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mercredi 31 janvier 2018

Apollinaire : biographie

1880 : Naissance à Rome, de père inconnu et d’une mère polonaise de 22 ans, appartenant à une grande famille aristocratique.

Enfance en Italie, sur la Côte d’Azur et à Monaco.

1889 : Installation à Paris. Vie matérielle précaire.
Séjour de trois mois dans les Ardennes belges. Première et brève idylle amoureuse avec une nommée Maria Dubois.

1901 : Précepteur de français d’une fillette de neuf ans, séjour d’un an en Allemagne (Rhénanie). Guillaume tombe amoureux de la miss anglaise de l’enfant, Annie Playden. Voyages en Europe centrale durant lesquels Annie  s’éloigne de lui ce qui provoque son retour à Paris. Il choisit à cette époque son pseudonyme, forgé sur deux de ses prénoms : Guillaume Apollinaire.

1902 : Employé de banque mais s’adonne à de nombreux travaux et rencontres journalistiques et littéraires.

1903 : Premières publications. Part pour Londres dans l’intention de reconquérir Annie.

1904 : Second voyage infructueux en Angleterre. Annie bientôt partie pour l’Amérique lui échappe définitivement. 

1904-1905 : Rencontre et fréquente le peintre Picasso à Paris. Séjours en Belgique et Hollande. Publication de nouveaux poèmes, repris ultérieurement dans Alcools.

1907 : Rencontre Marie Laurencin, peintre à la mode. Leur liaison tumultueuse dure jusqu’en 1912  : « Pont Mirabeau »

1908 : Apollinaire s’engage dans la critique d’art et se range aux côtés des peintres de son temps 

1909 : Publication de nombreux poèmes qui figureront dans « Alcools », notamment « La Chanson du Mal-Aimé » et les poèmes rhénans.

1911 : La Joconde est dérobée au musée du Louvre. Une campagne de presse est déclenchée à propos
des voleurs d’oeuvres d’art. Apollinaire restitue des statuettes du grand musée parisien qu’un ami
indélicat lui avait offertes. Inculpé de recel, le poète est incarcéré pendant six jours. (voir « Zone » et
« À la Santé »)

1912 : Très éprouvé par l’épisode de la prison, Apollinaire l’est davantage encore par la rupture avec
Marie Laurencin.

1913 : Publication d’Alcools

1914 : Incorporation dans l’armée à la veille de ses fiançailles avec Madeleine Pagès. D’abord fasciné par le spectacle de la guerre, il en mesure vite les réalités en tant que fantassin.

1916 : Retour à Paris et à la littérature auprès des jeunes poètes se réclamant de lui (Reverdy, Breton,
Tzara).

1917 : Préparation de ses Calligrammes, poèmes-dessins. Représentation des Mamelles de Tirésias
qu’il baptise « drame surréaliste ».

1918 : Publication de Calligrammes. Mariage avec Jacqueline Kolb (la jolie rousse). Meurt des complications de la grippe espagnole.

vendredi 12 janvier 2018

Séquence 2 : fiche présentation 1re L

Séquence II / Groupement de textes N°2
1re L

Objet d'étude
Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Age à nos jours
Problématique
Comment les poètes appréhendent-ils la fuite du temps ?
Objectifs de connaissances
le lyrisme
l'élégie
le romantisme
les mouvements poétiques du XIXe siècle
Lectures analytiques
1) Lamartine, « Le Lac »
2) Verlaine, « Chanson d'automne »
3) Apollinaire, « Le Pont Mirabeau »


Textes complémentaires


Ronsard, « Quand vous serez bien vieille »
Baudelaire, « L'Horloge »
Musset, « Souvenirs »


Outils d'analyse littéraire
Versification et vocabulaire de la poésie
Activités de classe
Mémorisation des strophes 6, 7, 8 et 9 : le chant d'Elvire, « Le Lac »


Question de corpus : Jean de Léry,Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil ; Voltaire, L'Ingénu ; Jean-Christophe Rufin, Rouge Brésil.


Commentaire de L'Ingénu.


Séquence 2 : Fiche présentation 1re S

Séquence II / Groupement de textes N°2
1re S

Objet d'étude
Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Age à nos jours
Problématique
Comment les poètes appréhendent-ils la fuite du temps ?
Objectifs de connaissances
le lyrisme
l'élégie
le romantisme
les mouvements poétiques du XIXe siècle
Lectures analytiques
1) Lamartine, « Le Lac »
2) Verlaine, « Chanson d'automne »
3) Apollinaire, « Le Pont Mirabeau »


Textes complémentaires


Ronsard, « Quand vous serez bien vieille »
Baudelaire, « L'Horloge »
Musset, « Souvenirs »


Outils d'analyse littéraire
Versification et vocabulaire de la poésie
Activités de classe
Mémorisation des strophes 6, 7, 8 et 9 : le chant d'Elvire, « Le Lac »


Question de corpus : Jean de Léry,Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil ; Voltaire, L'Ingénu ; Jean-Christophe Rufin, Rouge Brésil.


Commentaire de L'Ingénu.


jeudi 2 novembre 2017

Séquence 2 Comment les poètes traduisent la fuite du temps, texte complémentaire : Baudelaire, "L'Horloge"


https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKcZ0dtM3BONXp4QUk/view?usp=sharing


Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : «Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : ‘’Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !’’

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !»


           Charles BAUDELAIRE, « L’horloge »Les Fleurs du Mal (1857)


Séquence 2 Comment les poètes traduisent la fuite du temps, texte complémentaire : Musset, "Souvenir"


https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKcWVNJdmF4elQ5SWM/view?usp=sharing

Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,
Et ces pas argentins sur le sable muet,
Ces sentiers amoureux, remplis de causeries,
Où son bras m'enlaçait.
Les voilà, ces sapins à la sombre verdure,
Cette gorge profonde aux nonchalants détours,
Ces sauvages amis, dont l'antique murmure
A bercé mes beaux jours.
Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesse,
Comme un essaim d'oiseaux, chante au bruit de mes pas.
Lieux charmants, beau désert où passa ma maîtresse,
Ne m'attendiez-vous pas ?
Ah ! laissez-les couler, elles me sont bien chères,
Ces larmes que soulève un cœur encor blessé !
Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupières
Ce voile du passé ! 
    Alfred de Musset,  « Souvenir », Poésies nouvelles  (1850)

lundi 2 octobre 2017

Séquence 2 Comment les poètes traduisent la fuite du temps, texte complémentaire : "Quand vous serez bien vieille"


Pierre de Ronsard, « Quand vous serez bien vieille »,


Sonnet pour Hélène (1578)



1 Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,

2    Assise auprès du feu, dévidant et filant,


3    Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :


4   "Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle."




5   Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,


6   Déjà sous le labeur à demi sommeillant,


7   Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,


8   Bénissant votre nom de louange immortelle.




9   Je serai sous la terre, et fantôme sans os


10  Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;


11  Vous serez au foyer une vieille accroupie,




12  Regrettant mon amour et votre fier dédain.


13  Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :


14  Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

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Sonnet pour Hélène (1578) : Recueil dans lequel le poète loue la beauté de la jeune Hélène de Surgères, il comprend 115 poèmes dont 4 sonnets.

dévidant et filant,Référence à la mythologie grecque : les Parques sont les divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à la mort. Elles sont généralement représentées comme filant le fil de la vie des hommes et tranchant leur destin

les ombres myrteux Référence à la mythologie grecque : dans les Enfers, lieu où sont accueillis les couples amoureux.

Cueillez : Référence à la philosophie épicurienne (Horace : "Carpe Diem", ou "cueille le jour")


mercredi 27 septembre 2017

Séquence 2 Comment les poètes traduisent la fuite du temps: Fiche présentation


Séquence II / Groupement de textes N°2
1re STMG – Lycée Melkior

Objet d'étude Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Age à nos jours
Problématique Comment les poètes appréhendent-ils la fuite du temps ?
Objectifs de connaissances
le lyrisme
l'élégie
le romantisme
les mouvements poétiques du XIXe siècle
Lectures analytiques
1) Lamartine, « Le Lac »
2) Verlaine, « Chanson d'automne »
3) Apollinaire, « Le Pont Mirabeau »
Texte complémentaire Ronsard, "Quand vous serez bien vieille"
Outils d'analyse littéraire Versification et vocabulaire de la poésie
Activités de classe
Mémorisation des strophes 6, 7, 8 et 9 : le chant d'Elvire, "Le Lac"

Question de corpus : Jean de Léry, Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil ; Voltaire, L'Ingénu ; Jean-Christophe Rufin, Rouge Brésil.

Commentaire de Rouge Brésil.

Séquence 2 Comment les poètes traduisent la fuite du temps, : LA3 : "Le Pont Mirabeau"



Guillaume Apollinaire, Alcool (1913), 
« Le Pont Mirabeau »



Sous le pont Mirabeau coule la Seine

       Et nos amours


   Faut-il qu'il m'en souvienne


La joie venait toujours après la peine




       Vienne la nuit sonne l'heure


       Les jours s'en vont je demeure




Les mains dans les mains restons face à face


       Tandis que sous


   Le pont de nos bras passe


Des éternels regards l'onde si lasse




       Vienne la nuit sonne l'heure


       Les jours s'en vont je demeure




L'amour s'en va comme cette eau courante


       L'amour s'en va


   Comme la vie est lente


Et comme l'Espérance est violente




       Vienne la nuit sonne l'heure


       Les jours s'en vont je demeure




Passent les jours et passent les semaines


       Ni temps passé


   Ni les amours reviennent


Sous le pont Mirabeau coule la Seine




       Vienne la nuit sonne l'heure


       Les jours s'en vont je demeure




----------------------------------------------------------------------------------


Introduction :

    De 1870 à la 1re guerre mondiale, l'Europe connait une période de renouveau intense par le biais de la révolution technologique et industrielle. Ainsi en architecture, de nouveaux bâtiments apparaissent utilisant de nouveaux matériaux comme l'acier. Comme les Impressionnistes qui firent entrer la modernité dans leur peinture, Apollinaire se fait le chantre de la modernité. Le pont Mirabeau date seulement de 1896 et déjà il pénètre la poésie. Mais Apollinaire est aussi un avantgardiste pour la forme ainsi l'absence de ponctuation. Ce poème est composé de quatre quatrains alternant avec un distique qui forme un refrain. Le tout est un poème hétérométrique de 24 vers, comme les 24 heures de la journée. C'est un poème qui oscille entre le monde ancien par son thème plutôt classique de la fuite du temps (c'est l'image d'Héraclite !) réunie à la fin des amours et une forme poétique étonnante. 

I Une forme musicale étonnante

II Fuite du temps associée à la fin des amours


Remarquez sur le manuscrit que ce sont bien des tercets. Et que l'idée de briser le deuxième vers est venue après.

https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKcTXZUVldBZEdIWDQ/view?usp=sharing

Si vous voulez entendre Apollinaire dire son poème :

http://french.chass.utoronto.ca/fcs195/music/Apollinaire_recite_le_pont_Mirabeau.mp3


https://www.franceculture.fr/emissions/si-ca-vous-chante/guillaume-apollinaire


173 mètres de long sur 20 de large et 15 de haut, telles sont les mensurations d’acier

du Pont Mirabeau.Trois arches pour enjamber la Seine à l’ouest de Paris, bâties à la 

toute fin du 19ème, suffisaient-elles à faire le poème du siècle dernier ?


Qu’avait donc ce jeune pont qui inspira tant Apollinaire ? Où Guillaume puisa-t-il sa 

complainte ? Dans le blason de la ville qui s’enorgueillit depuis le moyen-âge et les 

marchands de l’eau de fendre les flots sans jamais être submergé ni sans jamais 

sombrer ?   "Fluctuat nec mergitur"


Il est vrai que son refrain des jours qui passent s’écoule comme la chanson de 

toile des temps jadis. Et que le nom du fleuve, qui rime avec la peine, est 

féminin comme la mélancolie.
Avec l’onde si lasse, les rimes se dissipent et pourtant la ritournelle 

désenchantée entête. C’est pourquoi peut-être le recueil s’intitule « Alcools » :
« Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie »
A propos de ses vers, Guillaume Apollinaire confiait : « je les fais en chantant 

et je me chante souvent le peu dont je me rappelle ». Habitant à Auteuil, le 

poète arpentait souvent dans la nuit les quais de la Seine. Il buvait à pleins 

verres les étoiles !





La chanson triste de cette longue liaison brisée. Le pont est encore là, mais ni les amours, ni le poète n'ont demeuré. L'eau est passée sous le pont, indifférente.



Marie Laurencin, la jeune fiancée d'Apollinaire qu'il retrouvait sur le pont Mirabeau.








https://www.youtube.com/watch?v=zg7eMk88BC4


Le mal-aimé

En 1912, Apollinaire est un homme désespéré : Marie Laurencin, son grand amour depuis bientôt cinq ans, vient de le quitter.
Cette rupture, qui ravive le douloureux souvenir de sa première expérience amoureuse avec l'insaisissable Annie Playden, lui donne le sentiment d'être un mal-aimé.
Pour lutter contre le chagrin, Apollinaire décide de rassembler en un recueil l'ensemble des poésies qu'il compose depuis plus de quinze ans. Mais, alors qu'il en corrige les premières épreuves d'imprimerie, il est bouleversé par la modernité du nouveau poème de son ami Biaise Cendrars, LaProse du Transsibe'rien et de la petite Jehanne de France (1913). À l'instar de ce :
"Sous le pont Mirabeau coule ta Seine"
■ Guillaume Apollinaire, Alcools, « Le Pont Mirabeau », 1913.
Apollinaire supprime alors la ponctuation de son recueil dont il modifie radicalement
la composition. Alcools paraîtra en 1913.

Un chant d’amour au monde moderne
S'il s'inspire d'une large tradition poétique. Alcools s'impose surtout comme un hymne à la modernité. Apollinaire y chante les louanges du monde contemporain et vante ses innovations, tels les aéroplanes et les automobiles. Il déclare sa flamme à la tour Eiffel, symbole d'un avenir prometteur, susceptible de lui faire oublier le passé et ses déceptions amoureuses.
Par son usage original du vers libre et par ses images surprenantes. Alcools s'impose comme le manifeste de l'avant-garde poétique du début du xxe siècle.

Un poète au coeur de la Grande Guerre
Cependant, en 1914, la Première Guerre mondiale éclate. Le poète apatride - russe
d'origine polonaise, né Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky - fait une demande
de naturalisation pour être engagé sur le front. Il est affecté dans un régiment
d'artillerie mais, en 1916, il est grièvement blessé et trépané. Apollinaire ne s'en
remettra pas. En novembre 1918, après la publication de Calligrammes, le poète meurt emporté
par la grippe espagnole.
1880 / 1918

Apollinaire a d’abord pensé à intituler son recueil Eau de Vie, abandonné au bénéfice d’Alcools, au
pluriel plus inattendu.
Alcools, sources multiples poétiques dans le but de distiller le réel ?
Distiller :
1. Convertir en vapeur un liquide mêlé à un corps non volatil (qui ne s’évapore pas facilement)
afin de les séparer
2. Laisser tomber goutte à goutte, sécréter
Si ce recueil s’intitule Alcools et qu’il comporte des poèmes, chaque poème est un alcool.


Séquence 2 Comment les poètes traduisent la fuite du temps,: LA2 : "Chanson d'automne"


LA2 : Paul Verlaine,  Poèmes saturniens (1866), « Chanson d'automne »


Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure


Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKceW5aYWVieGt4UUE/view?usp=sharing

Sur le terme "saturniens" :
une Abadir : la pierre que Saturne avala au lieu de Jupiter, bien enveloppée dans un lange.

lundi 25 septembre 2017

Séquence 2 Comment les poètes traduisent la fuite du temps,: LA1, Lamartine, "Le Lac"

https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKcUEVYT3l2WTVzbU0/view?usp=sharing


LA 1 : Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques (1820)
« Le Lac »

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,


Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges


Jeter l'ancre un seul jour ?




Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,


Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,


Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre


Où tu la vis s'asseoir !




Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,


Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,


Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes


Sur ses pieds adorés.




Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;


On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,


Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence


Tes flots harmonieux.




Tout à coup des accents inconnus à la terre


Du rivage charmé frappèrent les échos ;


Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère


Laissa tomber ces mots :




" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !


Suspendez votre cours :


Laissez-nous savourer les rapides délices


Des plus beaux de nos jours !




" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,


Coulez, coulez pour eux ;


Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;


Oubliez les heureux.




" Mais je demande en vain quelques moments encore,

Le temps m'échappe et fuit ;


Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore


Va dissiper la nuit.




" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,


Hâtons-nous, jouissons !


L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;


Il coule, et nous passons ! "




Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,


Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, 


S'envolent loin de nous de la même vitesse


Que les jours de malheur ?




Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?


Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !


Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,


Ne nous les rendra plus !




Éternité, néant, passé, sombres abîmes,


Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?


Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes


Que vous nous ravissez ?




Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !


Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,


Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,


Au moins le souvenir ! 





Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,

Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,


Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages


Qui pendent sur tes eaux.




Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,


Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,


Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface


De ses molles clartés.




Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,


Que les parfums légers de ton air embaumé,


Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,


Tout dise : Ils ont aimé !




Le poème lu par Maria Casarès

https://www.youtube.com/watch?v=mJBJAsH2xy4


Sur Lamartine :


https://www.youtube.com/watch?v=UP9ef2FxNPc


https://www.youtube.com/watch?v=Gnn1sK8J1ak


https://www.youtube.com/watch?v=Fhct36VYRPM&t=28s