Affichage des articles dont le libellé est Camus. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Camus. Afficher tous les articles

vendredi 16 février 2018

Séquence 3, Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Albert Camus, L'Etranger (1942), textes complémentaires : Molloy et Baudelaire



https://drive.google.com/file/d/1-eRjevsBq2pLCJIS5aSAdWwTJ-g-O2kO/view?usp=sharing


L'étranger

"Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !"

                                                                  Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris (1862)






Je suis daJe suis dans la chambre de ma mère. C’est moi qui y vis maintenant. Je ne sais pas comment j’y suis arrivé. Dans une ambulance peut-être, un véhicule quelconque certainement. On m’a aidé. Seul je ne serais pas arrivé. Cet homme qui vient chaque semaine, c’est grâce à lui peut-être que je suis ici. Il dit que non. Il me donne un peu d’argent et enlève les feuilles. Tant de feuilles, tant d’argent. Oui, je travaille maintenant, un peu comme autrefois, seulement je ne sais plus travailler. Cela n’a pas d’importance, paraît-il. Moi je voudrais maintenant parler des choses qui me restent, faire mes adieux, finir de mourir. Ils ne veulent pas. Oui, ils sont plusieurs, paraît-il. Mais c’est toujours le même qui vient. Vous ferez ça plus tard, dit-il. Bon. Je n’ai plus beaucoup de volonté, voyez-vous. Quand il vient chercher les nouvelles feuilles il rapporte celles de la semaine précédente. Elles sont marquées de signes que je ne comprends pas. D’ailleurs je ne les relis pas. Quand je n’ai rien fait il ne me donne rien, il me gronde. Cependant je ne travaille pas pour l’argent. Pour quoi alors ? Je ne sais pas. Je ne sais pas grand’chose, franchement. La mort de ma mère, par exemple. Était-elle déjà morte à mon arrivée ? Ou n’est-elle morte que plus tard ? Je veux dire morte à enterrer. Je ne sais pas. Peut-être ne l’a-t-on pas enterrée.

                                                                                                        Beckett, Molloy (1951)n

samedi 11 novembre 2017

Absurde (l')

Camus et son essai Le mythe de Sisyphe :
           Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe a été condamné, dans le Tartare, à faire rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet, tel que raconté dans l’Odyssée (chant XI). Il a enchaîné Thanatos, si bien que ce dernier n’a pas pu l’emporter aux Enfers. S’apercevant que plus personne ne mourait, Zeus a envoyé Hadès délivrer Thanatos. Mais Sisyphe avait préalablement convaincu sa femme de ne pas lui faire de funérailles adéquates. Il est arrivé ainsi à convaincre Hadès de le laisser repartir chez les vivants pour régler ce problème. Une fois revenu à Corinthe, il a refusé de retourner parmi les morts. Thanatos (ou même Hermès, selon certaines traditions) a dû alors venir le chercher de force.
                                                                              Anna Manukyan,L’analyse axiologique du «Mythe de Sisyphe»


samedi 14 octobre 2017

Séquence 4, Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Albert Camus, L'Etranger (1942) LA3, l'achèvement


https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKcS3E3WVJLaERLT00/view?usp=sharing

Albert Camus, L'Etranger, L'achèvement, de « Lui parti » à « avec des cris de haine »



      Lui parti, j’ai retrouvé le calme. J’étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette. Je crois que j’ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu’à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. À ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m’était à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai pensé à maman. Il m’a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d’une vie elle avait pris un « fiancé », pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s’éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s’y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n’avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine. 

______________________________________________________________

Que s'est-il passé avant ?

Un jour, pendant que Meursault rêvait précisément au recours en grâce, un prêtre est introduit dans sa cellule. Le prêtre veut lui aussi, comme le juge, une déclaration de repentir que Meursault refuse à nouveau. Car Meursault ne peut pas se repentir, ni se pardonner; il ne peut que s'accuser, se condamner, sanctionner l'exécution ou se gracier. Devant ce refus, le prêtre ne se réfugie pas dans la foi, comme l'avait fait le juge, mais entre plus profondément en rapport avec Meursault en l'appelant mon fils, et cela produit une réaction émotive bouleversante chez Meursault qui se déchaîne contre lui en le couvrant d'injures, en une véritable explosion de rage. C'est alors que Meursault peut dénoncer l'injustice, se révolter contre les accusations. Le prêtre réagit en calmant les gardiens qui menacent Meursault, et en le regardant en silence (encore une fois !), mais les yeux pleins de larmes.

Séquence 3, Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Albert Camus, L'Etranger (1942) LA2 : La scène du meurtre



https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKcOHVSNU9hejYxc0U/view?usp=sharing



J’ai pensé que je n’avais qu’un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J’ai fait quelques pas vers la source. L’Arabe n’a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l’air de rire. J’ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j’ai senti des gouttes de sueur s’amasser dans mes sourcils. C’était le même soleil que le jour où j’avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau.
A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j’ai fait un mouvement en avant. Je savais que c’était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d’un pas. Mais j’ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l’Arabe a tiré son couteau qu’il m’a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l’acier et c’était comme une longue lame étincelante qui m’atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d’un coup sur les paupières et les a recouvertes d’un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C’est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux. Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût. Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.


Albert Camus, L'etranger, Première partie, chapitre 6, de « J'ai pensé » à « que je frappais sur la porte du malheur ». LA2


Séquence 3, Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Albert Camus, L'Etranger (1942) LA1 Incipit


https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKcNnlpTGdOM3I2bE0/view?usp=sharing

                                    Albert Camus, L'Etranger ( 1942)
Incipit



           Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.
       L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » Il n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.
        J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère. » Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.

        J’ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c’est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler.

Séquence 3, Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Albert Camus, L'Etranger, fiche présentation




Séquence III


Objet d'étude

Œuvre intégrale :
Albert Camus, L'Étranger
« C'est la mer allée
Avec le soleil »
Rimbaud, « l'Éternité »


Problématique
Meursault est-il coupable ?
Pouvons-nous nous identifier à Meursault ?


Objectifs de connaissances
Évolution du personnage romanesque du XVIIe siècle à nos jours
L'absurde
Lectures analytiques
1) Incipit de "Aujourd'hui maman est morte" à "j'ai dit "oui" pour n'avoir plus à parler"
2) la scène du meurtre : "J'ai pensé que" à " que je frappais sur la porte du malheur."
3) L'achèvement : de "Lui parti." à "avec des cris de haine"


Textes complémentaires
1) Incipit de Molloy
2) Baudelaire, "L'étranger"

Outils d'analyse littéraire
Focalisation et statut du narrateur
Activités de classe
Écrit d'invention :
Transposez l'incipit selon le point de vue d'un narrateur omniscient. Votre texte devra donc être à la troisième personne.


Dossier personnel : un résumé rapide, un personnage (itinéraire et caractéristiques), un titre, un passage préféré, une phrase et un mot.

Quelques extraits de L'Etranger lu par Camus, lui-même.

Film de Luchino Visconti avec Marcello Mastroianni,  Lo Straniero, 1967 : étude comparative : écriture filmique et romanesque


Commentaire du meurtre de l'Arabe avec le projet de lecture suivant :
Dans quelle mesure le déroulement du meurtre exprime-t-il une vision tragique de l’existence ?




lundi 11 septembre 2017

L'Etranger

https://www.youtube.com/watch?time_continue=347&v=HFh42w5sv9c

https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/silence-14-camus-et-le-silence-deraisonnable-du-monde


https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/bac-de-francais-2017-3-le-roman-camus


http://education.francetv.fr/matiere/litterature/premiere/video/albert-camus-commente-l-etranger

https://www.youtube.com/watch?v=-vNQJrW05dk

https://www.youtube.com/watch?v=fR3nUr3yoPg


http://education.francetv.fr/matiere/litterature/premiere/article/l-univers-romanesque-de-l-etranger-de-camus


    • L’Étranger
    •  (Lo Straniero)
    • Italie
    •  - 
    • 1967
  • Réalisation : Luchino Visconti
  • Scénario : Luchino Visconti, Suso Cecchi D'Amico, Georges Conchon, Emmanuel Roblès
  • d'après : le roman L'Étranger
  • de : Albert Camus
  • Image : Giuseppe Rotunno
  • Montage : Ruggero Mastroianni
  • Musique : Piero Piccioni
  • Producteur(s) : Dino De Laurentiis
  • Interprétation : Marcello Mastroianni (Meursault), Anna Karina (Marie), Georges Géret (Raymond), Georges Wilson (le juge d'instruction), Bernard Blier (l'avocat de la défense), Bruno Crémer (l'aumônier)..