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dimanche 25 juin 2017

Alice au pays des Merveilles

https://www.franceculture.fr/conferences/universite-de-nantes/pourquoi-il-faut-relire-alice-au-pays-des-merveilles-de-lewis?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1497609490

L’enfance en tant qu’elle est appréhendée par les écrivains adultes comme une sorte de silence primitif, de mutisme originel, qu’il appartient à l’écrivain de faire parler en lieu et place de l’enfant et au prix de ce qui peut apparaître comme une forme de trahison. Celle par laquelle l’adulte se substitue à l’enfant, parle en lieu et place de celui-ci. Une enfance dont il a le sentiment d’avoir été chassé, expulsé, d’où cet imaginaire nostalgique, mélancolique de l’enfance, comme paradis perdu.

Comment est née Alice ?
Alice est née d’un conte par Lewis Carroll le 4 juillet 1862 à l’intention de trois petites filles, les soeurs Liddell, et ce conte fut ensuite transcrit sous la forme d’un récit illustré (…)
Comment l'imaginaire s’exprime dans "Alice au pays des merveilles" ?
Alice est une figure mythique de l’enfance où s’exprime une certaine représentation de l’expérience humaine saisie dans son originalité. Alice est un classique, peut-être le classique de la littérature d’enfance, par lequel une mythologie de l’enfance entre dans la littérature (…) Qui ne connait l'histoire d'Alice, de cette petite anglaise qui s'endormit par une belle journée printanière au son de la voix de sa sœur, et s'embarqua pour un voyage onirique aussi instructif que fantaisiste ? Qui n'a rêvé d'entreprendre un pareil voyage dans les bras de Morphée, abandonnant tous ses repères, parlant aux animaux et aux plantes, allant vers l'inconnu, tantôt fragile tantôt dominateur selon la taille que l'on a ?
Le personnage d’Alice est une invention personnelle sortie de l’imagination de Lewis Carroll, mais il a échappé à son créateur en débordant le cadre strictement livresque à l’intérieur duquel il avait été conçu. Vivant donc d’une vie autonome, qui plus que celle du personnage littéraire est à proprement parler celle du mythe. Tout le monde aujourd'hui sur la planète connait Alice.
Si le monde n'a absolument aucun sens, qui nous empêche d'en inventer un ? 

le sensationalisme



Sensationnalisme

"Dans les écoles de journalisme, on appelle cela, cyniquement : la « loi du mort-kilomètre ». Ou dit autrement, plus un événement se situe loin de nous et moins il éveillera l’attention. De sorte que toutes les victimes ne se valent pas puisque, selon la même logique, plus elles semblent éloignées et moins elles susciteront d’empathie. A cela, on pourrait encore ajouter la triste loi de l'actualité : Ou quand une catastrophe éclipse l’autre."

Dans les écoles de journalisme, on appelle cela, cyniquement : la « loi du mort-kilomètre ». Ou dit autrement, plus un événement se situe loin de nous et moins il éveillera l’attention. De sorte que toutes les victimes ne se valent pas puisque, selon la même logique, plus elles semblent éloignées et moins elles susciteront d’empathie. A cela, on pourrait encore ajouter la triste loi de l'actualité : Ou quand une catastrophe éclipse l’autre. Et pour peu que certaines violences paraissent récurrentes, alors elles ne finissent même par ne plus étonner. Hier soir, à Kaboul, au moins quatre personnes ont été tuées et huit autres blessées dans un attentat suicide contre une mosquée chiite. Tandis que les fidèles se préparaient à une assemblée pour cette nouvelle nuit de ramadan, les assaillants, précise THE GUARDIAN, se sont fait exploser dans la cuisine de la mosquée. Une attaque revendiquée par le groupe Etat islamique.
Mais là où, il y a 15 jours à peine, le précédent attentat faisant, lui, plus de 150 morts avait eu les faveurs des Unes de la presse, ce matin, force est de constater que l'information a du mal à se faire une place, au-delà du minimum requis. Et pourtant, cette attaque (la troisième revendiquée par l'EI depuis le mois d'octobre) semble bel et bien témoigner, tout d'abord, de ce que l'apparition de Daech, en Afghanistan, alimente désormais des affrontements violents entre sunnites et chiites, alors même que le pays (à majorité sunnite) avait été, jusqu'ici, épargné par ce type de phénomène. Sans compter que la veille de cet attentat, rappelle pour sa part THE ATLANTIC, l'EI a également pris le contrôle de Tora Bora, l'ancienne forteresse d'Oussama Ben Laden. Une prise non seulement symbolique pour Daech (qui en a chassé ses rivaux talibans) mais aussi stratégique. Elle devrait, en particulier, nous interpeller sur la capacité de résistance de l'organisation qui, même si elle perd aujourd'hui du terrain dans ses grands bastions (Raqqa et Mossoul) ne devrait pas pour autant perdre sa base sociale du jour au lendemain et pourrait même la faire prospérer en se repliant sur d'autres pays, comme l'Afghanistan. Enfin, cette attaque devrait également alimenter un autre débat, en toile de fond : peut-on continuer aujourd'hui à expulser les demandeurs d’asile déboutés vers l’Afghanistan ? Hier, l'organisation HUMAN RIGHTS WATCH faisait encore état d'incertitudes sur l'identité d'un adolescent expulsé de Suède et qui aurait possiblement trouvé la mort dans un attentat à Kaboul.
Lui était venu en Angleterre pour une vie meilleure. Et c’est en Angleterre qu’il a trouvé la mort
Après avoir survécu à l'insurrection syrienne et à la répression du président Bashar al-Assad, mais aussi à une campagne de bombardement de Daech et enfin à la traversée périlleuse de la Méditerranée, Mohammed Al-Haj Ali est mort, mercredi, dans l'incendie qui a dévasté une tour HLM de Londres. Dans un portrait émouvant publié par THE TELEGRAPH, il est écrit que Mohammed, étudiant en ingénierie civile à l'Université de West London, a été séparé de son frère dans les escaliers, alors que tous deux essayaient d’échapper aux flammes. Rapidement, les messages de soutien se sont multipliés sur les réseaux sociaux, où la mort de Mohammed a pris une dimension symbolique et ajouté, un peu plus encore, à la colère des Londoniens. Plusieurs internautes, en particulier, ont tenu à rappeler à l’ordre les médias (comme THE INDEPENDENT) qui n’auraient pas pris la peine d’écrire le nom du jeune homme dans leur titre, le présentant simplement comme « un réfugié syrien ». L'indignation, également, précise de son côté THE DAILY STAR, lorsque des idiots n'ont rien trouvé de mieux que d'infester les réseaux sociaux de leurs commentaires racistes, en s'interrogeant pourquoi seuls des « Britanniques », des vrais, ne faisaient pas partie de ce parc de logements sociaux.
Enfin la haine libre, toujours et encore, à l'œuvre cette fois-ci en Bulgarie
Depuis quelques jours, nous apprend le Courrier International, c’est une véritable série noire qui s’abat sur la classe politique bulgare. Quelques semaines à peine après la constitution du nouveau gouvernement, de troublantes photos de hauts responsables émergent, régulièrement, des réseaux sociaux : Toutes montrent les intéressés en train d'effectuer le salut nazi. Le premier à s’illustrer n'est autre que le vice-ministre du Développement régional. On le voit immortalisé en veste de cuir noir, dans le musée Grévin à Paris, face à deux officiers en cire de la Gestapo. Le bras levé, il effectue clairement le salut hitlérien. Arguant que la photo datait de 2008, lorsqu’il était à Paris en tant que touriste, il s'est défendu en expliquant que tout cela n’était qu’une plaisanterie. A la demande du Premier ministre, il a finalement dû démissionner. Et puis, ce fut au tour d’un haut responsable du ministère de la Défense de devoir s’expliquer. Sur la photo incriminée, il pose, là encore, le bras levé, tout en fixant l’objectif devant un char allemand de la Seconde Guerre mondiale. Poussé, lui aussi, à la démission par le Premier ministre, il s’est finalement fait hospitaliser. Et c’est depuis l’hôpital qu’il s’est fendu d’une lettre ouverte, présentant des « excuses » pour son geste. Depuis, l'homme est toujours fonctionnaire de la Défense, son ministre de tutelle ayant salué en lui un excellent professionnel. Enfin, troisième cas en quelques jours à peine, celui d'un conseiller du Président sur les questions de sécurité, arborant une moustache à la Hitler et le bras levé. Là encore, la photo a fait le tour des médias. Lundi, sur la chaîne de télévision NOVA, il a précisé qu’il s’agissait d’une photo sortie de son contexte, qu’elle provenait d’une fête masquée pour le Réveillon et qu’il ne comptait pas démissionner. Bien au contraire, puisqu'il entend à présent saisir les organes compétents, pour déjouer cette « tentative de discréditer l’institution présidentielle ». De son côté l’opposition, elle, tire désormais à boulets rouges contre le pouvoir en place, rappelant que le chef du gouvernement (au pouvoir pour la troisième fois depuis 2009) a, cette fois-ci, conclu une alliance inédite avec trois partis d’extrême droite.
Par Thomas CLUZEL

L' ennui

Le croiriez-vous ? On écrit beaucoup, ces temps-ci, sur l’ennui. La prestigieuse collection « Reader » chez Routledge, qui consacrait des volumes collectifs à étudier les grands auteurs, se penche dorénavant sur des sujets plus tendance comme la littérature diasporéique, les queer studies, la science-fiction dans la perspective de la cultural theory. Hé bien Routledge vient de publier un ouvrage collectif intitulé The Boredom Studies Reader : Frameworks and Perspectives. Manuel de lecture des études de l’ennui : structures et perspectives. Ca donne envie, non ?
Les contributions, toutes très savantes, sont regroupées en 5 parties affriolantes. Jugez-en par leurs intitulés : ennui et subjectivité, ennui et culture visuelle, l’ennui dans le monde techno-social, l’ennui et ses mécontents, les futurs de l’ennui. Courez l’acheter !
Il y a une manière d’aborder l’ennui de manière positive. C’est celle d’Andreas Elpidorou, assistant professeur de philosophie à l’Université de Louisville. L’ennui est précieux, écrit-il sur le site Aeon, même s’il n’y a rien de particulièrement gratifiant dans le fait de s’ennuyer. Et de développer la théorie de l’ennui-signal. Je résume. L’ennui naît d’un sentiment de décalage entre nos besoins de stimulation, notre soif de nouveauté et une situation insatisfaisante. Face à des activités répétitives et monotones, à des situations lassantes par leur familiarité, nous ressentons soudain une lassitude. Ou bien, nous sommes mêlés à une discussion qui manque, pour nous de sens, à une de ces réunions de travail dont rien de neuf ne sortira. Notre esprit se met à vagabonder. Notre perception du temps s’altère. Il nous paraît ralentir. Nous ressentons une fatigue inexpliquée.
Cette alarme interne est bénéfique : elle nous avertit d’avoir à rechercher une situation qui retrouve, à nos yeux du sens, et nous restitue la sensation de plénitude à laquelle nous aspirons légitimement.
Pourtant, Elpidorou reconnaît que l’ennui a toujours eu ses défenseurs, en particulier du côté des philosophes. Je me souviens d’un spécialiste de Hegel qui terminait fréquemment ses cours, à la Sorbonne, par cette sentence : « l’ennui n’est pas une objection ». Une manière élégante d’admettre qu’en effet, son cours n’était pas des plus distrayants. Bertrand Russell, de son côté, a écrit que savoir supporter l’ennui était essentiel à une vie heureuse. Et Nietzsche attribue à l’ennui des vertus créatives. Chez Proust, c’est souvent sur un fond d’ennui, que surgissent les révélations les plus bouleversantes. Et Joseph Brodsky a écrit que l’ennui était « une fenêtre ouverte sur l’infini du temps. » C’est, là encore, sur ce fond d’éternité que s’inscrit la finitude de nos vies et la futilité de nos actes. Dernière citation et j'arrête; elle est de Pessoa : « L’ennui est bien, réellement, la sensation charnelle de la vacuité surabondante des choses. »
Par un curieux hasard, deux auteurs portant le même nom viennent de commettre des livres consacrés à l’ennui. Sandi Mann, une psychologue britannique, signe un essai « The Upside of Downtime : why boredom is good » (Du bon côté du temps mort : pourquoi l’ennui est bon). Et une universitaire américaine spécialiste de l’art contemporain, Mary Mann, publie Yawn : Adventures in Boredom. Bâillement : Aventures en ennui… Prometteur, non ?
Bizarrement, remarque la seconde, la culture occidentale est passée d’une condamnation sans appel de l’ennui à son apologie. De péché mortel, qu’il était pour Thomas d’Aquin, voilà l’ennui devenu synonyme de désengagement, de vacuité propice à la méditation et à la reprise de contrôle sur soi-même. Souvenons-nous aussi de l’ennui chic à la Andy Warhol, sorte de passivité indifférente, opposée aux stimulations esthétiques et mondaines et témoignant d’un « tout-se-vaut » supérieur.
Les moines du Moyen-Age avaient nommé « acédie », l’ennui qui les étreignait en les éloignant de la prière et des tâches quotidiennes. Cette mélancolie (on dirait de nos jours « dépression »), cette indifférence, cette lassitude qui leur faisaient prendre en horreur leurs vies cloîtrées étaient aussi appelées « démon de midi ». Car c’est au milieu de la journée que le temps, mesuré au mouvement du soleil au-dessus des têtes, semble s’écouler le plus lentement. Il est probable que la Melancolia de Dürer témoigne aussi de cette fatigue d’exister.
L’ennui contemporain est alimenté par les écrans sur lesquels nous passons dorénavant une partie dévorante de nos existences. Il faut nous voir faire défiler des messages censés alimenter notre curiosité, des informations dépourvues d’intérêt et, pour cette raison, constamment renouvelées ! D’où la vogue des livres pratiques, nous exhortant à « ralentir », à « décrocher », à « faire le vide », à nous « désintoxiquer des écrans addictifs. Il s’agit d’échapper à l’extraordinaire frustration que provoque le défilé des gazouillis de Twitter et des proclamations de Facebook, de ces emails qu’on n’a jamais fini de dépouiller, puisqu’il en tombe tout le temps de nouveaux…
John Cage disait : « si quelque chose est ennuyeux sur deux minutes, faites le durer quatre minutes. Si c’est encore ennuyeux, essayez huit, 16, une demi-heure. A la fin, ce n’est plus ennuyeux, c’est devenu intéressant." Cage avait étudié le bouddhisme zen et découvert les pouvoirs hypnotiques des mantras, les vertus de la répétition.
En espérant ne vous avoir pas trop ennuyés…

dimanche 7 mai 2017

Prodiges romains : l'extraordinaire chez les Romains.

Prodiges romains : l'extraordinaire chez les Romains.

Lucrèce, premier écologiste ?




"Dans la religion romaine, le dépassement des limites de la nature définissait un "prodige" par lequel les dieux signifiaient à l'homme qu'il avait rompu, par une faute, le pacte conclu avec eux." préface de José Kany-Turpin

Autrement dit, toutes catastrophes naturelles : éruption volcanique, inondation, tremblement de terre, naissance d'un veau à cinq pattes étaient considérés comme une réponse des dieux à une faute humaine.
C'est contre ça que  Lucréce réagit en supprimant le rôle des dieux dans les affaires humaines. Ce qui compte c'est le pacte entre l'homme et la nature.

Plusieurs liens pour réviser les deux thèmes de 2017

http://www.studyrama.com/revision-examen/reussir-son-bts/bts-2017-comment-aborder-le-theme-du-souvenir-100020

UNE EMISSION DE RADIO SUR LA MEMOIRE :

https://www.franceinter.fr/emissions/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-15-mai-2017


Une émission de radio sur la mémoire au futur :

https://www.franceinter.fr/emissions/demain-la-veille/demain-la-veille-14-mai-2017

Sur les troubles de la mémoire enregistrement et restitution.

https://www.youtube.com/watch?v=egazU3vjs1A



Sur l'extraordinaire : 

https://www.franceinter.fr/emissions/vivement-demain/vivement-demain-14-mai-2017




samedi 22 avril 2017

programme BTS 2017 "Je me souviens" et "l'extraordinaire"

Thèmes concernant l'enseignement de culture générale et expression en deuxième année de section de technicien supérieur en vue de la session 2017.   

BULLETIN OFFICIEL N°9 DU 3 MARS 2016

Thème n° 1 - Je me souviens
Problématique
Pris dans le flux de l'immédiat et du court terme, emportés par le cours accéléré de la vie, nous n'en prenons pas moins le temps de nous tourner vers le passé. Nous explorons nos souvenirs personnels, nous partageons des souvenirs communs et nous nous replongeons volontiers dans un passé reconstruit et idéalisé. Pourtant, nous acceptons aussi d'oublier, nous en percevons même la nécessité. Nous oublions ce qui est anecdotique, ce qui est accessoire ; nous oublions parfois aussi l'essentiel. La littérature contemporaine rend bien compte de ces contradictions : nous cultivons une étrange mémoire, souvent lacunaire et prête à réécrire le passé en vertu des droits de la fiction.
Notre identité n'est-elle faite que de mémoire ? Si l'individu est souvent tourné vers ses souvenirs, prompt à la nostalgie, voire à la régression, il peut aussi revendiquer son droit à l'oubli. Comment, dans un monde où l'on maîtrise mal les informations stockées dans l'espace numérique, essentiellement public, effacer les traces encombrantes dont la Toile garde l'empreinte ? Comment se construire sereinement sans l'oubli ? Quelle place accorder à l'oubli des divisions et des conflits passés ?
La société, de son côté, oscille entre la nécessité de remettre en cause les traditions, de secouer les inerties, et le devoir de mémoire : les lieux de mémoire se multiplient et les cérémonies de commémoration scandent la vie citoyenne. Entre mémoire à préserver et oubli à assumer, entre nostalgie et aspiration à la modernité, individus et société hésitent, s'inquiètent, tâtonnent. La quête est ainsi tout autant celle des temps perdus que celles des lendemains enchanteurs.
Comment concilier devoir de mémoire et nécessité de l'oubli ? Comment entretenir la mémoire tout en respectant le mouvement de la vie ? Comment, somme toute, faire que la mémoire reste vive ?
Indications bibliographiques
Ces indications ne sont en aucun cas un programme de lectures. Elles constituent des pistes et des suggestions pour permettre à chaque enseignant de s'orienter dans la réflexion sur le thème et d'élaborer son projet pédagogique.
Littérature 
Jean Anouilh, Le Voyageur sans bagage
Charles Baudelaire, « Harmonie du soir », « Spleen » : « J'ai plus de souvenirs... » « L'Horloge » in Les Fleurs du mal
Joachim du Bellay, Les Regrets
Jorge Luis Borges, « L'Immortel » in L'Aleph,  « Funes ou la mémoire », « La bibliothèque de Babel » in Fictions 
Ray Bradbury, Fahrenheit 451 
Ray Bradbury, Fahrenheit 451 
Roger Caillois, Le Fleuve Alphée
Sorj Chalandon, La Légende de nos pères
Patrick Chamoiseau, Antan d'enfance
François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe
Driss Chraïbi, Le Passé simple La Civilisation, ma Mère !
Anny Duperey, Le Voile noir
Marguerite Duras, Un barrage contre le PacifiqueL'Amant
Annie Ernaux, Écrire la vie
Yannick Haenel, Jan Karski
Homère, Odyssée, VII : chez Alkinoos ; IX : les Lotophages
Milan Kundera, Livre du rire et de l'oubli 
Alphonse de Lamartine, « Le vallon » in Méditations poétiques
J.M.G. Le Clézio, L'Africain
Gilles Leroy, Alabama Song Nina Simone
Primo Levi, Si c'est un homme
Jonathan Littell, Les Bienveillantes
Patrick Modiano, œuvres complètes, particulièrement, Dora Bruder et Un pedigree
George Orwell, 1984
Georges Perec, Je me souviens ; W ou le souvenir d'enfance
Luigi Pirandello, Feu Mathias Pascal
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu 
Jean-Jacques Rousseau, Confessions ; Rêveries du promeneur solitaire
Saint-Augustin, Confessions (X)
George Sand, Histoire de ma vie
Nathalie Sarraute, Enfance
Jorge Semprun, L'Écriture ou la vie
Jules Supervielle, Oublieuse mémoire
Boris Vian, L'Herbe rouge
Virgile, Énéide (VI)
Voltaire, Aventure de la mémoire
Herbert George Wells, La Machine à explorer le temps
Elie Wiesel, La Nuit
Marguerite Yourcenar, « Le Dernier Amour du prince Genghi » in Nouvelles orientales ; Mémoires d'Hadrien
Essais
Olivier Abel (dir.), Le Pardon : briser la dette et l'oubli
Marc Augé, Les Formes de l'oubli
Henri Bergson, Matière et Mémoire
Roland Brasseur, Je me souviens encore mieux de Je me souviens : Notes pour Je me souviens de Georges Perec à l'usage des générations oublieuses et de celles qui n'ont jamais su
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur
René Descartes, Discours de la méthode
Jean-François Fogel, Bruno Patino, La Condition numérique
Sigmund Freud, Mémoire, souvenirs, oublis 
François Hartog, Régimes d'historicité : Présentisme et expériences du temps
Simon-Daniel Kipman, L'Oubli et ses vertus
Maurice Halbwachs, La Mémoire collective
Le Corbusier, Vers une architecture ; La Charte d'Athènes
Jacques Le Goff, Histoire et Mémoire
Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire
Paul Ricoeur, La Mémoire, l'histoire, l'oubli
Tzvetan Todorov, Les Abus de la mémoire
Jean-Pierre Vernant, « Aspects mythiques de la mémoire et du temps » in Mythe et Pensée chez les Grecs 
Harald Weinrich, Léthé - Art et critique de l'oubli
Films, arts plastiques, bandes dessinées
Bertrand Bonello, Saint Laurent
Zabou Breitman, Se souvenir des belles choses
Clint Eastwood, Bird
Federico Fellini, Amarcord
Michel Gondry, Eternal sunshine of the spotless mind
Alfred Hitchcock, La Maison du docteur Edwards ; Sueurs froides
Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent
Chris Marker, La Jetée
Christopher Nolan, Memento
Alain Resnais, L'Année dernière à MarienbadToute la mémoire du monde
Marjane Satrapi, Persepolis
Martin Scorsese, Hugo Cabret
Agnès Varda, Les Plages d'Agnès
Paul Verhoeven, Total recall
Orson Welles, Citizen Kane
Len Wiseman, Total recall
Oeuvres d'Eugène Atget, Christian Boltanski, Louise Bourgeois, Sophie Calle, Robert Doisneau, Frida Kahlo, Anselm Kiefer, Jacques-Henri Lartigue, Marc Riboud, Richard Serra...
Musique, chansons
Charles Aznavour, « Chanson souvenir »
Barbara, « Mémoire, mémoire », « Marienbad »
Jacques Dutronc,  « Le petit jardin »
Léo Ferré, « La mémoire et la mer »
Mendelson, « 1983 (Barbara) »
Jeanne Moreau, « J'ai la mémoire qui flanche »
Sites Internet
Mots-clefs
Amnésie, amnistie, effacement, insouciance, Léthé, négligence, omission, pardon, rachat, reconstruction, rédemption, refoulement, réhabilitation, renaissance, résilience, trouble de la mémoire.
Arbre généalogique, (faux) souvenir, gratitude, hypermnésie, mémoire involontaire, mémoire sélective, palimpseste, récitation, reconnaissance, rémanence, réminiscence, ressassement, remémoration, régression, trace.
Archives, commémoration, conservatisme, héritage, hommage, lieu de mémoire, memorandum, modernité, patrimoine, pèlerinage, progrès, progressiste, réactionnaire, reliques, révisionnisme, témoin, tradition, vestiges.
Avant-garde, autobiographie, autofiction, biopic, chroniques, mémoires, vanités.
Bibliothèque, cloud, conservation, conservatoire, disque dur, mémoire morte, mémoire vive, muséification, stockage.
Âge d'or, apprendre par cœur, avoir une mémoire d'éléphant, dépôt légal, faire table rase, in memoriammemento mori, mettre au pilon, pour mémoire, rafraîchir la mémoire, tirer de l'oubli, tomber dans l'oubli...
Thème n° 2 - L'extraordinaire
Problématique
La vie quotidienne se caractérise par son rythme régulier et rassurant, parfois monotone. L'habitude émousse la vue, l'ouïe, l'odorat et le goût. Tout semble s'affadir et ne plus mériter l'intérêt. A l'inverse, l'extraordinaire a un véritable pouvoir de révélation. Il fait surgir des réalités hors du commun aussi bien que des sensations nouvelles.
L'événement rompt le fil continu du temps et donne à l'instant une intensité qui suscite des émotions fortes : joie, surprise, émerveillement... Il donne le sentiment d'une plénitude qui justifie tous les superlatifs. Parfois, l'événement surgit spontanément - à l'occasion d'une découverte inattendue, d'une initiative improbable, d'un trait de génie. Mais ne faut-il pas aussi susciter l'extraordinaire, le chercher puisqu'il est difficile de se satisfaire de la plate répétition du quotidien ? Faut-il alors créer le moment inédit qui fait date ?
Notre société se plaît dans la production de l'événement, en fait même une pratique si courante qu'elle frise la banalité. La recherche permanente de l'inédit, de la sensation, la surenchère organisée dans l'extraordinaire ne nous assujettissent-elles pas à une autre forme de monotonie ?
L'extraordinaire se manifeste aussi dans son extrême violence. Loin d'exciter, il anéantit. Loin de favoriser le verbe et l'hyperbole, il coupe le souffle et la parole. C'est alors le traumatisme qui prévaut et l'habitude retrouvée peut apparaître nécessaire et apaisante.
Il est difficile de juger d'un quotidien auquel on s'est accoutumé, mais il s'avère tout aussi difficile de penser l'extraordinaire, car les émotions jouent contre la prise de distance que demande l'exercice de la raison.
Comment rendre compte du banal ? Comment construire un jugement sur ce dont on finit par oublier le sens et la saveur ? Comment rendre justice à ce que l'usage et l'usure ont voué à la discrétion ?
Inversement, comment penser l'exceptionnel tout en gardant de la mesure ? Comment préserver sa lucidité sans pour autant faire preuve de détachement insensible, de sécheresse de cœur ? Comment trouver les mots qui sonnent juste, restaurer le pouvoir de la parole et éviter les excès d'un verbe affolé face à l'événement qui sidère ?
Mots clés
Acte d'héroïsme, aventure, catastrophe, événement, exceptionnel, extraordinaire, fulgurant, hasard, imprévisible, imprévu, ineffable, inouï, insolite, merveilleux, miracle, original, paroxysme, prodige, séisme, spectaculaire, surprise...
Carnaval, chef-d'œuvre, coup de théâtre, drame, édition spéciale (breaking news), événementiel, fantastique, fête, morceau de bravoure, péripéties, rebondissement, rencontre, rite de passage, romanesque, scoop...
Anéantissement, choc, déconcertant, effroi, étonnement, extase, horreur, intensité, ivresse, ravissement, sensationnel, sidération, sublime, surprise, terreur, traumatisme...
Anodin, banal, classique, coutume, ennui, familier, habitude, insignifiant, insipide, monotone, normal, ordinaire, platitude, quelconque, quotidien, rebattu, régulier, répétition, tradition, usage...
Accoutumance, apaisement, calme, confort, dégoût, ennui, indifférence, lassitude, sérénité...
Indications bibliographiques
Ces indications ne sont en aucun cas un programme de lectures. Elles constituent des pistes et des suggestions pour permettre à chaque enseignant de s'orienter dans la réflexion sur le thème et d'élaborer son projet pédagogique.
Littérature
Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes
Louis Aragon, Le Paysan de Paris
J.G. Ballard, Crash ; I.G.H....
Honoré de Balzac, Eugénie Grandet
André Breton, Nadja
Russel Banks, De beaux lendemains
Dino Buzzati, Le Désert des Tartares
Emmanuel Carrère, D'autres vies que la mienne
Cicéron, De la divination, I, 97-98
Italo Calvino, Palomar
Raymond Carver, Les Vitamines du bonheur
Nicolas de Chamfort, Tableaux historiques de la Révolution française
François-René de Chateaubriand, Mémoire d'Outre-tombe, I, Année 1789, « Effet de la prise de la Bastille sur la cour - Têtes de Foulon et de Berthier »
Marie Darrieussecq, Truismes
Philippe Delerm, Enregistrements pirates
Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires
Marguerite Duras, La Pluie d'été
Annie Ernaux, Regarde les lumières, mon amour
Francis Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique
Gustave Flaubert, Madame Bovary
Jonathan Safran Foer, Extrêmement fort et incroyablement près
Jean Follain, Exister
Nicolas Gogol, Nouvelles
Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes
Françoise Héritier, Le Sel de la vie
Serge Joncour, L'Idole
Franz Kafka, La Métamorphose
Ahmadou Kourouma, Allah n'est pas obligé
D. H. Lawrence, L'Amant de Lady Chatterley
Guy de Maupassant, Une vie ; Nouvelles
François Mauriac, Thérèse Desqueyroux
Pierre Michon, Vies minuscules
Philippe Minyana, Inventaires
Wajdi Mouawad, Incendies
Georges Perec, L'Infra-ordinaire ; Les Choses
Edgar Allan Poe, Nouvelles histoires extraordinaires
Francis Ponge, Le Parti pris des choses
Marcel Proust, Du côté de chez Swann (« Combray »)
Romain Puértolas, L'Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
Pascal Quignard, Villa Amalia
Philip Roth, Némésis
Madame de Sévigné, lettre à Monsieur de Coulanges, 15 décembre 1670
Stendhal, La Chartreuse de Parme, I.3
Jules Verne, Voyages extraordinaires
Michel Vinaver, 11 septembre 2001
Virginia Woolf, Mrs Dalloway
Essais
Hannah Arendt, Penser l'événement
Bruce Bégout, La Découverte du quotidien
Walter Benjamin, « Sur quelques thèmes baudelairiens » III, IV ; « Le Narrateur »
André Breton, Le Surréalisme et la Peinture,
Michel de Certeau, L'Invention du quotidien
Régis Debray, Du bon usage des catastrophes
Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne
Erving Goffman, La Mise en scène de la vie quotidienne
Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie
Pierre Zaoui, La Traversée des catastrophes
Revue Sociétés n°126, Re-penser l'ordinaire
Films, arts plastiques, bandes dessinées, blogs
Pénélope Bagieu, Ma vie est tout à fait fascinante
Thomas Cailley, Les Combattants
Eric Chevillard, L'Autofictif
Guy Delisle, Le Guide du mauvais père
Clint Eastwood, Sur la route de Madison
Atom Egoyan, De beaux lendemains
Sergueï Eisenstein, Le Cuirassé « Potemkine »
Roland Emmerich, Independence day
Emmanuel Guibert, La Guerre d'Alan
John Guillermin et Irwing Allen, La Tour infernale
Alfred Hitchcock, L'Auberge de la Jamaïque
Alejandro Inarritu, Birdman
Akira Kurosawa, Vivre,
Emmanuel Lepage, Un printemps à Tchernobyl
Adam McKay, The Big Short (Le Casse du siècle)
Yasujirō Ozu, Dernier Caprice
Brad Peyton, San Andreas
Alain Resnais, Hiroshima mon amour
Riad Sattouf, L'Arabe du futur
Ridley Scott, Seul sur Mars
Joann Sfar, Carnets                                                         
Paolo Sorrentino, La Grande Belleza
Steven Spielberg, Les Aventuriers de l'Arche perdue
Lewis Trondheim, Les Petits Riens
Peinture hollandaise, peinture d'histoire, photo reportage, pop art, performances, comics, art brut, « folies »...

L'extraordinaire. Quelques définitions :

  • « L’extraordinaire »  :
EXTRAORDINAIRE, adj. et subst. masc.
I. AdjectifA. 1. Qui se produit d'une manière imprévisible en dehors du cours ordinaire des choses. À moins de bouleversements extraordinaires, j'aurai toujours de quoi manger et me chauffer jusqu'à la fin de mes jours (FLAUB.Corresp., 1867, p. 272) :
1. Le producteur assied ses calculs sur la valeur présumable des produits au moment où ils seront achevés. Rien ne le décourage comme une variation qui se joue de tous les calculs. Les pertes qu'il fera seront aussi peu méritées que les profits extraordinaires que de telles variations peuvent lui procurer...
SAY, Écon. pol., 1832, p. 220.
2. Qui a lieu à l'occasion d'un événement exceptionnel; qui a lieu en dehors des règles prévuesUn congrès extraordinaire. Chaque fois qu'il y avait distribution extraordinaire de vivres, à l'occasion d'une fête (HUYSMANSOblat, t. 2, 1903, p. 138). La durée de la session ordinaire ou la réunion en session extraordinaire [du Parlementdépendait du gouvernement (VEDELDr. constit., 1949, p. 405).
 Courrier extraordinaire. Dépéché en dehors des courriers réguliers. Si le temps n'a pas mis obstacle à ma dépêche télégraphique, et s'il n'est point arrivé d'accident à mon courrier extraordinaire, expédié hier à quatre heures, j'espère que vous avez reçu le premier sur le continent la nouvelle de la mort subite de lord Londonderry (CHATEAUBR.Mém., t. 3, 1848, p. 120).
 Conseiller d'État en service extraordinaire. ,,Conseiller d'État qui n'a pas de traitement, et qui ne remplit pas de fonction au conseil`` (Ac. 1835-1932).
 ADMIN. Dépenses, recettes extraordinaires. Non régulières, destinées aux investissements. [Le budget départementalse subdivise en recettes ordinaires et en recettes extraordinaires; en dépenses ordinaires et en dépenses extraordinaires, obligatoires ou facultatives (BACQUIASConseil gén. et conseil arrondiss., 1934, p. 24).
 DR. Qui a des attributions spéciales :
2. Ici, nous avons besoin de nous rappeler tout ce qui a été dit dans le chapitre précédent, tant sur la nécessité de constituer le corps des représentants ordinaires, que sur celle de ne confier ce grand ouvrage qu'à une députation extraordinaire, ayant ad hoc un pouvoir spécial. On ne niera pas que la chambre du tiers aux prochains états généraux ne soit très compétente assurément à convoquer le royaume en « représentation extraordinaire ».
SIEYÈS, Tiers état, 1789, p. 84.
 DR. ANC. Procédure extraordinaire. Procédure criminelle inquisitoriale, par opposition à la procédure civile.
 Question extraordinaire. Torture renforcée. Il fut impossible au vidame de Maulle de trouver ce qu'en termes de justice on nomme un « alibi ». La condamnation à la roue fut prononcée, après la question préalable, ordinaire et extraordinaire, durant les interrogats (VILLIERS DE L'I.-A.Contes cruels, 1883, p. 266).
 DR. INTERNAT. Ambassadeur, envoyé extraordinaire. Celui qui représente un gouvernement pour une cérémonie solennelle ou qui est chargé de traiter une affaire importante. Le Président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui (Doc. hist. contemp., 1946, p. 186).
3. OPT. Rayon extraordinaire. ,,Rayon fourni par une réfraction non prévue par les lois de Descartes`` (DUVAL 1959) :
3. Dans certains mélanges des deux sels à propriétés optiques contraires, la double réfraction était donc annulée; ou plutôt, ces mélanges se comportaient pour une extrémité du spectre, comme l'hyposulfate de plomb, en réfractant le rayon ordinaire moins que le rayon extraordinaire; et pour l'extrémité opposée, comme l'hyposulfate de strontiane, en réfractant le rayon ordinaire plus que le rayon extraordinaire...
DES CLOIZEAUX, Propriétés opt. biréfringentes, 1857, p. 8.
B. 1. Qui étonne, choque, parce qu'il n'est pas conforme à la norme prévisible ou attendue. Léautaud, que j'ai deviné à sa gueule extraordinaire et vraiment saisissante (RIVIÈRECorresp. [avec Alain-Fournier], 1913, p. 339) :
4. Nous avons l'exemple de ces influences d'une force étrangère provenant du monde sensible dans les images fixes qui nous poursuivent, nous persécutent et produisent en nous des sensations ou des sentiments extraordinaires contre nature; les passions, les maladies nerveuses offrent de ces exemples.
MAINE DE BIRAN, Journal, 1823, p. 392.
5. Sur le renom de cette Espagnole, je m'attendais à des souffles prophétiques, à de formidables empans, à d'extraordinaires visions et pas du tout, c'est simplement bizarre et pompeux, pénible et froid.
HUYSMANS, En route, t. 1, 1895, p. 176.
 Surnaturel, fantastique. Les Histoires extraordinaires d'Edgar Poë.
2. Excentrique, extravagantL'extraordinaire mèche qui, partie de la nuque, s'éparpillait sur le crâne comme le delta d'un maigre fleuve (MAURIACNœud vip., 1932, p. 55) :
6. On ne peut obliger un homme à être bien mis quand c'est un pauvre diable, mais on peut lui savoir mauvais gré de forcer vos regards à s'arrêter sur lui par quelque chose d'excentrique et d'extraordinaire.
KARR, Sous tilleuls, 1832, p. 111.
 [Dans des tours exclam. marquant l'étonnement, l'impatience] C'est extraordinaire!  Vous êtes extraordinaire! s'écriaient les deux autres. Qu'est-ce qui vous faut! (ROMAINSHommes bonne vol., 1938, p. 25).
 [En incise] Chose extraordinaire. Il me doit tout, et, chose extraordinaire, il en a de la reconnaissance (DUHAMELPassion J. Pasquier, 1945, p. 19).
C. [Fonctionne comme superl. d'adj. ayant par eux-mêmes une valeur positive : grand, fort, remarquable, etc.] Qui dépasse de beaucoup le niveau moyen. [Julienlui inspirait en ce moment la passion la plus extraordinaire et la plus folle (STENDHALRouge et Noir, 1830, p. 469). Ce qui pourtant commence à m'apparaître, c'est l'extraordinaire complication, l'enchevêtrement de tous les problèmes coloniaux (GIDEVoy. Congo, 1927, p. 694) :
7. Cet exploit était si extraordinaire, étant donné l'état des moyens techniques d'alors, qu'il parut à certains incroyable, et que sa réalité fut longtemps contestée.
DECAUX, Mesure temps, 1959, p. 58.
 [En parlant d'une pers.] Très doué. Ce Porel, un extraordinaire metteur en scène, un merveilleux fabricateur d'acteurs (GONCOURTJournal, 1891, p. 151) :
8. Cet homme extraordinaire [Pichegru], enfanté par la révolution, sut s'élever, de l'obscurité d'une classe inférieure, à la place la plus brillante de son pays, et redescendre, avec non moins de grandeur, à l'ombre de sa condition première.
CHATEAUBR., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 37.
 [Dans des tours à valeur hyperbolique] Extraordinaire! C'est extraordinaire! Vous êtes extraordinaire. Cf. aussi formidable, sensationnel :
9. Nommez un tableau de temps en temps, citez un roman par-ci, par-là, et ajoutez : superbe!!! extraordinaire!!! délicieux d'exécution!!! étrangement puissant, etc. De cette façon on s'en tire toujours.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Dimanches bourg. Paris, 1880, p. 306.
10. Prévot vient s'asseoir à côté de moi, et il me dit :  c'est extraordinaire d'être vivants... Je ne lui réponds rien et je n'éprouve aucune joie.
SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p. 218.
II. Subst. masc.A. 1. Vieilli. Exception faite aux habitudes. Synon. extra. La conversation a duré jusqu'à une heure du matin, ce qui était pour nous [Napoléon et l'auteurun extraordinaire (LAS CASESMémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 925).
2. ADMIN. vx. Dépense non prévue à l'ordinaire au budget du Trésor royal. Cependant les guerres durent et s'étendent; Louvois l'emporte. Il faut que Colbert subvienne à cet extraordinaire de dépenses (SAINTE-BEUVECaus. lundi, t. 5, 1851-62, p. 263).
 Fonds (impôts) spéciaux destinés à la guerre et aux imprévus. Il sera créé sur la caisse de l'extraordinaire des assignats, portant intérêt à 5 p. 100, jusqu'à concurrence de la valeur des dits biens à vendre (Recueil textes hist., 1789-91, p. 27). Son domaine de l'extraordinaire [de Napoléons'élevait à plus de sept cents millions (LAS CASESMémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823 p. 107).
 [En parlant du budget d'une pers. privée] Je me réserverai des ressources pour les instans où le vide sera plus accablant, mais la plupart seront prises dans le mouvement et dans l'activité. Les autres ressources auront leurs limites assez étroites, et l'extraordinaire lui-même sera réglé (SENANCOURObermann, t. 2, 1840, p. 100).
3. THÉÂTRE, vx. Jouer à l'extraordinaire. Doubler, par dérogation, le prix de certaines places :
11. Une ordonnance de police de l'an 1609 avait défendu aux comédiens de prendre plus de cinq sous au parterre et dix sous aux loges et galeries, sauf le cas où, ayant à représenter des pièces pour lesquelles il conviendrait de faire plus de frais, il y serait pourvu exceptionnellement sur leur requête; les comédiens ne se faisaient pas faute de profiter de cette latitude, et, dès qu'une pièce était supposée devoir attirer la foule, ils jouaient à l'extraordinaire.
J. Loiseleur, Le Temps, 31 oct. 1876 ds LITTRÉ.
B. Ce qui sort de l'ordinaire; ce qui étonne, choque. L'homme, naturellement ami du nouveau et de l'extraordinaire, se transporte par la pensée dans les régions lointaines (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. XVII). La mode, qui décide aussi affirmativement en littérature qu'en costumes, veut à présent de l'extraordinaire, et pourvu qu'un roman soit effroyablement merveilleux, on lui passe de blesser le bon sens (FIÉVÉEDot Suzette, 1798, p. 5) :
12. On veut toujours que ce soit l'extraordinaire qui nous démonte, alors que c'est l'ordinaire qui est l'effrayant.
MONTHERL., Pitié femmes, 1936, p. 1216.
C. Rare. Ce qui est au-dessus du moyen; ce qui est excellent. L'égalité engendre l'uniformité, et c'est en sacrifiant l'excellent, le remarquable, l'extraordinaire, que l'on se débarrasse du mauvais (RENANSouv. enf., 1883, p. XIX).
III. Par extraordinaire, loc. adv. Par exception. J'ai été ce soir voir la princesse Marcelline; par extraordinaire, elle était seule (DELACROIXJournal, 1853, p. 73) :
13. [M. de Norpois était habitué à considérer] les dîners en ville comme faisant partie de ses fonctions, et à y déployer une grâce invétérée dont c'eût été trop lui demander de se départir par extraordinaire quand il venait chez nous.
PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 438.
Tout événement, fait ou phénomène qui sort de l’ordinaire, rompt avec le quotidien, bouscule les habitudes, surprend, effraie, étonne, émerveille, dérange. L’extraordinaire instaure toujours une rupture dans nos vies. L’extraordinaire renvoie à tout phénomène réel ou fictif inhabituel qui se produit en dehors du cours ordinaire des choses.

 ORDINAIRE, adj. et subst.
I. AdjectifA. 1. a) Qui découle d'un ordre de choses ou appartient à un type présenté comme commun et normal (pour ce à quoi réfère le syntagme). Synon. courant, habituel, normal; anton. exceptionnel.En position d'épithète postposée. Bourgeois, médecin, ouvrier ordinaire; état ordinaire; la vie ordinaire; vivres ordinaires; respiration ordinaire; le public ordinaire. Du jardin, qui est à la hauteur d'un premier étage ordinaire, on découvre une vue magnifique (DUMAS fils, Dame Cam., 1848, p.177). Mme Vigneron n'est pas une cliente ordinaire pour moi, je la gâte (BECQUE, Corbeaux, 1882, 3, 5, p.175). Nous ne pouvons donc, comme dans l'addition ordinaire, intervertir l'ordre des termes (H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p.122):
1. Il en résulte un produit de matières grasses, qui peut à la rigueur tenir lieu de viande, et qui la remplace en effet presque entièrement dans l'alimentation ordinaire du Berbère.
VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.135.
En position d'épithète antéposée, littér. Ces quelques semaines d'héroïque vie commune (...) les avaient unis, plus étroitement que des années d'ordinaire amitié n'auraient pu le faire (ZOLA, Débâcle, 1892, p.488). Sa conversation mettait en poésie les plus ordinaires circonstances de la vie (FRAPIÉ, Maternelle, 1904, p.1).
Emploi impers. Il est ordinaire que/de + inf. Il était ordinaire que le costume fût fixé invariablement par les lois de chaque cité (DURKHEIM, Divis. trav., 1893, p.132).
b) Spécialement ART MILIT., vx. Pas ordinaire. Pas que les troupes sont censées prendre lorsqu'on ne leur en ordonne pas d'autre et qui est le plus lent de ceux qu'on leur a enseignés. La longueur du pas ordinaire est de deux pieds, et sa vitesse de soixante et seize par minute (Ac. 1835, 1878).
 DROITTribunal* ordinaire.Question ordinaire (vx). Premier degré de la torture. Arrêt qui ordonne que préalablement l'accusé subira la question ordinaire et extraordinaire (Ac. 1835, 1878).

 PHILOS. Langage ordinaire. Langage qui s'exprime par les langues naturelles (par opposition aux langages logiques ou mathématiques) et qui permet la communication dans la vie quotidienne. Anton. langage formel. La philosophie du langage ordinaire. Toutes les lois sont donc tirées de l'expérience; mais pour les énoncer, il faut une langue spéciale; le langage ordinaire est trop pauvre (H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p.141).
2. [Le subst. qualifié est rapporté à qqc. ou à qqn]
a) [Le subst. exprime une fonction sociale] Dont le référent accomplit de manière habituelle ou en fonction d'un ordre établi la fonction désignée par le substantif. Synon. habituel. Dieudonné Cavrois était leur victime ordinaire (ADAM, Enf. Aust., 1902, p.183):
2. Charruel (...) demanda la permission d'allumer une cigarette, tout en dissertant de cette voix appliquée (...) qu'il «plaçait», (...) fût-ce pour commander deux oeufs sur le plat à son gargotier ordinaire.DUHAMELSuzanne, 1941, p.83.
 SpécialementHIST. [En parlant des officiers de la maison du Roi] Qui remplit ses fonctions toute l'année ou de manière habituelle. Anton. extraordinaire. Maître d'hôtel ordinaire. Médecin ordinaire (Ac.). Musicien ordinaire de la musique du roi, de la chapelle du roi (Ac. 1835-1935). Sur ce brick, se trouvait également un gentilhomme ordinaire de la chambre de SM le Roi Charles X (BALZAC, E. Grandet, 1834, p.234). C'était pourtant ce que le peintre ordinaire de sa majesté voulait exiger de notre dévouement (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p.246).
P. méton., emploi subst. Musicien ordinaire de la maison du roi. M. Francoeur le fils, l'un des vingt-quatre ordinaires de la Musique de la Chambre (LAURENCIE, Éc. fr. violon, 1922, p.197).
ADMIN., DR. Juge ordinaire, cour ordinaire. Juge, cour, qui siégeaient toute l'année et non seulement un semestre (d'apr. Ac. 1835, 1878). Il demanda son renvoi par-devant les juges ordinaires (Ac. 1835).
[Au Conseil d'État] Service ordinaire. Nul ne peut être nommé conseiller d'État en service ordinaire avant l'âge de quarante-cinq ans. Les conseillers en service extraordinaire sont nommés pour une période de quatre ans, non renouvelable avant l'expiration d'un délai de deux ans (Lar. encyclop. Suppl. 1968, s.v. conseil).
b) [Le subst. désigne une activité] Qui est exercé(e) de manière habituelle et/ou réglé(e) par quelqu'un. Synon. coutumier, normal, habituel; anton. exceptionnel, inhabituel, inaccoutumé. C'était le directeur du Casino (...) qui faisait sa partie ordinaire [de billardavec le comique de sa troupe (MAUPASS., Mt-Oriol, 1887, p.22):
3. ... nous faisions, frappant des pieds, puis des mains, la ronde rituelle, en chantant l'hymne sonrhaï. «Telles étaient nos occupations ordinaires de petites filles libres (...)»
BENOIT, Atlant., 1919, p.241.
c) [Le subst. désigne un sentiment, un affect, ou une capacité] Qu'on éprouve ou qu'on manifeste habituellement. Synon. habituel, coutumier; anton. inaccoutumé, inhabituel. Emploi épithète. Je lui annonçai avec ma franchise ordinaire que cette incapacité de travail durerait peut-être aussi longtemps que lui (ABOUT, Roi mont., 1857, p.270). Eh bien, continuons, dit enfin Bordenave de sa voix ordinaire, parfaitement calme (ZOLA, Nana, 1880, p.1328). Je savais (...) que le grand chef mentait, qu'il n'y avait pas d'entente entre les puissances. C'était son bluff ordinaire (MILLE, Barnavaux, 1908, p.227).
 Emploi attribut [Avec un compl. à valeur de datif] Sa politique [de Crassusdevait être de se ménager des amis parmi eux [les conspirateurspour le cas d'une révolution, car cette prévoyance est ordinaire à tous les riches (MÉRIMÉE, Essai, Conjur. Catilina, 1844, p.261). Le fermier (...) éprouvait une gêne évidente qui ne lui était pas ordinaire (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Hist. fille de ferme, 1881, p.289). Nul (...) ne trouvait à redire à cette attente prolongée, comme si la prostration actuelle de ces gens ne différait que peu de l'état qui leur était ordinaire (MONTHERL., Célibataires, 1934, p.899).
d) [Le subst. renvoie à un ordre de mesure] Qui a pour valeur, mesure, telle ou telle valeur, mesure habituelle. Le bail des meubles fournis pour garnir une maison entière (...) est censé fait pour la durée ordinaire des baux de maisons (Code civil, 1804, art.1757, p.319). Mais 1500 francs me semble un prix exorbitant. Je crois que 1000 francs est le prix ordinaire d'un in-8 (FLAUB., Corresp., 1861, p.413).
B. Qui présente des caractéristiques, une valeur, une qualité qui ne dépassent pas le niveau moyen par opposition à quelque chose d'autre pour lequel celles-ci sont supérieures. Synon. banal, commun, quelconque; anton. remarquable, extraordinaire. Esprit ordinaire; manières ordinaires. Lisa (...) coupait des tranches de saucisson. Elle passa au jambon fumé et au jambon ordinaire (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p.672). Chéri détourna la tête vers la dame en noir, une brune robuste, ordinaire et féline (COLETTE, Fin Chéri, 1926, p.120). Georgette a décidé de ne plus voir sur sa table de vin ordinaire à dix ou douze sous le litre (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p.245):
4. ... je suis un homme si ordinaire, si affreusement semblable à tous les hommes !
DUHAMEL, Confess. min., 1920, p.79.
 Emploi attribut. Dans le petit Saint Martin de Van Dyck, copié par Géricault, la composition est très ordinaire, cependant l'effet de ce cheval et de ce cavalier est immense (DELACROIX, Journal, 1947, p.175)Il avait beau chausser les bottes de sept lieues, frotter la lampe d'Aladin, elles avaient perdu leurs vertus magiques... Tout restait plat, ordinaire, et à la lumière crue du jour que rien ne colorait, il était obligé de voir les ruines (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.103).
 En partic. Gens très ordinaires. De condition sociale modeste. Réfléchissez que vous êtes d'un autre rang que nous; que nous sommes des gens de travail, des gens ordinaires, et que vous êtes d'une famille distinguée (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p.220).
II. Subst. masc.A. Ce qui se produit, ce qu'on fait en vertu d'un ordre des choses présenté comme commun et normal (pour une situation ou un type de choses donné). C'est un homme au-dessus de l'ordinaire (Ac. 1835-1935). Je me prononce contre l'idée d'une souscription. Une souscription, c'est l'ordinaire de ces sortes de manifestations (HUGO, Corresp., 1864, p.466).
 LocutionsÊtre (comme) à son ordinaire. Être dans sa forme, dans sa disposition habituelle. Alors, quelqu'un vous a fait quelque chose? Vous n'êtes pas comme à votre ordinaire... (BOURGET, Disciple, 1889, p.127).
À mon/ton/etc. ordinaire. À mon/ton/etc. habitude. Son Altesse le Prince de Monaco va venir, à son ordinaire, fumer un cigare sur cette terrasse (SARDOU, Rabagas, 1872, I, 1, p.1). Il était peut-être plus adroit (...) d'aller et venir dans le logement, comme à mon ordinaire (DUHAMEL, Confess. min., 1920, p.25).
Pour l'ordinaire. D'une manière conforme à l'usage. Synon. ordinairement. La conversation qui précède un grand dîner se borne, pour l'ordinaire, à des lieux communs de politesse, à des phrases banales sur le tems, la saison et les spectacles (JOUY, Hermite, t.4, 1813, p.317).
Contre l'ordinaire. D'une manière contraire à l'usage ou à l'habitude. Elle avait, contre l'ordinaire, un petit bonnet; elle n'avait pas quitté encore le vêtement flottant du matin (MICHELET, Journal, 1858, p.402).
Sortir de l'ordinaire. S'écarter de l'usage habituel, de la pratique courante:
5. Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran. De l'avis général, ils n'y étaient pas à leur place, sortant un peu de l'ordinaire.CAMUS, Peste, 1947, p.1217.
D'ordinaire. De façon habituelle. Synon. à l'accoutumée, habituellement, ordinairement. Où prenais-je l'audace et l'habileté nécessaires à ce plaidoyer, moi si timide d'ordinaire et silencieux à l'excès? (LACRETELLE, Silbermann, 1922, p.128). Remarquez que, d'ordinaire, elle ne nous battait jamais sans nous en donner les motifs (H. BAZIN, Vipère, 1948, p.71).
À l'ordinaire. Suivant un usage normalement reconnu ou accepté, suivant la manière accoutumée. Synon. à l'accoutumée, ordinairement. Peu s'en fallait qu'il ne le nommât à l'ordinaire, «Buonaparte» (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p.267). Ses yeux gris-bleu, gais à l'ordinaire, avaient un reflet de tristesse au repos (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p.37).
B. En partic.1. Ce qui constitue habituellement un repas (gén. au restaurant ou dans une communauté donnée). Servir, manger l'ordinaire. D'avoir à préparer l'ordinaire, depuis la mort de sa belle-mère (...), lui était tous les jours une nouvelle pénitence (GUÈVREMONT, Survenant, 1945p.45). Trois jours plus tard, l'ordinaire, qui nous avait ébloui aux premiers repas, se réduisant à quelques trognons de choux (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p.305).
 En partic. Vin d'ordinaire. ,,Le vin de qualité ordinaire que l'on boit au cours du repas, à la différence des vins plus fins que l'on boit au rôti et au dessert, etc. Un bon vin d'ordinaire`` (Ac. 1935).
 ART MILIT.Nourriture servie à la troupe par opposition à celle du mess des sous-officiers ou du mess des officiers. Il avait oublié la boîte de sardines qu'il a achetée la veille, tellement les macaronis gris de l'ordinaire le dégoûtaient (BARBUSSE, Feu, 1916, p.156).
Subst. indiquant le grade ou la fonction + d'ordinaire. Personnel (ayant tel ou tel grade) chargé d'assurer et/ou de superviser la préparation des repas de la troupe. Le caporal d'ordinaire, sentant faiblir le cuistot désemparé, a un beau geste (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p.72). Des délégations venaient souvent s'entretenir avec l'officier d'ordinaire pour lui apporter des pourboires (MALRAUX, Cond. hum., 1933, p.246).
2. LITURG. CATH.a) Ordinaire de la messe. Ensemble des prières dont le texte est invariant et qu'on retrouve dans les messes tout au long de l'année (à la différence du «propre du temps» ou du «propre des Saints»). Pendant la grand'messe, le choeur ne chante pas toutes les prières récitées par l'officiant, mais participe à l'«ordinaire» et au «propre» (DUPRÉ, Manuel accompagn. plain-chant grégor., s.d., p.28). En réalité, ce qu'apprend une petite fille élevée, comme Angélique, dans la piété (...) ce n'est point la légende dorée, ce sont les prières, l'ordinaire de la messe (A. FRANCE, Vie littér., 1890, p.290).
b) Tout supérieur qui a juridiction spirituelle sur des religieux (ordinaire simple) ou sur les catholiques d'un district ecclésiastique (ordinaire du lieu). Il a pris un visa de l'ordinaire (Ac.). Je ne me suis pas laissé abattre par la résistance de monsieur le curé (...) Et il m'a répondu: «Nous sommes respectueusement soumis à l'ordinaire. Allez à l'archevêché (...)» (A. FRANCE, Hist. comique, 1903, p.143).
3. Vx. Coursier de la poste partant à jours réguliers. L'ordinaire de Lyon (Ac. 1835, 1878). Il s'est passé trois ordinaires sans que j'aie de vos nouvelles (Ac. 1798-1878).