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samedi 10 février 2018

Epicurisme 


     Pour les épicuriens, le plaisir est l’absence de douleur physique (aponie de poneo qui signifie souffrir) et l’absence de trouble psychologique (ataraxie du verbe tarasso, troubler, agiter).
    La cessation de la douleur est en elle-même un plaisir. Epicure parle de plaisir statique, ce qui correspond à un équilibre de l’individu en toutes ses parties (ex: ne plus avoir soif après avoir bu). Le sage vise donc un état de sérénité intérieure et corporelle dans la satisfaction de ses besoins nécessaires et naturels. Il s’agit donc de se contenter des plaisirs simples que la nature peut nous apporter. Epicure distingue en outre les plaisirs naturels et nécessaires que l’on doit satisfaire (manger, boire, dormir + plaisirs de l’esprit) des plaisirs naturels et non nécessaires (ex boire du vin à la place de l’eau) ou encore des plaisirs non naturels et non nécessaires (ex: richesse, gloire) qui maintiennent finalement l’homme dans l’agitation et l’insatisfaction parce qu’ils ne connaissent pas de limites.



"Carpe diem quam minimum credula postero" "Cueille le jour en croyant le moins possible à l'avenir."


mercredi 6 septembre 2017

Séquence 1 LA "A la recherche du bonheur" , Texte 1 De rerum natura


Texte n°1 : Lucrèce, De rerum natura

(1er siècle avant J.-C.)



1     Douceur, lorsque les vents soulèvent la mer immense,
       D’observer du rivage le dur effort d’autrui,
      Non que le tourment soit jamais un doux plaisir
      Mais il nous plaît de voir à quoi nous échappons.
5    Lors des grands combats de la guerre, il plaît aussi
      De regarder sans risque les armées dans les plaines.
      Mais rien n’est plus doux que d’habiter les hauts lieux
      Fortifiés solidement par le savoir de sages,
      Temples de sérénité d’où l’on peut voir les autres
10 Errer sans trêve en bas, cherchant le chemin de la vie,
     Rivalisant de talent, de gloire nobiliaire,
     S’efforçant nuit et jour par un labeur intense
    D’atteindre à l’opulence, au faîte du pouvoir.
    Pitoyables esprits, cœurs aveugles des hommes !
15 Dans quelles ténèbres mortelles, quels dangers
     Passe leur peu de vie ! Ne voient-ils l’évidence ?
     La nature en criant ne réclame rien d’autre
     Sinon que la douleur soit éloignée du corps,
     Que l’esprit jouisse de sensations heureuses,
20 Délivré des soucis et de crainte affranchi.
     Ainsi nous le voyons, bien peu de choses sont nécessaires
     A la nature corporelle et tout ce qui ôte la douleur
     Peut aussi nous donner maintes délices en échange.
      Il est parfois plus agréable, et la nature est satisfaite,
25  Si l’on ne possède statues dorées d’éphèbes
     Tenant en main droite des flambeaux allumés
     Pour fournir leur lumière aux nocturnes festins,
     Ni maison brillant d’or et reluisant d’argent,
     Ni cithares résonnant sous des lambris dorés,
30 De pouvoir entre amis, couchés dans l’herbe tendre,
     Auprès d’une rivière, sous les branches d’un grand arbre,
     Choyer allègrement son corps à peu de frais,
     Surtout quand le temps sourit et que la saison
     Parsème de mille fleurs les prairies verdissantes.
35 Et les fièvres ne quittent pas plus vite le corps
     Si l’on s’agite sur de riches brocarts de pourpre
    Que si l’on doit coucher sur un drap plébéien.

dimanche 14 mai 2017

1re séquence "A la recherche du bonheur" : lettre d'Epicure sur le bonheur

1re séquence : lettre d'Epicure sur le bonheur

Épicure
Lettre à Ménécée
(Traduction anonyme)


Épicure à Ménécée, salut.

           Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir. Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien vivre.
           D'abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. A cause de quoi les dieux nous envoient les plus grands malheurs, et faveurs : n’ayant affaire en permanence qu’à leurs propres vertus, ils font bonne figure à qui leur ressemble, et ne se sentent aucunement concernés par tout ce qui n’est pas comme eux.
Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.
Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie. Le philosophe, lui, ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice.. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou
Sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès.
           S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée. Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.
Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, et si certains des désirs naturels sont contraignants, d’autres ne sont... que naturels. Parmi les désirs contraignants, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse. Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. C’est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non-présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.
Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier, né avec la vie. C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité. Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement.
C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. Provisoirement, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.
Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l’est pas tout ce qui est vain. Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : galette d’orge et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.
               Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente — comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes, ou victimes d’une fausse interprétation — mais d’en arriver au stade oµ l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme.
             Au principe de tout cela, comme plus grand bien : la prudence. Or donc, la prudence, d’où sont issues toutes les autres vertus, se révèle en définitive plus précieuse que la philosophie : elle nous enseigne qu’on en saurait vivre agréablement sans prudence, sans honnêteté et sans justice, ni avec ces trois vertus vivre sans plaisir. Les vertus en effet participent de la même nature que vivre avec plaisir, et vivre avec plaisir en est indissociable.
           D’après toi, quel homme surpasse en force celui qui sur les dieux nourrit des convictions conformes à leurs lois ? Qui face à la mort est désormais sans crainte ? Qui a percé à jour le but de la nature, en discernant à la fois comme il est aisé d’obtenir et d’atteindre le « summum » des biens, et comme celui des maux est bref en durée ou en intensité ; s’amusant de ce que certains mettent en scène comme la maîtresse de tous les événements — les uns advenant certes par nécessité, mais d’autres par hasard, d’autres encore par notre initiative —, parce qu’il voit bien que la nécessité n’a de comptes à rendre à personne, que le hasard est versatile, mais que ce qui vient par notre initiative est sans maître, et que c’est chose naturelle si le blâme et son contraire la suivent de près (en ce sens, mieux vaudrait consentir à souscrire au mythe concernant les dieux, que de s’asservir aux lois du destin des physiciens naturalistes : la première option laisse entrevoir un espoir, par des prières, de fléchir les dieux en les honorant, tandis que l’autre affiche une nécessité inflexible).
            Qui témoigne, disais-je, de plus de force que l’homme qui ne prend le hasard ni pour un dieu, comme le fait la masse des gens (un dieu ne fait rien de désordonné), ni pour une cause fluctuante (il ne présume pas que le bien ou le mal, artisans de la vie bienheureuse, sont distribués aux hommes par le hasard, mais pense que, pourtant, c’est le hasard qui nourrit les principes de grands biens ou de grands maux) ; l’homme convaincu qu’il est meilleur d’être dépourvu de chance particulière tout en raisonnant bien que d’être chanceux en déraisonnant, l’idéal étant évidemment, en ce qui concerne nos actions, que ce qu’on a jugé « bien » soit entériné par le hasard.
A ces questions, et à toutes celles qui s’y rattachent, réfléchis jour et nuit pour toi-même et pour qui est semblable à toi, et veillant ou rêvant jamais rien ne viendra te troubler gravement : ainsi vivras-tu comme un dieu parmi les humains. Car il n’a rien de commun avec un vivant mortel, l’homme vivant parmi des biens immortels.



https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/lettres-de-philosophes-1-epicure-lettre-menecee

1re séquence : "A la recherche du bonheur". Définition du stoïcisme

1re séquence : le stoïcisme 


    Le stoïcisme s'oppose généralement à l'épicurisme. Mais ce n'est pas si simple. Le stoïcisme a été fondé par Zénon (340-263 av.J.-C.). Vivre conformément à la Nature et avec la Raison ne font qu'un, et sont à la base de la morale, de la sagesse, du bonheur. L'idée est qu'il faut supporter ce qui ne dépend pas de nous, puisqu'on ne peut rien y changer. : "veux ce qui arrive comme cela arrive, et tu couleras une vie heureuse."
Pour les passions qui dépendent de nous, il faut arriver à les maîtriser : c'est une question de volonté. Il faut apprendre à se détacher des douleurs et des désirs. Et à placer le bonheur dans la vertu. La morale stoïcienne consiste à avoir une attitude héroïque en face du malheur. 

1re séquence : "A la recherche du bonheur" : Epicurisme : définition

L'épicurisme : définition du dictionnaire portatif du (futur) bachelier, édition Hatier

Doctrine du philosophe grec Epicure (341-270 av. J.-C.), selon laquelle, pour être heureux, il faut fuir la douleur et rechercher le plaisir. L'idée profonde d'Epicure est que l'âme ne survit pas à la mort; l'homme ne doit donc rien craindre ni espérer des dieux qui sont une invention humaine. Ces point bien établis, il faut vivre en épargnant au corps la souffrance : "que la douleur soit éloignée du corps" et à l'âme l'angoisse : " que l'esprit [soit] délivré des soucis et de crainte affranchi". Mais cette recherche du bonheur terrestre, du plaisir quotidien ne conduit pas à la débauche ou à la poursuite effrénée des plaisirs matériels. Elle implique à la fois la connaissance et la maîtrise de soi, de sa nature corporelle; elle suppose également l'amour des plaisirs de l'esprit : "habiter les hauts lieux fortifiés solidement par le savoir des sages", plus profonds, partagés entre amis " couchés dans l'herbe tendre / auprès d'une rivière, sous les branches d'un grand arbre". Elle conduit l'homme sage à une vie ascétique qui débouche sur l'ataraxie.

"Mon corps est saturé de plaisir quand j'ai du pain et de l'eau."

lundi 8 mai 2017

1re séquence :"A la recherche du bonheur" Introduction au texte de Lucrèce, De rerum natura, chant II, vers 1 à 37

INTRODUCTION
Lucrèce, De rerum natura, « chant II », vers 1 à 37


 Lucrèce :
Dans son De rerum natura, Lucrèce, poète latin du premier siècle avant J.-C., illustre la philosophie d'Epicure, philosophe grec qui vécut de -341 à -270. L'épicurisme s'oppose au stoïcisme qui prône la vertu, et au contraire réalise le bonheur dans la satisfaction des sens, mais sans excès. Lucrèce, dans les premiers vers du chant II, illustre la philosophie épicurienne du bonheur. Ce bonheur est un lieu d'où l'on peut observer sans crainte la folie des hommes mus par l'ambition et la cupidité. L'époque dans laquelle vécut Lucrèce était celle de la guerre civile, et le retrait de la vie publique est pour le sage la possibilité de vivre sans crainte. Ce lieu du bonheur qui ressemble à un jardin est un lieu simple, éloigné du luxe, entouré d'amis. C'est également le lieu du savoir ; l'activité intellectuelle étant la plus à même de combler l'homme.Comme toujours chez Lucrèce, traductions visuelles d'idées abstraites : tempête sur la mer, scène de bataille, errance des humains.
  Notre extrait ouvre le chant II. Lucrèce y fait l'éloge de la vie philosophique et en définit le cadre par rapport à la société contemporaine.
 (problématiques possibles ) En quoi les règles de vie, c'est à dire la morale de Lucrèce, sont-elles une philosophie du bonheur ?  
(plan) Nous verrons en quoi consiste la vie des hommes ordinaires et nous l'opposerons à celle du philosophe épicurien décrit par Lucrèce.

I La vie des hommes ordinaires :

A. La difficulté de vivre :
La métaphore de la traversée en bateau : pleine de naufrages et de tempêtes, représente la vie difficile des hommes qui ne sont pas des philosophes. Ces hommes « erre[ent] » sans trouver le « chemin de la vie », ils vivent dans le « tourment » (V.3). Pire, ils sont « aveugles », c'est à dire qu'ils ne savent pas quel chemin prendre, au sens figuré, dans leur vie.
B. L'ambition et la violence :
L'aveuglement de l'homme le pousse à se battre (V.5 – V6). Lucrèce parle des « grands combats de la guerre ». Ces luttes ne sont pas seulement guerrière. Elles existent également dans les luttes de tous les jours pour « rivalis[er] de talent » (V11) mais aussi pour conquérire la « gloire nobiliaire ». Cette gloire, celle de la noblesse, est due au hasard de la naissance mais peut se perdre. Donc les nobles doivent se battre tous les jours pour garder cette gloire héritée de leurs ancêtres. Les hommes ne se contentent pas de ce qu'ils ont mais cherchent par « un labeur intense » à obtenir plus. Il leur faut « l'opulence », c'est à dire la richesse. Celle qui permet d'avoir une maison avec des « lambris dorés », des « statues dorées d'éphèbes », « une maison brillant d'or et reluisant d'argent » (V.28)
L'homme est responsable de ses malheurs. Il n'est pas obligé d'être un « Pitoyable[...] esprit[...] » (V.14). Lucrèce oppose aux hommes malheureux la philosophie d'Epicure. Cela signifie que rien n'est inéluctable et que chacun peut être heureux s'il suit les recommandations du philosophe Epicure.



II Le philosophe épicurien

A. Les leçons de la philosophie :
Le philosophe, c'est à dire celui qui suit les préceptes d'Epicure, doit se situer hors des hommes. Il doit prendre de la hauteur : « rien n'est plus doux que d'habiter les hauts lieux ». Le philosophe n'est pas aveugle, il voit le malheur des hommes, il ne tire aucun plaisir à voir les autres souffrir : « il nous plaît de voir à quoi nous échappons »(V.4). Il comprend donc les difficultés des hommes.

B. La nature comme remèdes :
Le philosophe doit écouter la nature pour savoir quels sont ses besoins indispensables. (Epicure se contentait d'un verre d'eau et d'un morceu de pain).
Au début du texte, la mer est une nature en folie, destructrice : « les vents soulèvent la mer immense » (V.1). A la fin du texte, « la rivière » accompagne les philosophes étendus sur l'herbe. La nature aquatique est d'abord furie puis apaisement.
Quels sont les besoins à satisfaire pour éprouver du plaisir et donc accéder au bonheur ?
-Eviter les douleurs physiques : « «que la douleur soit éloignée du corps » (V18).
-Rechercher le plaisir pour l 'esprit, c'est à dire se cultiver, réfléchir, obtenir par l'étude « le savoir des sages » (V.8)
-Eviter les inquiétudes, craintes pour l'esprit :  « que l'esprit jouisse de sensations heureuses » (V.19)
-Cultiver l'amitié : « entre amis » (V30)
-donner du plaisirs aux sens : « bien peu de choses sont nécessaires à la nature corporelle » (V.22) Attention, si l'épicurisme est une philosophie matérialiste, elle réfute tous les excés : manger quand on a faim, mais pas plus.
En résumé , le plaisir est obtenu par l 'absence de douleur physique et morale.

C. Régler sa vie :Quelles sont les conséquences pour la vie du philosophe ?
Le philosophe doit éviter la douleur et donc ne pas se battre, éviter les guerres, les troubles politiques, les disputes , etc. Il va donc s'isoler à la campagne d'où il pourra « voir » les malheurs des hommes. Le refuge idéal ressemble à un jardin pourvu d'un « grand arbre » et au bord d'une « rivière ». Attention, ce n'est pas le malheur des autres qui le réjouit (comme le dit le proverbe), pas du tout, mais c'est voir à quoi il a échappé. Et qui justifie sa décision de se retirer des affaires humaines (Lucrèce vivait au moment des troubles politiques à Rome).
Cette vie n'est pas solitaire, puisque le philosophe va vivre au milieu de ses amis, loin du luxe. Le philosophe transmettra ces réflexions aux autres hommes. Ainsi Lucrèce écrit ce poème didactique pour enseigner la sagesse d'Epicure.

En conclusion, Lucrèce oppose dans ce poème la vie des hommes ordinaires faites de troubles et de violences à celle heureuse des philosophes épicuriens qui trouvent le bonheur dans le retrait de la vie publique, dans l'écoute de la nature, celle du corps. Et dans les conversations philosophiques.



Le sage prend du plaisir à échapper à la condition humaine commune.
- L'idéal décrit est celui de l'ataraxie, c'est-à-dire l'absence de troubles. Cet idéal est poursuivi de façons diverses par les stoïciens, les sceptiques, et bien sûr les épicuriens. Voici ce qu'en dit Epicure :

« Disons que le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs de l'homme déréglé, ni de ceux qui consistent dans les jouissances matérielles, ainsi que l'écrivent des gens qui ignorent notre doctrine, ou qui la combattent et la prennent dans un mauvais sens. "Le plaisir dont nous parlons est celui qui consiste, pour le corps, à ne pas souffrir et, pour l'âme, à être libérée de tout souci.[1] » 
Epicure, Lettre à Ménecée


dimanche 7 mai 2017

Prodiges romains : l'extraordinaire chez les Romains.

Prodiges romains : l'extraordinaire chez les Romains.

Lucrèce, premier écologiste ?




"Dans la religion romaine, le dépassement des limites de la nature définissait un "prodige" par lequel les dieux signifiaient à l'homme qu'il avait rompu, par une faute, le pacte conclu avec eux." préface de José Kany-Turpin

Autrement dit, toutes catastrophes naturelles : éruption volcanique, inondation, tremblement de terre, naissance d'un veau à cinq pattes étaient considérés comme une réponse des dieux à une faute humaine.
C'est contre ça que  Lucréce réagit en supprimant le rôle des dieux dans les affaires humaines. Ce qui compte c'est le pacte entre l'homme et la nature.