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jeudi 22 février 2018

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Edmond Rostand, La Dernière nuit de Don Juan (1922)

Edmond Rostand, La Dernière nuit de Don Juan (1922)

Edmond Rostand, La Dernière nuit de Don Juan,
écrite en 1911 et créée en mars 1922

DON JUAN Pas d'excuse ! Je meurs, du moins, les poings fermés.
Sans t'avoir supplié !... L'Enfer ! J'en suis avide !
LE DIABLE au Pauvre. Traîne-moi jusqu'ici ce beau costume vide
Où chacun glissera son rêve...
DON JUAN Hein ?
LE DIABLE Tu vas voir
Quel drôle de petit enfer tu vas avoir !
DON JUAN L'enfer des monstres... de Néron... d'Héliogabale?
LE DIABLE Non ! un petit enfer de toile qu'on trimbale.
DON JUAN Le guignol ?... Je veux être un damné !
LE DIABLE Tu seras
Une marionnette, et tu ressasseras
L'adultère éternel dans un carré bleuâtre.
DON JUAN Grâce ! l'éternel feu !
LE DIABLE Non! l'éternel théâtre!
DON JUAN Je ne veux pas...
LE DIABLE, au Pauvre. Viens sur le sac me l'étrangler!
DON JUAN, [se débattant entre les mains du Pauvre.] ... Aller dans le guignol... Je ne veux pas aller...
 LE DIABLE à Don Juan. Viens aux doigts des montreurs abdiquer ta personne !
DON JUAN Dans le guignol !
LE DIABLE Nous commençons ! La cloche sonne !
Asseyez-vous toutes les femmes, sur le sol !
DON JUAN Je ne veux pas aller dans le guignol !
LE DIABLE, au Pauvre. Traîne-le jusqu'ici !
DON JUAN Non, pas cette guérite !
Le grand cercle de feu que mon orgueil mérite !
LE PAUVRE Allons !
DON JUAN Je veux souffrir ! Je n'ai jamais souffert !
J'ai gagné mon enfer ! J'ai droit à mon enfer !
LE DIABLE L'enfer est où je veux, c'est moi qui le situe :
Certains hommes fameux le font dans leur statue ;
Tu le feras dans ton pantin !
DON JUAN En te bravant.
Du moins ! Le marbre est mort, le pantin est vivant !
Il faudra là-dedans, quand même…
LE DIABLE Que tu brilles ?
DON JUAN Oui, je les ferai rire encor...
LE DIABLE Qui donc ?
DON JUAN Les filles !
Je les amuserai sous les yeux des parents !
L'OMBRE BLANCHE Toi qui pouvais remplir les destins les plus grands !
DON JUAN Je chanterai, frappant d'un bâton des poupées...
L'OMBRE BLANCHE Toi qui pouvais tenir les plus grandes épées !
DON JUAN Je chanterai : « C'est moi... »
L'OMBRE BLANCHE Ah ! Ma larme s'éteint !
DON JUAN « C'est moi le fameux Burl... »
LE PAUVRE [le poussant dans le guignol.] Assez !
LE DIABLE Sois donc pantin.
Homme qui veux te recréer à mon image !
DON JUAN [apparaissant dans le guignol, en marionnette.]
Le fameux Burlador !... Burlador... »
L'OMBRE BLANCHE, [avec un désespoir infini.] Quel dommage!

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Molière, Don Juan

 Molière, Don Juan

SCÈNE V
DOM JUAN, UN SPECTRE, en femme voilée, SGANARELLE.


LE SPECTRE, en femme voilée. — Dom Juan n'a plus qu'un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel, et s'il ne se repent ici, sa perte est résolue.
SGANARELLE.— Entendez-vous, Monsieur?
DOM JUAN.— Qui ose tenir ces paroles? Je crois connaître cette voix.
SGANARELLE.— Ah, Monsieur, c'est un spectre, je le reconnais au marcher.
DOM JUAN.— Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c'est.

Le Spectre change de figure, et représente le Temps avec sa faux à la main.
SGANARELLE.— Ô Ciel! voyez-vous, Monsieur, ce changement de figure?
DOM JUAN.— Non, non, rien n'est capable de m'imprimer de la terreur, et je veux éprouver avec mon épée si c'est un corps ou un esprit.

Le Spectre s'envole dans le temps que Dom Juan le veut frapper.

SGANARELLE.— Ah, Monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans le repentir.
DOM JUAN.— Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu'il arrive, que je sois capable de me repentir, allons, suis-moi.

SCÈNE VI

LA STATUE, DOM JUAN, SGANARELLE.

LA STATUE.— Arrêtez, Dom Juan, vous m'avez hier donné parole de venir manger avec moi. DOM JUAN.— Oui, où faut-il aller?
LA STATUE.— Donnez-moi la main.
DOM JUAN.— La voilà.
LA STATUE.— Dom Juan, l'endurcissement au péché traîne une mort funeste, et les grâces du Ciel que l'on renvoie, ouvrent un chemin à sa foudre.
DOM JUAN.— Ô Ciel, que sens-je? Un feu invisible me brûle, je n'en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent, ah!

Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan, la terre s'ouvre et l'abîme, et il sort de grands feux de l'endroit où il est tombé.

SGANARELLE.— Ah mes gages ! mes gages ! Voilà par sa mort un chacun satisfait, Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content; il n'y a que moi seul de malheureux, qui après tant d'années de service, n'ai point d'autre récompense que de voir à mes yeux l'impiété de mon maître, punie par le plus épouvantable châtiment du monde . Mes gages, mes gages, mes gages.


Molière, Don Juan, Acte V, scènes 5 et 6, dénouement

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Nikolaus Lenau, Don Juan (1844)


A la fin du poème dramatique de l’écrivain romantique allemand Lenau, apparaît Don Pet (personnage grotesque : Pet= Pedro= Pierre), accompagné par toutes les maîtresses et des bâtards de Don Juan. Don Pet provoque Don Juan en duel . Ce dernier décide alors, avant de se battre, de coucher sur son testament ses 1003 maîtresses .

Nikolaus Lenau, Don Juan (1844)


DON JUAN , à Don Pedro : je dépose entre vos mains de chevalier mon testament, exécutez-le après ma mort. Quoique j'ai toujours oublié d'épargner, il m'est pourtant resté des biens en excédent. Pour chaque nom mentionné sur la liste il y a un legs dans ce testament et chaque legs est d'un si fort montant qu'il permet d'entretenir largement femme et enfant. Pour que ce relevé ne provoque aucun doute, je l'ai pourvu d'un sceau et d'une signature. Je n'ai pas négligé le vieux Catalinon, désormais il pourra lui-même tenir valet.
Il regarde la liste.
CATALINON, réprimant ses larmes : Quelle farce joue encore mon seigneur ! Il fait comme s'il allait succomber en duel et pourtant son adversaire meurt dans tous les cas, je vois déjà clos ses petits yeux si fiers. Qui veut battre Don Juan, le grand bretteur, devra être quelqu'un d'autre que ce médiocre et saugrenu adversaire de Ulloa, le fiston de Don Gonzalo de Ulloa, ce blanc-bec au menton velouté, à l'esprit frocard, à pattes d'araignée, avec une voix comme le chant des cigales, cette perche sèche et allongée, si svelte à la façon d'une potence que l'un de nous, s'il était justement hépatique et désespéré, pourrait se pendre en s'accrochant à lui.
DON JUAN (lisant la liste, à part lui)
Souvenirs, dames autrefois aimées! desséchées jusqu’à la fleur dernière, jadis céleste musique ce qui à présent est un mot insipide. Que les choses se fanent donc vite, et les noms! Encore une fois le souvenir me fait passer de l’une à l’autre de ces gracieuses dames.Coutume pleine de sens que de sacrifier tous les ans sur l’autel des dieux les premiers-nés. Qu’elle est aimable, la première verdure des feuilles, le premier parfum, le premier chant d’une journée printanière ! qu’il est délicieux en mer près du lointain rivage, le premier coup d’œil sur la terre désirée! Les premières couronnes de la gloire sont aussi les plus brillantes, c’est le premier baiser qui donne l’ivresse la plus douce. S’il est encore dans l’au-delà un ciel, il doit lui aussi être au plus beau à sa frontière. C’est pourquoi l’on pouvait nommer ce qu’il y a de plus doux dans l’amour le premier effleurement d’une passion nouvelle. La tristesse provenant de ce que d’anciens enchantements se dissolvent rehausse l’attrait et la force du nouveau bonheur. Pourquoi faut-il que la source la plus riche tarisse! Oh! si nous pouvions mourir en chaque plaisir et renaissant avec un cœur rajeuni, nous précipiter au devant de délices toujours nouvelles!
(A Don Pedro.)
Voulez-vous prendre charge de ce document et l’exécuter ?
DON PEDRO
Sur ma parole de chevalier! par égard pour les délaissées.
DON JUAN (lui tendant le document)
C’est bien! Montrez maintenant si vous possédez l’art de l’escrime. Que vous êtes une mazette, je vais vous le prouver.(Ils se battent.)
DON JUAN
Vraiment, vous êtes ce pour quoi je vous ai pris. Trois fois déjà j’aurais facilement pu vous percé le cœur, ce cœur si plein de haine, mais si mal protégé, si je me servais plus sérieusement de mon épée. Voici touché -encore touché – et encore! Vous versez bien du sang sur mes planches. En maints endroits je vous ai mis en perce, mais je ne vous fais en jouant que des piqûres légères. Don Pedro, par ma foi, je ne me suis jamais senti plus à l’abri que devant votre attaque. Le duel avec vous, je l’appelle jeu d’enfant. Oui, votre escrime est de tout repos.
DON PEDRO
Inflige-moi la mort, non ces petites saignées. Ne me fais pas d’affront, homme exécré! Au combat le diable seul peut te vaincre. Pousse ferme, que je ne puisse plus te voir!
DON JUAN
Mon ennemi mortel est livré entre mes mains. Mais cela même m’indiffère, comme la vie tout entière.
(Il jette son épée, Don Pedro le transperce).
                                                                          NIKOLAUS LENAU (1802-1850), Don Juan (1844) fin, (trad. W. Thomas).

mercredi 1 novembre 2017

. Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L /. Eric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de Valognes (1991)


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Eric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de Valognes (1991)
Acte III, scène 16


Don Juan, en avouant qu'il veut maintenant aimer absolument et éternellement, a semé la consternation et le dépit chez ses juges. Restent pour un dernier au revoir trois femmes : la duchesse de Vaubricourt, l'hôtesse, une belle femme âgée, Marion, sa jeune et jolie servante et madame Cassin, l'épouse d'un orfèvre.

Dom Juan se retourne vers Madame Cassin et la Duchesse qui sourit légèrement.

LA DUCHESSE. Marion, éteins les bougies.

MARION. Madame, il fait encore si sombre.

LA DUCHESSE. Chut, éteins les bougies, voici l’aube.

Marion va progressivement éteindre les bougies. La salle sera presque dans le noir pendant quelques instants puis le jour, arrivant des grandes baies, envahira progressivement la scène.

LA DUCHESSE, songeuse et musicale. On dit que les nouveau-nés sont quasiment aveugles pendant leurs premières semaines sur cette terre, qu’ils ne distinguent ni formes ni couleurs, jusqu’au jour où le sourire d’une mère, les deux mains d’un père, écartant la gaze floue et confuse qui recouvre le berceau, leur apparaissent. Et puis, plus tard, à l’âge adulte, il y a - parfois – de nouveau, un homme ou une femme qui soulève le rideau, donnant forme et couleur au monde. Le Chevalier l’a fait. Où irez-vous ?

DON JUAN. Je ne sais pas. Au-delà de moi.

LA DUCHESSE. C’est tout près.

MADAME CASSIN. C’est très loin. Bonne chance, Don Juan.

Le jour n’est pas encore tout à fait levé. Marion a ouvert les rideaux qui donnent sur la lumière naissante. Don juan met sa cape et s’apprête à partir. Il semble hésiter un instant.

DON JUAN. Dites-moi, Duchesse, comment cela s’appelle-t-il lorsqu’on s’apprête à sortir, plonger dans l’inconnu, aller à la rencontre des autres ?

LA DUCHESSE. La naissance.

DON JUAN. Et comment cela s’appelle-t-il lorsque, au même moment, on a peur d’être broyé par la lumière, trahi par toutes les mains, ballotté par les souffles du monde, et que l’on tremble à l’idée juste d’être une simple et haletante poussière, perdue dans l’univers ?

LA DUCHESSE. Le courage. (Un temps.) Bon courage, Don Juan.

Don Juan s’éloigne dans la lumière qui croît. En partant, il donne quelque chose à Sganarelle.  Madame Cassin, Marion et la Duchesse s’approchent des hautes fenêtres devant lesquelles elles ne sont plus que des ombres chinoises. On découvre alors que Madame Cassin est enceinte. Elle pose avec satisfaction ses deux mains sur son ventre.

LA DUCHESSE. Regardez-le, le jour qui se lève, comme il nous trouble, comme il brouille tout. A nos chandelles, les profils étaient nets, les sentiments bien simples, les drames avaient des nœuds qu’on pouvait ou trancher ou défaire.

MADAME CASSIN. Mais Don Juan rejoint le jour ; un homme naît.

LA DUCHESSE, tristement. Un homme ? un petit homme, oui…

MADAME CASSIN, avec un sourire. Un homme, c’est toujours un petit homme.

On aperçoit les femmes à contre-jour et Don Juan qui s’éloigne lentement dans le lointain. Sganarelle, revenu sur le devant, sanglote, assis sur le bord de la scène, fou de chagrin.

LA DUCHESSE. Eh bien quoi, Sganarelle ?

SGANARELLE. Mes gages, Madame, mes gages… il me les a donnés !  

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L /. Lorenzo da Ponte, Don Giovanni (1787)

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Lorenzo da Ponte,
Don Giovanni (1787)

LE COMMANDEUR
Décide-toi !

DON GIOVANNI
J'ai déjà décidé.

LE COMMANDEUR
Viendras tu ?

LEPORELLO
Dites non !

DON GIOVANNI
Mon cœur ne bronche pas en moi
Je n'ai pas peur, je viendrai.

LE COMMANDEUR
Donne-moi la main engage.

DON GIOVANNI
La voilà ! -Hé là...

LE COMMANDEUR
Qu'as-tu ?

DON GIOVANNI
Que cette main est glacée

LE COMMANDEUR
Repens-toi, change de vie :
C'est l'instant suprême.

DON GIOVANNI, cherchant en vain à se dégager.
Non, non, je ne me repens pas,
Va-t'en loin de moi.

LE COMMANDEUR
Repens-toi, criminel !

DON GIOVANNI
Non, vieux bouffi de toi-même !


LE COMMANDEUR
Repens-toi !

DON GIOVANNI
Non.

LE COMMANDEUR ET LEPORELLO
Si !

GIOVANNI
Non.

LE COMMANDEUR
Ah, tu n'en as plus le temps !
Des flammes partout, le Commandeur disparaît, et un gouffre s'ouvre.

DON GIOVANNI
De quelle angoisse inconnue...
Mon esprit...se sent-il...assailli ?...
D'où sortent ces tourbillons
De feu ? ...Hé là ! quelle horreur ! …

LE CHOEUR, sous la terre.
Tout ceci est peu pour tes crimes.
Viens, il y a un supplice pire.

DON GIOVANNI
Que mon âme se déchire !...
Que mes entrailles se tordent !...
Quelle torture ! hé là, quele fureur !
Quel enfer ! … c'est terrible !...

LEPORELLO
Quel visage désespéré ! …
Quels gestes de damné ! …
Quels cris ! Quelles plaintes ! …
Comme cel me terrifie ! …

LE CHOEUR
Tout ceci est peu pour tes crimes.
Viens, il y a un supplice pire.

Le feu augmente, paraissent diverses furies qui s'emparent de Don Giovanni et s'abîment avec lui.

Traduction de Jean Massin




Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Henry de Montherlant, La Mort qui fait le trottoir (1956)


Henry de Montherlant, La Mort qui fait le trottoir, (1956)

 Acte III, scène 7 […]


 Don Juan, à Alcacer : Bâtonne-les et détruisons ce carton-pâte. Que ne pouvons-nous détruire aussi facilement le carton-pâte de Dieu et des toutes les impostures, les divines et les humaines ! Et maintenant, au galop ! Allons chasser la femme à Séville !

 Alcacer : À Séville ? Vous êtes fou ! Et notre départ ? Ce soir vous serez arrêté. 

Don Juan : Le faux spectre m’a redonné courage : tous mes spectres s’évanouissent avec lui. La fille de ton rendez-vous nous attend. Elle et bien d’autres. Il y a encore deux jours avant la Fête des Mères. Deux jours ! Qu’ils soient à moi ! 

Alcacer, avec une sorte d’horreur : Sac au dos ! ou plutôt sac aux reins ! Et tirant la langue comme les diables, tirant la langue comme les chiens… 

Don Juan : Comprends-moi ! mon fils, comprends-moi ! Si je n’accroche pas une femme nouvelle aujourd’hui, une demain, une chaque jour, c’est ma vie de séducteur tout entière qui s’évanouira comme un mirage. J’ai besoin d’avoir été, et j’ai besoin d’être. En chasse ! en chasse ! Je ne peux pas faire autrement.

 Alcacer, le retenant : Mon père ! Vous êtes fou ! Vous faites des actes de fou !

 Don Juan : Ne me retiens pas ! Laisse-moi mon abîme ! Je ne peux pas attendre une minute de plus. Ma bouche s’en sèche. 

Alcacer : Mais nous allons rejoindre Ana de Ulloa sur la route ! Elle vous verra rentrer à Séville, quand vous venez de lui dire que vous partez au Portugal ?

 Don Juan : Ne t’inquiète pas. Je connais un chemin détourné…

 Alcacer : Vous allez être reconnu tout de suite ! Don Juan : Je mets mon masque.

                     Il abaisse son masque, mais celui-ci n’est plus le masque du premier acte. Il représente maintenant une tête de mort

Alcacer, jetant un cri : Qu’est-ce cela ? Qu’est-ce que ce masque ? 

Don Juan : Eh bien quoi ? c’est mon masque de tous les jours.

 Alcacer : Retirez cela vite ! 
Don Juan, essayant de retirer le masque : Mais je ne peux pas le retirer, que passe-t-il ? Il s’est incrusté dans mon visage, il s’est mélangé à ma chair…Essaie de me le retirer. 

Alcacer, tremblant : Je ne toucherai pas à ce masque. 

Don Juan : Pourquoi ?

 Alcacer : Il y a dessus une tête de mort.

 Don Juan : une tête de mort ? À la bonne heure ! En avant ! Au galop pour Séville !

                             Il sort vivement, entraînant par la taille Alcacer qui titube.


samedi 14 octobre 2017

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / LA1 Tirso de Molina, Le Trompeur de Séville (1630)

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Tirso de Molina, Le Trompeur de Séville et l'Invité de Pierre (1630), Acte III, scène 20

                                                            (El Burlador de Sevilla)

(On chante.)
Vous que le divin courroux
N'a pas su rendre prudents
Prenez garde : il est un temps
Où chaque dette se paie...

CATALINON Par le Christ ! Je n'aime pas ça ! Si j'ai bien compris ce qu'on chante, c'est de nous deux qu'il s'agit ...

DON JUAN Un froid glacial me pénètre le cœur ...
(On chante.)
L'imprudent croit à l'avenir
Et se dit qu'il a bien le temps
Mais il est plus tard qu'il ne pense
Et le temps vient du repentir ...

CATALINON Quel est ce ragoût ?

DON GONZALO Il est fait d'ongles noirs.

CATALINON Des ongles de tailleur, sans doute . . .

DON JUAN J’ai fini de souper, qu'on desserve la table.

DON GONZALO Donne-moi la main. N'aie pas peur.

DON JUAN Moi ! Peur ?( Il lui tend la main )... Ah ! ton feu me brûle !

DON GONZALO C'est peu de choses auprès des flammes qui t'attendent, don Juan. Les desseins de Dieu sont impénétrables, sache-le : tes fautes, il veut que tu les expies de la main d'un mort. Telle est sa loi : chacun paiera selon ses actes.

DON JUAN Je brûle ! Ne me retiens pas ! Je te percerai de ma dague...Hélas ! mes coups ne frappent que le vide...Je n'ai pas dupé ta fille : elle avait déjà découvert ma ruse !

DON GONZALO Il n'importe. Tu l'avais tentée.

DON JUAN Laisse-moi appeler un confesseur qui m’absolve de mes péchés !

DON GONZALO Trop tard. Il n'est plus temps d'y penser.

DON JUAN Ah ! je brûle ! Je m'embrase ! Je suis mort.
(Il tombe mort.)

CATALINON Pas moyen d'y échapper ! Je sens que je vais mourir aussi, comme mon maître !

DON GONZALO Telle est la justice de Dieu : chacun paiera selon ses actes.

(Le sépulcre s'entrouvre et engloutit Don Juan et la statue tandis que Catalinon se traîne vers la porte du mausolée)

CATALINON Seigneur ! Que se passe-t-il ? Toute la chapelle s'embrase, et me voici seul pour veiller et garder mon maître mort ! Il me faut me traîner dehors, pour aller avertir son père... Saint Georges ! Saint Agneau de Dieu, permettez-moi d'atteindre la rue !
(Rideau.)




Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Baudelaire, "Don Juan aux enfers"


https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKccjEzc3h4c1NuRUU/view?usp=sharing

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857)

« Don Juan aux enfers »






Quand Don Juan descendit vers l’onde souterraine,
Et lorsqu’il eut donné son obole à Charon,
Un sombre mendiant, l’œil fier comme Antisthène,
D’un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.

Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,
Des femmes se tordaient sous le noir firmament,
Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,
Derrière lui traînaient un long mugissement.

Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,
Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant
Montrait à tous les morts errants sur le rivage
Le fils audacieux qui railla son front blanc.

Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,
Près de l’époux perfide et qui fut son amant,
Semblait lui réclamer un suprême sourire
Où brillât la douceur de son premier serment.

Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre
Se tenait à la barre et coupait le flot noir ;
Mais le calme héros courbé sur sa rapière
Regardait le sillage et ne daignait rien voir.


vendredi 13 octobre 2017

Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L /.Fiche présentation

Séquence 4 L : Les réécritures du XVIIe siècle jusqu'à nos jours. 1re L



Séquence 4 bis : Les réécritures du XVIIe siècle jusqu'à nos jours : 
Les fins de Don Juan

Objet d'étude Les réécritures du XVIIe siècle jusqu'à nos jours
Le texte théâtral et sa représentation du XVIIe siècle à nos jours
Problématique Quelles sont les constantes et variations de le représentation de la fin de Don Juan ?  Châtiments ou repentirs ?
Objectifs

Lectures analytiques
29) Tirso de Molina, Le Trompeur de Séville et l'Invité de pierre (1630)
30) Molière, Don Juan ou le festin de Pierre (1665)
31) Lorenzo da Ponte, Don Giovanni, (1787)
32) Lenau, Don Juan (1844)
33) Rostand, La Dernière nuit de Don Juan (1922)
34) Montherlant, La Mort qui fait le trottoir (1956)
35) Eric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de Valognes (1991)

Textes complémentaires

Iconographie

Lecture cursive





Activité de classe