vraiment catholiques



  •   ; en 1497 : Vasco de Gama ouvre la voie des Indes et Cabot découvre le Labrador ; 1519-1522 : Magellan fait pour la première fois le tour du monde . : la rotondité de la Terre devient une réalité.


  • Copernic bouleverse la représentation du monde en affirmant que la Terre tourne autour du Soleil.
  • Développement de la médecine et de l’anatomie : la connaissance du corps humain progresse énormément également. L’homme appartient à la nature, bien connaître son corps participe de l’étude du monde.

2/ L’invention de l’imprimerie
L’invention de l’imprimerie en 1443 par Gutenberg (Allemagne) permet de diffuser les livres en de nombreux exemplaires (alors qu’ils étaient auparavant recopiés à la main) : large diffusion des nouvelles connaissances.

En une génération, l’espace et le temps ont totalement changé de valeur et de mesure
Le brusque élargissement du monde extérieur provoque une profonde transformation du monde psychique. Tout ce qui était certain devient douteux. Les campagnes s’appauvrissent, le commerce devient prodigieusement florissant grâce à la navigation, la civilisation urbaine se développe. C’est en même temps un bouleversement social.
Même le sentiment religieux est touché en cette ère de transition. Jusqu’à présent, l’Europe est sous le joug de l’Eglise qui brandit la menace de l’excommunication lorsqu’on lui résiste. A côté des conquistadores des mers, ceux de l’esprit se questionnent. L’attitude humble et suppliante de l’homme face à Dieu fait place au sentiment de sa valeur personnelle, il se sent le centre du monde, il ressent un sentiment de puissance et de griserie nommé « renaissance ». A côté de l’Eglise, se dresse la science. Des universités surgissent dst te l’Europe.

3/ Conditions historiques favorables
  • En 1453, les Turcs envahissent Constantinople et de nombreux Grecs s’enfuient pour se réfugier en Italie, emportant avec eux des manuscrits ds leur langue d’origine., leur langue, leur culture. Au lieu de lire des traductions latines, on lit les tx grecs originaux. Ces textes seront traduits et découverts grâce aux progrès de l’imprimerie

  • Les guerres d’Italie menées par François 1er



  • vont mettre les Français en contact avec la culture et la civilisation italiennes, la Renaissance italienne ayant déjà eu lieu au XVème siècle (Quattrocento) François 1er fait venir d’Italie savants et artistes et l’élite de la société française s’ouvre à la peinture et à la littérature italienne. Il veut concurrencer la renaissance italienne. Il crée le Collège royal où sont enseignés le latin, l’hébreu et le grec. Invention de « dépôt légal » : il faut un « privilège royal » pour éditer un livre puis en déposer in exemplaire à la bibliothèque royale.

III.LES IDEES HUMANISTES

1/ Le renouveau de la pensée religieuse
  • La redécouverte de La Bible et des Pères de l’Eglise entraîne un mouvement de profonde rénovation religieuse. Pour le courant évangéliste, dont étaient proches Erasme et Rabelais, chacun doit lire et méditer directement les Ecritures. La prière individuelle se libère des dogmes et des liturgies imposées.
Les humanistes ne rejettent pas la foi chrétienne mais cherchent à la vivre de façon plus personnelle, plus exigeante, plus authentique.

  • Naissance de la Réforme
Un courant naît dans l’Eglise, impulsé par Luther, puis Calvin qui conteste, au nom même de la foi et des Ecritures l’autorité de l’Eglise catholique, ses sacrements, ses structures. Mais le protestantisme s’éloigne ensuite de l’humanisme, parce qu’il rejette le libre arbitre.

2/ La Renaissance artistique
Le Quattrocento italien a précédé la renaissance française, la peinture modifie la représentation du portrait et de l’espace. François 1er fait venir en France de grands artistes comme Léonard de Vinci.
Ce renouveau se manifeste ds la sculpture qui s’inspire des modèles grecs, et surtoput ds l’architecture et la décoration des châteaux dont la fonction défensive s’efface au profit de l’élégance esthétique : ce sont les châteaux de la Loire : Azay-le(Rideau, Chambord, Chenonceaux. : décors d’une vie raffinée et emblème de la puissance royale.

3/ La diversité des tendances littéraires
  • Début du siècle, les œuvres sont encore influencées par les goûts du Moyen-Age Rabelais : 








  • A partir de 1540-1550, tendances nouvelles :
Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) fait du français la langue officielle. C’est à partir de ce moment que s’instaurent les grands genres qui vont caractériser la littérature française.

- MARGUERITE DE NAVARRE : l’Heptaméron, nouvelles a pour modèle les dix journées du Décaméron de Boccace, texte traduit en France dès 1414.Mais, interrompu en 1549 par la mort de Marguerite, l’Heptaméron ne rassemble que 72 nouvelles se déroulant en sept journées. Comme dans l’ouvrage de Boccace, les nouvelles s’inscrivent dans une histoire-cadre. Dix voyageurs sont réunis dans une abbaye, alors qu’un violent orage a coupé toute communication. Pour passer le temps, cette société écoute des histoires vraies dans des registres divers. La réussite de cet ouvrage tient au fait qu’il privilégie aussi la conversation, car chaque nouvelle est suivie des commentaires tenus par l’ensemble des auditeurs.
- MONTAIGNE utilise la prose dans les Essais pour dire son expérience d’homme en toute liberté.

  • La Pléiade et le tournant de la poésie
La Pléiade est composée d’un groupe de 7 poètes, 
dont RONSARD

et  DU BELLAY, 


qui veulent rompre avec l’héritage du Moyen-Age pour faire renaître la forme et l’esprit des genres de l’Antiquité dans une langue poétique renouvelée. Dans Défense et illustration de la langue française (1549), véritable manifeste du groupe, Du Bellay soutient que l’imitation des Anciens nourrit la créativité. Leurs plus belles réussites seront dans le lyrisme amoureux. ( Les Amours de Cassandre de RONSARD, où le poète chante son amour pour Cassandre, qui se mariera un an plus tard)
IV. LA DESILLUSION HUMANISTE
François 1er se montre d’abord tolérant à l’égard des idées religieuses nouvelles de la Réforme. Mais en 1534, l’affaire des Placards le fait changer d’attitude.
(L'affaire des Placards fait référence à un événement historique de la Renaissance. Les placards dont il est question étaient des écrits injurieux et séditieux qui ont été affichés dans les rues de Paris et dans diverses villes du royaume (Tours, Orléans) dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534. Ces affiches ont été placardées jusque sur la porte de la chambre royale de François Ier au château d'Amboise ce qui constituait un affront envers la personne même du roi et sa foi. Ces placards étaient intitulés "Articles véritables sur les horribles, grands et insupportables abus de la messe papale, inventée directement contre la Sainte Cène de notre Seigneur, seul médiateur et seul Sauveur Jésus-Christ". Ce titre évocateur est en fait une attaque directe envers l'Eucharistie.
L'auteur était Antoine Marcourt, pasteur d'origine picarde de Neuchâtel. En réponse, François Ier confessa ouvertement sa foi catholique et déclencha la persécution et l'exil de nombreux protestants (départ de Jean Calvin pour la Suisse).)
La guerre entre protestants et catholiques sera meurtrière, alternant avec des périodes de calme éphémère. 1572 : le massacre de la Saint-Barthélemy, décidé par Catherine de Médicis, élimine de nombreux chefs protestants.
La guerre prend fin avec l’avènement d’Henri IV (1589), protestant converti au catholicisme qui accordera la liberté de culte aux protestants par l’Edit de Nantes en 1598.
Les horreurs de la guerre civile auront opposé un cruel démenti aux espoirs humanistes du début du siècle.
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Définition de Mme de la Croix :

L’humanisme est un courant culturel européen qui s'est développé à la Renaissance. Renouant avec la civilisation gréco-latine, les intellectuels de l'époque manifestent un vif appétit de savoir (philologienotamment). Considérant que l’Homme est en possession de capacités intellectuelles potentiellement illimitées, ils considèrent la quête du savoir et la maîtrise des diverses disciplines comme nécessaires au bon usage de ces facultés. Ils prônent la vulgarisation de tous les savoirs, même religieux : la parole divine doit être accessible à toute personne, quelles que soient ses origines ou sa langue (traduction de la Bible en langue vernaculaire par Érasme en 1516).
Ainsi, cet humanisme vise à diffuser plus clairement le patrimoine culturel, y compris le message religieux. Cependant l’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté (ce que l'on appelle le « libre arbitre »), de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont de ce fait indissociables de la théorie humaniste classique.
Par extension, on désigne par « humanisme » toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain. Une vaste catégorie de philosophies portant sur l'éthique affirme la dignité et la valeur de tous les individus, fondée sur la capacité de déterminer le bien et le mal par le recours à des qualités humaines universelles, en particulier la rationalité