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dimanche 21 janvier 2018

Humanisme

 L’HUMANISME ?

Les auteurs de l'Humanisme :



I INTRODUCTION
Les sens du mot « humanisme »
  1. philosophie qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus de tout
  2. mouvement intellectuel de la Renaissance, né en Italie au XIVème siècle, qui s’étend progressivement en Europe et s’épanouit au XVIème siècle. Il est marqué par un retour aux textes antiques qui servirent de modèle de vie, d’écriture et de pensé. Principaux représentants :François Rabelais, Michel de Montaigne et les poètes : Ronsard et Du Bellay
  3. conception philosophique pour laquelle l’homme constitue la valeur suprême ou encore une fin et non un moyen.

La notion d’humanisme est inséparable pour nous de l’idée d’un progrès considérable.
L’humanisme fait de l’homme lui-même l’objet de sa recherche. Il exalte l’aptitude de l’homme, centre et image du monde, à se connaître lui-même, à maîtriser le monde et à comprendre Dieu à travers ses créations.
L’humanisme considère tout homme comme digne de respect, il défend l’intégrité humaine contre les fanatismes ou tyrannies qui la menacent. Il reconnaît même la nature humaine chez le « sauvage » du Nouveau monde à qui les conquérants européens étaient tentés de nier toute âme.

Chez les Romains, « humanitas » désigne tte chose élevant l’homme à une place à part parmi les autres êtres vivants. Durant le Moyen-Age, on parle de « humaniores litterae » ou « lettres humaines » (= ensemble des connaissances profanes, enseignées ds les facultés des arts) qui s’opposent aux « diviniores litterae » (= lettres divines, enseignées ds les facultés de théologie, qui commentent la Bible)
Au XVIème s., les « lettres humaines » sont : les principales disciplines enseignées au MA + les études des textes antiques. Ceux qui s’intéressent à ces lettres humaines sont appelés des humanistes.
Pour les humanistes, l’homme est placé au centre de tte question. S’appuyqnt sur la sagesse des auteurs antiques, ils souhaitent bâtir une société différente, ils désirent atteindre la perfection, que ce soit dans le domaine humain, moral ou dans le domaine artistique. Le support de ce changement est constitué par les textes antiques et non plus par les écritures saintes, comme c’était le cas au MA.
Personnes à l’origine de ce bouillonnement : Erasme, Guillaume Budé, Jacques Lefèvre d’Etaples, Pic de la Mirandole, Ficin, la famille Estienne.

II LA NAISSANCE DE L’HUMANISME
La représentation que l’homme se fait du monde change radicalement au XVIème siècle

1/ Les grandes découvertes
  • Les voyages : Chistophe Colomb découvre l’Amérique en 1492Dès la découverte de l’Amérique, en 1492, par le Génois Christophe Colomb, les puissances ibériques parviennent à prendre possession de ce territoire, qui prend rapidement le nom de Nouveau Monde. En 1494, le pape Alexandre VI (1492-1503) Farnèse signe, avec l’Espagne et son voisin lusitanien, le traité de Tordesillas, par lequel il affirme que la péninsule ibérique, de par le testament d’Adam3, se voit octroyer la possession des terres découvertes et à découvrir. Par ce texte, seuls l’Espagne et le Portugal se voient autorisés, par décision de la papauté, à se lancer dans la course à la découverte par l’océan, puis, par extension, à la conquête des terres d’Amérique, excluant de fait les autres puissances européennes. Auparavant, la papauté avait déjà permis à l’Espagne, par la Bulle In Caetera (4 mai 1493), de jouer un rôle fondamental dans la prise de possession des terres nouvelles car « ces rois vraiment catholiques



  •   ; en 1497 : Vasco de Gama ouvre la voie des Indes et Cabot découvre le Labrador ; 1519-1522 : Magellan fait pour la première fois le tour du monde . : la rotondité de la Terre devient une réalité.


  • Copernic bouleverse la représentation du monde en affirmant que la Terre tourne autour du Soleil.
  • Développement de la médecine et de l’anatomie : la connaissance du corps humain progresse énormément également. L’homme appartient à la nature, bien connaître son corps participe de l’étude du monde.

2/ L’invention de l’imprimerie
L’invention de l’imprimerie en 1443 par Gutenberg (Allemagne) permet de diffuser les livres en de nombreux exemplaires (alors qu’ils étaient auparavant recopiés à la main) : large diffusion des nouvelles connaissances.

En une génération, l’espace et le temps ont totalement changé de valeur et de mesure
Le brusque élargissement du monde extérieur provoque une profonde transformation du monde psychique. Tout ce qui était certain devient douteux. Les campagnes s’appauvrissent, le commerce devient prodigieusement florissant grâce à la navigation, la civilisation urbaine se développe. C’est en même temps un bouleversement social.
Même le sentiment religieux est touché en cette ère de transition. Jusqu’à présent, l’Europe est sous le joug de l’Eglise qui brandit la menace de l’excommunication lorsqu’on lui résiste. A côté des conquistadores des mers, ceux de l’esprit se questionnent. L’attitude humble et suppliante de l’homme face à Dieu fait place au sentiment de sa valeur personnelle, il se sent le centre du monde, il ressent un sentiment de puissance et de griserie nommé « renaissance ». A côté de l’Eglise, se dresse la science. Des universités surgissent dst te l’Europe.

3/ Conditions historiques favorables
  • En 1453, les Turcs envahissent Constantinople et de nombreux Grecs s’enfuient pour se réfugier en Italie, emportant avec eux des manuscrits ds leur langue d’origine., leur langue, leur culture. Au lieu de lire des traductions latines, on lit les tx grecs originaux. Ces textes seront traduits et découverts grâce aux progrès de l’imprimerie

  • Les guerres d’Italie menées par François 1er



  • vont mettre les Français en contact avec la culture et la civilisation italiennes, la Renaissance italienne ayant déjà eu lieu au XVème siècle (Quattrocento) François 1er fait venir d’Italie savants et artistes et l’élite de la société française s’ouvre à la peinture et à la littérature italienne. Il veut concurrencer la renaissance italienne. Il crée le Collège royal où sont enseignés le latin, l’hébreu et le grec. Invention de « dépôt légal » : il faut un « privilège royal » pour éditer un livre puis en déposer in exemplaire à la bibliothèque royale.

III.LES IDEES HUMANISTES

1/ Le renouveau de la pensée religieuse
  • La redécouverte de La Bible et des Pères de l’Eglise entraîne un mouvement de profonde rénovation religieuse. Pour le courant évangéliste, dont étaient proches Erasme et Rabelais, chacun doit lire et méditer directement les Ecritures. La prière individuelle se libère des dogmes et des liturgies imposées.
Les humanistes ne rejettent pas la foi chrétienne mais cherchent à la vivre de façon plus personnelle, plus exigeante, plus authentique.

  • Naissance de la Réforme
Un courant naît dans l’Eglise, impulsé par Luther, puis Calvin qui conteste, au nom même de la foi et des Ecritures l’autorité de l’Eglise catholique, ses sacrements, ses structures. Mais le protestantisme s’éloigne ensuite de l’humanisme, parce qu’il rejette le libre arbitre.

2/ La Renaissance artistique
Le Quattrocento italien a précédé la renaissance française, la peinture modifie la représentation du portrait et de l’espace. François 1er fait venir en France de grands artistes comme Léonard de Vinci.
Ce renouveau se manifeste ds la sculpture qui s’inspire des modèles grecs, et surtoput ds l’architecture et la décoration des châteaux dont la fonction défensive s’efface au profit de l’élégance esthétique : ce sont les châteaux de la Loire : Azay-le(Rideau, Chambord, Chenonceaux. : décors d’une vie raffinée et emblème de la puissance royale.

3/ La diversité des tendances littéraires
  • Début du siècle, les œuvres sont encore influencées par les goûts du Moyen-Age Rabelais : 








  • A partir de 1540-1550, tendances nouvelles :
Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) fait du français la langue officielle. C’est à partir de ce moment que s’instaurent les grands genres qui vont caractériser la littérature française.

- MARGUERITE DE NAVARRE : l’Heptaméron, nouvelles a pour modèle les dix journées du Décaméron de Boccace, texte traduit en France dès 1414.Mais, interrompu en 1549 par la mort de Marguerite, l’Heptaméron ne rassemble que 72 nouvelles se déroulant en sept journées. Comme dans l’ouvrage de Boccace, les nouvelles s’inscrivent dans une histoire-cadre. Dix voyageurs sont réunis dans une abbaye, alors qu’un violent orage a coupé toute communication. Pour passer le temps, cette société écoute des histoires vraies dans des registres divers. La réussite de cet ouvrage tient au fait qu’il privilégie aussi la conversation, car chaque nouvelle est suivie des commentaires tenus par l’ensemble des auditeurs.
- MONTAIGNE utilise la prose dans les Essais pour dire son expérience d’homme en toute liberté.

  • La Pléiade et le tournant de la poésie
La Pléiade est composée d’un groupe de 7 poètes, 
dont RONSARD

et  DU BELLAY, 


qui veulent rompre avec l’héritage du Moyen-Age pour faire renaître la forme et l’esprit des genres de l’Antiquité dans une langue poétique renouvelée. Dans Défense et illustration de la langue française (1549), véritable manifeste du groupe, Du Bellay soutient que l’imitation des Anciens nourrit la créativité. Leurs plus belles réussites seront dans le lyrisme amoureux. ( Les Amours de Cassandre de RONSARD, où le poète chante son amour pour Cassandre, qui se mariera un an plus tard)
IV. LA DESILLUSION HUMANISTE
François 1er se montre d’abord tolérant à l’égard des idées religieuses nouvelles de la Réforme. Mais en 1534, l’affaire des Placards le fait changer d’attitude.
(L'affaire des Placards fait référence à un événement historique de la Renaissance. Les placards dont il est question étaient des écrits injurieux et séditieux qui ont été affichés dans les rues de Paris et dans diverses villes du royaume (Tours, Orléans) dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534. Ces affiches ont été placardées jusque sur la porte de la chambre royale de François Ier au château d'Amboise ce qui constituait un affront envers la personne même du roi et sa foi. Ces placards étaient intitulés "Articles véritables sur les horribles, grands et insupportables abus de la messe papale, inventée directement contre la Sainte Cène de notre Seigneur, seul médiateur et seul Sauveur Jésus-Christ". Ce titre évocateur est en fait une attaque directe envers l'Eucharistie.
L'auteur était Antoine Marcourt, pasteur d'origine picarde de Neuchâtel. En réponse, François Ier confessa ouvertement sa foi catholique et déclencha la persécution et l'exil de nombreux protestants (départ de Jean Calvin pour la Suisse).)
La guerre entre protestants et catholiques sera meurtrière, alternant avec des périodes de calme éphémère. 1572 : le massacre de la Saint-Barthélemy, décidé par Catherine de Médicis, élimine de nombreux chefs protestants.
La guerre prend fin avec l’avènement d’Henri IV (1589), protestant converti au catholicisme qui accordera la liberté de culte aux protestants par l’Edit de Nantes en 1598.
Les horreurs de la guerre civile auront opposé un cruel démenti aux espoirs humanistes du début du siècle.
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Définition de Mme de la Croix :

L’humanisme est un courant culturel européen qui s'est développé à la Renaissance. Renouant avec la civilisation gréco-latine, les intellectuels de l'époque manifestent un vif appétit de savoir (philologienotamment). Considérant que l’Homme est en possession de capacités intellectuelles potentiellement illimitées, ils considèrent la quête du savoir et la maîtrise des diverses disciplines comme nécessaires au bon usage de ces facultés. Ils prônent la vulgarisation de tous les savoirs, même religieux : la parole divine doit être accessible à toute personne, quelles que soient ses origines ou sa langue (traduction de la Bible en langue vernaculaire par Érasme en 1516).
Ainsi, cet humanisme vise à diffuser plus clairement le patrimoine culturel, y compris le message religieux. Cependant l’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté (ce que l'on appelle le « libre arbitre »), de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont de ce fait indissociables de la théorie humaniste classique.
Par extension, on désigne par « humanisme » toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain. Une vaste catégorie de philosophies portant sur l'éthique affirme la dignité et la valeur de tous les individus, fondée sur la capacité de déterminer le bien et le mal par le recours à des qualités humaines universelles, en particulier la rationalité










jeudi 26 octobre 2017

Séquence 3 L : Vers un espace culturel européen : Renaissance et humanisme : 1re L. Devoir argumentation : Montaigne, Voltaire et Montesquieu



TEXTE A: Extrait des Essais, Montaigne (1533-1592)
Montaigne raconte la venue en France de trois “sauvages” venus d’Amérique.
Trois d'entre eux […] après avoir quitté la douceur de leur ciel pour venir voir le nôtre, furent à Rouen,du temps que leur feu roi Charles neuvième y était. Le Roi parla à eux fort longtemps; on leur fit voir notre façon, notre pompe, la forme d'une belle ville. Après cela, quelqu'un en demanda leur avis, et voulut savoir d'eux ce qu'ils y avaient trouvé de plus admirable; ils répondirent trois choses, d'où j'ai perdu la troisième, et en suis bien marri; mais j'en ai encore deux en mémoire. Ils dirent qu'ils trouvaient en premier lieu fort étrange que tant de grands hommes, portant barbe, forts et armés, qui étaient autour du Roi (il est vraisemblable qu'ils parlaient des Suisses de sa garde), se soumissent à obéir à un enfant, et qu'on ne choisisse plutôt quelqu'un d'entre eux pour commander; secondement (ils ont une façon de leur langage telle, qu'ils nomment les hommes moitié les uns des autres) qu'ils avaient aperçu qu'il y avait parmi nous des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités, et que leurs moitiés étaient mendiants à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté; et trouvaient étrange comme ces moitiés ici nécessiteuses pouvaient souffrir une telle injustice, qu'ils ne prissent les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons. MontaigneEssais, Livre I chapitre 31, “Des cannibales” (1588)
TEXTE B: Extrait des Lettres persanes, Montesquieu (1689-1755)
Lettre XXX : Rica à Ibben, à Smyrne

Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du ciel: vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres; si j'étais aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi; les femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m'entourait. Si j'étais aux spectacles, je voyais aussitôt cent lorgnettes dressées contre ma figure: enfin jamais homme n'a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux: "Il faut avouer qu'il a l'air bien persan." Chose admirable ! Je trouvais de mes portraits partout; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les cheminées, tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu.
    Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à la charge: je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare; et quoique j'aie très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit persan, et à en endosser un à l'européenne, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon tailleur, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique; car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût regardé, et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche. Mais, si quelqu'un par hasard apprenait à la compagnie que j'étais Persan, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement: " Ah ! Ah ! Monsieur est Persan ? C'est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? "
De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1712. 
Montesquieu, Lettres persanes, Lettre XXX (1721)
TEXTE C: Candide en Eldorado, extrait de Candide ou l'Optimisme, Voltaire (1694-1778)
Ce conte philosophique raconte l'itinéraire d'un jeune homme nommé Candide, découvrant le monde et mûrissant son regard sur la vie. Alors qu'il est obligé de quitter sa bien-aimée Cunégonde, Candide, en compagnie de son valet Cacambo, poursuit son chemin en Amérique du sud. Ils arrivent tous deux au pays fabuleux d'Eldorado. Un vieux savant les renseigne sur ce pays idyllique.
Candide ne se lassait pas de faire interroger ce bon vieillard; il voulut savoir comment on priait Dieu dans l’Eldorado. « Nous ne le prions point, dit le bon et respectable sage; nous n’avons rien à lui demander; il nous a donné tout ce qu’il nous faut; nous le remercions sans cesse. » Candide eut la curiosité de voir des prêtres; il fit demander où ils étaient. Le bon vieillard sourit. «Mes amis, dit-il, nous sommes tous prêtres; le roi et tous les chefs de famille chantent des cantiques d’actions de grâces solennellement tous les matins; et cinq ou six mille musiciens les accompagnent.
– Quoi ! vous n’avez point de moines qui enseignent, qui disputent, qui gouvernent, qui cabalent, et qui font brûler les gens qui ne sont pas de leur avis ? – Il faudrait que nous fussions fous, dit le vieillard ; nous sommes tous ici du même avis, et nous n’entendons pas ce que vous voulez dire avec vos moines.» Candide à tous ces discours demeurait en extase, et disait en lui-même: «Ceci est bien différent de la Westphalie et du château de monsieur le baron: si notre ami Pangloss avait vu Eldorado, il n’aurait plus dit que le château de Thunder-ten-tronckh était ce qu’il y avait de mieux sur la terre; il est certain qu’il faut voyager.»
    Après cette longue conversation, le bon vieillard fit atteler un carrosse à six moutons, et donna douze de ses domestiques aux deux voyageurs pour les conduire à la cour : «Excusez-moi, leur dit-il, si mon âge me prive de l’honneur de vous accompagner. Le roi vous recevra d’une manière dont vous ne serez pas mécontents, et vous pardonnerez sans doute aux usages du pays s’il y en a quelques-uns qui vous déplaisent.»
VoltaireCandide ou l'Optimisme, chapitre 18 (1759)

Sujet:
I - Question de corpus (4 points): Pourquoi peut-on dire que ces textes ont une portée critique ?

II - Sujet au choix (16 points):

Commentaire: Vous ferez le commentaire du texte de Montesquieu

Dissertation :En quoi l'évocation d'un monde très éloigné du sien permet-elle de faire réfléchir le lecteur ou le spectateur sur la réalité qui l'entoure ? Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus, les œuvres étudiées en classe et celles que vous avez lues à titre personnel.

Écrit d'invention: Dans un article pour le journal du lycée, vous ferez, à votre choix, l'éloge du voyage ou vous en présenterez une critique. Vous vous appuierez sur certains thèmes évoqués dans les textes du corpus.

dimanche 15 octobre 2017

Séquence 3 L : Vers un espace culturel européen : Renaissance et humanisme : 1re L : Montaigne, "Des Coches", "En naviguant le long de côtes..."



https://drive.google.com/file/d/1SUAWqFzxTB9T2wkvYD55p2i-BTzNSHfy/view?usp=sharing



          En naviguant le long des côtes à la recherche de leurs mines [d’or], quelques Espagnols prirent terre en une contrée fertile et agréable, fort habitée et ils firent à ce peuple leurs déclarations habituelles : « Qu’ils étaient des gens paisibles, arrivant après de longs voyages, envoyés de la part du roi de Castille, le plus grand prince de la terre habitable, auquel le Pape, représentant de Dieu sur la terre, avait donné la principauté de toutes les Indes ; que, s’ils voulaient être tributaires de ce roi, ils seraient traités avec beaucoup de bienveillance ; ils leur demandaient des vivres pour leur nourriture et de l’or dont ils avaient besoin pour quelque médicament ; ils leur faisaient connaître au demeurant la croyance en un seul Dieu et la vérité de notre religion qu’ils leur conseillaient d’accepter, ajoutant quelques menaces à ce conseil. » La réponse fut telle [que voici] : « Que, pour ce qui est d’être des gens paisibles, ils n’en portaient pas la mine, s’ils l’étaient ; quant à leur roi, puisqu’il demandait, il devait être indigent et nécessiteux, et celui qui avait fait cette distribution [de territoires] devait être un homme aimant la dissension puisqu’il donnait ainsi à un tiers une chose qui n’était pas sienne pour le mettre en conflit avec les anciens possesseurs ; quant aux vivres, [ils dirent] qu’ils leur en fourniraient ; de l’or, qu’ils en avaient peu et [ils ajoutèrent] que c’était une chose qu’ils ne tenaient en nulle estime parce qu’elle était inutile au service de leur vie tandis que tout leur souci visait seulement à la passer heureusement et agréablement ; pour cette raison, ce qu’ils en pourrait trouver, sauf ce qui était employé pour le service de leurs dieux, qu’ils le prissent sans hésiter ; quant au dieu unique, [ils dirent que]l’idée leur en avait plu mais qu’ils ne voulaient pas changer leur religion après s’en être servi si utilement pendant si longtemps et qu’ils avaient l’habitude de ne prendre conseil que de leurs amis et connaissances ; quant aux menaces, c’était [,dirent-ils,] un signe de manque de jugement que d’aller menacer des gens dont la nature et les forces [guerrières] leur étaient inconnues ; dans ces conditions, qu’ils se dépêchassent-et promptement- de quitter leur pays car ils n’avaient pas l’habitude de prendre du bon côté les civilités et les déclarations de gens armés et étrangers ; autrement, on ferait d’eux comme des autres, et ils leur montraient les têtes de certains hommes exécutés, autour de leur ville. » Voilà un exemple des balbutiements de ces prétendus enfants. Mais toujours est-il que ni en ce lieu ni en plusieurs autres, où les espagnols ne trouvèrent pas les marchandises qu’ils cherchaient, ils ne firent d’arrêt ni d’entreprise guerrière, quelque autre avantage qu’il y eût : témoin mes cannibales.


Michel de Montaigne, « Des Coches », Essais, III,6 (1595)

Questions possibles à l'oral :
Comment Montaigne invite-t-il les lecteurs à remettre en cause la prétendue naïveté des Indiens ?
Comment cet extrait s'inscrit-il dans le courant humaniste ?

Séquence 3 L : Humanisme et Renaissance : Montaigne, l'humaniste

https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-philosophes-par-eux-memes-34-montaigne-cest-moi-que-je


Montaigne, l'humaniste


La découverte du nouveau monde est l'occasion pour Montaigne d'interroger ce qui fonde l'humanité. En comparant Indiens et colons espagnols, il décrit les premiers comme généreux, loyaux et fidèles. Tout le contraire des conquérants qui sont cupides, cruels et injustes. Des Indiens ou des colons espagnols, qui détient la plus grande part d'humanité ? C'est au lecteur de conclure.

Séquence 3 L : Humanisme et Renaissance : Tristes Tropiques






Je voudrais avoir vécu au temps des vrais voyages, quand s'offrait dans toute sa splendeur un spectacle non encore gâché, contaminé et maudit ; n'avoir pas franchi cette enceinte moi-même, mais comme Bernier, Tavernier, Manucci... Une fois entamé, le jeu des conjectures n'a plus de fin. Quand fallait-il voir l'Inde, à quelle époque l'étude des sauvages brésiliens pouvait-elle apporter la satisfaction la plus pure, les faire connaître sous la forme la moins altérée ? Eût-il mieux valu arriver à Rio au XVIIIe siècle avec Bougainville ou au XVIe avec Léry et Thevet ? Chaque siècle en arrière me permet de sauver une coutume, de gagner une fête, de partager une croyance supplémentaire. Mais je connais trop les textes pour savoir qu'en m'enlevant un siècle, je renonce à des informations et à des curiosités propres à enrichir ma réflexion. Et voici, devant moi, le cercle infranchissable : moins les cultures humaines étaient en mesure de communiquer entre elles et donc de se corrompre par leur contact, moins aussi leurs émissaires respectifs étaient capable de la richesse et la signification de cette diversité. En fin de compte, je suis prisonnier d'une alternative : tantôt voyageur ancien, confronté à un prodigieux spectacle dont tout ou presque lui échappait - pire encore inspirait raillerie et dégoût ; tantôt voyageur, moderne courant après les vestiges d'une réalité disparue. Sur ces deux tableaux, je perds et plus qu'il ne semble : car moi qui gémis devant des ombres, ne suis-je pas imperméable au vrai spectacle qui prend forme en cet instant, mais pour l'observation duquel mon degré d'humanité manque encore du sens requis ? Dans quelques centaines d'années, en ce même lieu, un autre voyageur, aussi désespéré que moi, pleurera la disparition de ce que j'aurais pu voir et qui m'a échappé. Victime d'une double infirmité, tout ce que j'aperçois me blesse, et je me reproche sans relâche de ne pas regarder assez.


Claude lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955), extrait

samedi 14 octobre 2017

Séquence 3 L : Humanisme et Renaissance : texte complémentaire Levi-Strauss

        

Où est l'humanité ?



      L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « Habitudes de sauvages », « cela n'est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela », etc.., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement: il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain; et sauvage, qui veut dire «de la forêt », évoque aussi un genre de vie animal par opposition à la culture humaine. [...]
       Cette attitude de pensée, au nom de laquelle on rejette les «sauvages» (ou tous ceux qu'on choisit de considérer comme tels) hors de l'humanité, est justement l'attitude la plus marquante et la plus instinctive de ces sauvages mêmes. [...]
L'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village; à tel point qu'un grand nombre de populations dites primitives se désignent elles-mêmes d'un nom qui signifie les «hommes » (ou parfois - dirons-nous avec plus de discrétion? - les « bons », les « excellents » , les « complets »), impliquant ainsi que les autres tribus, groupes ou villages ne participent pas des vertus ou même de la nature humaine, mais qu'ils sont tout au plus composés de «mauvais», de « méchants », de « singes de terre » ou « d'œufs de pou ». On va souvent jusqu'à priver l'étranger de ce dernier degré de réalité en en faisant un « fantôme » ou une « apparition». Ainsi se réalisent de curieuses situations où deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique. Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes avaient ou non une âme, ces derniers s'employaient à immerger des Blancs prisonniers, afin de vérifier, par une surveillance prolongée, si leur cadavre était ou non sujet à la putréfaction. [...]
      En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie.

                                                                             Claude Lévi-Strauss (1908-2009),  Race et histoire (1968)




jeudi 12 octobre 2017

séquence 3 L : Humanisme et Renaissance : texte complémentaire Baudelaire, "Le Voyage" (extrait) 1857



https://docs.google.com/document/d/1YMir031eNMSvuIj0q9pQOM_555WW6PMB65C_obkl22M/edit?usp=sharing


Charles Baudelaire,
                            « Le Voyage », CXXVI(extrait),

                                Les Fleurs du Mal (1857)




Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !




mercredi 11 octobre 2017

Séquence 3 L : Vers un espace culturel européen : Renaissance et humanisme : 1re L : Jean de Léry Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil (1578), chapitre XVIII



Jean de Léry,
Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil (1578),


chapitre XVIII (extrait), Terres littéraires p.304-305.




Quant à la société de nos sauvages, c'est une chose presque incroyable, et qui ne peut se dire sans faire honte à ceux qui ont les lois divines et humaines, comme étant seulement conduits par leur naturel, quelque corrompu qu'il soit, s'entretiennent et vivent si bien en paix les uns avec les autres. J'entends toutefois chaque nation entre elle-même, ou celles qui sont alliées ensemble : car quant aux ennemis, il a été vu en son lieu comme ils sont étrangement traités. Que si cependant il advient que quelques-uns se querellent (ce qui se fait si peu souvent que durant près d'un an que j'ai été avec eux je ne les ai jamais vu débattre que deux fois), tant s'en faut que les autres tâchent de les séparer et d'y mettre la paix, qu'au contraire quand les contestants se devraient crever les yeux l'un l'autre, sans rien leur dire ils les laisseront faire. Toutefois si quelqu'un est blessé par son prochain, et que celui qui a fait le coup soit appréhendé, il en recevra autant au même endroit de son corps par les proches parents de l'offensé et même si la mort s'en suit, ou qu'il soit tué sur le champ, les parents du défunt feront semblablement perdre la vie au meurtrier. Tellement que pour le dire en un mot, c'est vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, etc. mais comme j'ai dit, cela se voit fort rarement entre eux.
Concernant les biens de ce peuple, consistant en maisons, et (comme j 'ai dit ailleurs) en beaucoup plus de très bonnes terres qu'il nen faudrait pour les nourrir : quant au premier, se trouvant tel village entre eux où il y a de cinq à six cents personnes, encore que plusieurs habitent en une même maison : tant y a que chaque famille (sans séparation toutefois de choses qui puisse empêcher qu'on ne voie d'un bout à l'autre de ces bâtiments, ordinairement longs de plus de soixante pas) ayant son rang à part, le mari a sa femme et ses enfants séparés. Sur quoi il faut noter (ce qui est aussi étrange chez ce peuple) que les Brésiliens ne demeurant ordinairement que cinq ou six mois en ce lieu, emportant ensuite les grosses pièces de bois et les grandes herbes de Pindo, de quoi leurs maisons sont faites et couvertes, ils changent ainsi souvent de place en place leurs villages : lesquels cependant conservent toujours leurs anciens noms : de manière que nous en avons quelquefois trouvé d'éloignés des lieux où nous avons été auparavant, d'un quart ou d'une demi-lieue. Ce qui peut faire juger à chacun, puisque leurs tabernacles sont si aisés à transporter, que non seulement ils n'ont point de grands palais élevés (comme quelqu'un a écrit qu'il y a des Indiens au Pérou qui ont leurs maisons de bois si bien bâties qu'il y a des salles longues de cent cinquante pas, et larges de quatre-vingts), mais aussi que nul de cette nation des Toüoupinambaoults dont je parle, ne commence logis ni bâtiment qu'il ne puisse voir achever, voire faire et refaire plus de vingt fois en sa vie, si toutefois il vient en l'âge d'homme. Que si vous leur demandez pourquoi ils déplacent si souvent leur maisonnée, ils n'ont d'autre réponse que de dire que changeant ainsi d'air, ils s'en portent mieux, et que s'ils faisaient autrement que leurs grands-pères ont fait, ils mourraient soudainement.



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Introduction au texte précédent :


    1492: Christophe Colomb découvre l'Amérique et permet sa colonisation. Dés le XVIIe siècle, les récits de voyage se multiplient; les écrivains humanistes redoublent d'intérêt pour les peuples du nouveau monde. Certains sont de véritables voyageurs comme Jean de Léry. Léry est un cordonnier protestant parti pour le Brésil le 19 novembre 1556, à l'âge de vint-deux ans,  pour échapper aux guerres de religion qui sévissent en Europe. Sa mission est d'établir avec d'autres coreligionnaires une tête de pont au Brésil qui pourra servir de refuge et de base de départ pour implanter le protestantisme en Amérique du sud et aider Villegagnon déjà sur place depuis 1556. Le dimanche 7 mars, Léry et treize autres de ses coreligionnaires arrivent à Guanabara dans la baie de Rio. Mais Villegagnon se reconvertit au catholicisme et les protestants sont expulsés. Léry trouve refuge chez les Indiens Tupinambas. C'est cette expérience qu'il racontera dans un livre, Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil , publié dix-huit ans après son retour. Il y fera le récit de ses aventures et la description du Brésil, tout en gardant en mémoire les drames de la Saint-Barthélemy, à laquelle il fait allusion par exemple dans la description du cannibalisme des Tupinambas, selon lui moins condamnable que celui des catholiques envers leurs frères protestants pendant les guerres de religion . A son retour en France, il devient pasteur protestant et séjourne souvent à Genève, cœur culturel du protestantisme calviniste. En 1572, c’est la Saint-Barthélemy. Les massacres commencent à Paris, mais se prolongent ensuite dans toute la France : c’est le début de la 2nde guerre de religion. Chassé par ces massacres, il se réfugie dans la place forte de Sancerre, qui va être assiégée par les catholiques de janvier à août 1573. Ce sera pour lui une expérience intellectuelle car il va y rencontrer de nombreux pasteurs protestants, parmi lesquels certains sont de célèbres humanistes, ce qui va lui permettre d’approfondir sa culture. Mais ce sera surtout une expérience terrifiante car la ville assiégée va connaître une terrible famine et il assistera impuissant à la mort de nombreux de ses compatriotes protestants. Il racontera cette aventure en 1574 dans l’Histoire mémorable de la ville de Sancerre. C’est l’aventure de Sancerre qui fait de Léry un écrivain.  
Dans cet extrait, Léry raconte les relations sociales des Tupinambas, et décrit leur mode de vie ainsi que leur habitat.


Plan de commentaire :

I Des sauvages au mode de vie étonnant :
      A) nomade
      B) polygame
II Mais qui ont des points communs avec les Européens :
       A) vivent dans des maisons
       B) importance de la religion
       C) les familles
III Et qui peuvent servir d'exemple :
       A) paisibles
       B) loi du Talion (mais qui sert rarement)

autre plan possible :
Introduction :
Cet extrait permet à Jean de Léry de présenter le mode de vie des Tououpinambaoults ; à travers les détails anecdotiques du quotidien, l’auteur présente de manière idéalisée, mais amusante, voire utopique, cette société, proche de la Nature, donc plus en adéquation avec une certaine recherche Humaniste de l’existence, incitant ainsi à relativiser la mort ;
Problématique : démontrez comment Jean de Léry évoque le mode de vie de ce peuple, les Tououpinambaoults ;

I/ un raisonnement basé sur la concession :
1° une stratégie argumentative volontairement orientée :


2° des précisions personnelles et subjectives :



3° l’importance et la fonction du commentaire personnel :


II/ Léry démontre le caractère exceptionnel de ces sauvages :
1° leur caractère pacifique et juste :


2° Léry amène à permettre d’accepter l’altérité :



3° les particularités exotiques des Tououpinambaoults:



III/ un mode de vie en apparence utopique :
1° le besoin de liberté :



2° justice et religion :


3° peuple riche et évolué, digne d’intérêt :

Conclusion :
Ce dernier extrait du récit de Jean de Léry, Voyage en terre du brésil, amène à mieux cerner les particularités de ce peuple dans lequel a vécu l’auteur durant presqu’une année ; il donne une image globalement différente des indiens d’Amérique du Sud, et démontre que leur mode de vie apparaît aussi digne d’intérêt que celui des Européens , car y règnent la justice, la religion, un mode de vie en adéquation avec la nature, et des absences de contraintes. De ce fait, le lecteur peut en déduire tous ces éléments relèvent d’une monde et d’une société en apparence utopique, différente de celle proposée par Thomas More dans son roman Utopia (1534).
En fin de compte, Jean de Léry met en valeur une notion essentielle renvoyant à l’altérité et à la découverte amusante de l’Autre, d’où comme le dit Franck Lestringant dans son Introduction : « Le Cannibale aime le rire », rire représentation de Satan ?





lundi 9 octobre 2017

Séquence 3 L : Vers un espace culturel européen : Renaissance et humanisme : 1re L : Montaigne, Essais, Livre III, chapitre VI « Des Coches »

https://drive.google.com/file/d/0B4OSt_hVPMKcUk0xY1J3RFZiQmc/view?usp=sharing


Séquence 3 L : Vers un espace culturel européen : Renaissance et humanisme :  Montaigne, Essais, Livre III, chapitre VI  « Des Coches »

    Notre monde vient d’en trouver un autre (et qui nous répond si c’est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous-mêmes avons ignoré cettui-ci jusqu’asteure) non moins grand, plein et membru que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu’on lui apprend encore son a, b, c; il n’y a pas cinquante ans qu’il ne savait ni lettres, ni poids, ni mesure, ni vêtements, ni blés, ni vignes. Il était encore tout nu au giron, et ne vivait que des moyens de sa mère nourrice. Si concluons bien, de notre fin, et ce poète de la jeunesse de son siècle, cet autre monde ne fera qu’entrer dans la lumière quand le nôtre en sortira. L’univers tombera en paralysie; le premier membre sera perclus, l’autre en vigueur. Bien crains-je, que nous aurons bien fort hâté sa déclinaison et sa ruine, par notre contagion et que nous lui aurons bien cher vendu nos opinions et nos arts. C’était un monde enfant, si ne l’avons-nous pas fouetté et soumis à notre discipline, par l’avantage de notre valeur et forces naturelles, ni ne l’avons pratiqué par notre justice et notre bonté, ni subjugué par notre magnanimité. La plupart de leurs réponses et des négociations faites avec eux témoignent qu'ils ne nous devaient rien en clarté d’esprit naturelle, et en pertinence. L’épouvantable magnificence des villes de Cuzco et de Mexico, et, entre plusieurs choses pareilles, le jardin de ce roi, où tous les arbres, les fruits et toutes les herbes, selon l’ordre et la grandeur qu’ils ont en un jardin, étaient excellemment formés en or : comme en son cabinet, tous les animaux qui naissaient en son Etat et en ses mers : et la beauté de leurs ouvrages, en pierreries, en plume, en coton, en la peinture, montrent qu’ils ne nous cédaient pas non plus en l'industrie. Mais quant à la dévotion, observance des lois, bonté, libéralité, loyauté, franchise, il nous a bien servi, de n’en avoir pas tant qu’eux : ils se sont perdus par cet avantage, et vendus, et trahis eux-mêmes. Quant à la hardiesse et courage : quant à la fermeté, constance, résolution contre les douleurs et la faim, et la mort, je ne craindrais pas d’opposer les exemples que je trouverais parmi eux, aux plus fameux exemples anciens que nous ayons conservés aux mémoires de notre monde par-deçà. Car pour ceux qui les ont subjugués, qu’ils ôtent les ruses et batelages, de quoi ils se sont servis à les piper, et le juste étonnement qu’apportait à ces nations-là, le fait de voir arriver si inopinément des gens barbus, divers en langage, religion, en forme et en contenance, d’un endroit du monde si éloigné et où ils n’avaient jamais imaginé qu’il y eût habitation quelconque, gens montés sur des grands monstres inconnus, contre eux qui n’avaient non seulement jamais vu de cheval, mais bête quelconque duite à porter et soutenir homme ni autre charge; garnis d’une peau luisante et dure et d’une arme tranchante et resplendissante, contre ceux, qui, pour le miracle et la lueur d’un miroir ou d’un couteau, allaient échanger une grande richesse en or et en perles, et qui n’avaient ni science ni matière, par où tout à loisir, ils sussent percer notre acier; ajoutez-y les foudres et les tonnerres de nos pièces d’artillerie et de nos arquebuses, capables de troubler César même, qui l'en eût surpris autant inexpérimenté : et à cette heure contre des peuples nus, si ce n'est où l’invention était arrivée de quelque tissu de coton, sans autres armes, pour le plus, que d' arcs, pierres, bâtons et boucliers de bois; des peuples pris, sous couleur d’amitié et de bonne foi, par la curiosité de voir des choses étrangères et inconnues: comptez dis-je aux conquérants cette disparité, et vous leur ôtez toute l'occasion de tant de victoires.