lundi 10 juin 2019

2e séquence : la rencontre amoureuse en poésie : Le Symbolisme, Le Romantisme, la Pléiade


LE SYMBOLISME : dernier quart du XIXème
Caractéristiques, principes :
Le symbolisme est un mouvement de la fin du XIXème. Contrairement au naturalisme qui prétend représenter la réalité telle qu’elle est, bien visible, le symbolisme soutient que l’essentiel est invisible c’est la théorie des correspondances. (Théorie philosophique et poétique selon laquelle des liens mystérieux existent entre le monde invisible et le monde visible, entre l’intérieur de l’être humaine et l’univers extérieur, entre les diverses sensations qui renvoient à une même réalité spirituelle.) Les poètes symbolistes développent un goût pour le mysticisme et la voyance, ils recherchent la nuance et le travail de la mélodie. C’est une poésie intellectuelle.

Genres et registres dominant : La poésie
Thématiques :
L’inconnaissable ; Le spleen ; Le voyage ; La ville, la modernité ; L’idéal, l’absolu
Auteurs et œuvres clés :
Baudelaire, les Fleurs du Mal (1857)
Verlaine, Romances sans paroles (1874)
Rimbaud, Illuminations (1886)
Mallarmé, Poésies complètes (1887)
Apollinaire, Alcools (1913)


LE ROMANTISME : première moitié du XIXème
Caractéristiques, principes :
Le romantisme est un mouvement artistique et intellectuel de la fin du XVIIIème siècle, qui se développe par réaction contre la régularité classique jugée trop rigide et le rationalisme philosophique des siècles antérieurs. Le romantisme est caractérisé par la revendication des poètes, du «je » et du « moi », ainsi que par l’expression du génie individuel, l’imagination et la sensibilité. Les littéraires romantiques ont un goût pour l’exotisme, le mystère et le surnaturel.
En poésie, le romantisme est défini par la libération du vers, alors que dans les drames romantiques, les genres sont mélangés
Genres et registres dominant :
- Poésie lyrique et épique ; - Drame romantique ; - Conte fantastique ; - Roman
Thématiques :
- La culture du moi, la solitude, la nature, le mal du siècle, le sentiment religieux, le passé
- La passion ; - L’engagement politique
Auteurs et œuvres clés :
- Chateaubriand, Génie du christianisme (1802)
- Lamartine, Méditations poétiques (1820)
- Hugo, Hernani (1830), Les Châtiments (1853), Les Contemplations (1856)
Manifeste :

Hugo, « préface de Cromwell » (1827)

LA PLÉIADE : XVIe siècle


Caractéristiques, principes :
D’abord nommé « Brigade », la Pléiade, est un groupe de sept poètes français rassemblés autour de Ronsard. Leur nom est emprunté à sept autres poètes de l’Antiquité (Alexandrie, IIIème siècle) qui avaient eux aussi choisi le nom de cette constellation pour se désigner. Outre Ronsard, la Pléiade regroupe Joachim du Bellay, Guillaume des Autels, Pontus de Tyard, Jacques Peletire du Mans, Remy Belleau, Jean Dorat, Antoine de Baïf, Jean de la Péruse.
Les membres de la Pléiade cherchent à rompre avec la poésie médiévale et à exercer leur art en français. Ils ont un réel intérêt pour la langue française. Toutefois, celle-ci leur semble trop pauvre. Ils décident donc de l’enrichir par la création de néologismes. Ils défendent l’imitation des auteurs greco-latin et imposent les modèles antiques, ode, élégie. De plus grâce à eux le sonnet remporte un franc succès.

Genres et registres dominant : la Poésie lyrique

Thématiques :
L’amour, la jeunesse, la beauté ; La fuite du temps ; La nature

Œuvres et auteurs clés :
Ronsard, Les Amours (1552)
Du Bellay, Les Regrets (1558)

2e séquence : la rencontre amoureuse en poésie : le statut du poète


La représentation que le poète livre de lui-même

Depuis l’Antiquité, le poète, placé sous l’égide d’Apollon, est considéré comme un messager divin, un médiateur entre les dieux et les hommes. Son don de voyance lui donne la capacité de déchiffrer le monde et parfois même de le contrôler, à l’image d’Orphée, le Prince des poètes au chant enchanteur.Cette image du poète prophète perdure au fil des siècles. Au XVIe siècle, Du Bellay évoquait cette « honnête flamme au peuple non commune ». À l’époque romantique, Victor Hugo est l’« esprit d’une autre sphère », à la fois « prêtre » et « pâtre ». Rimbaud veut « se faire voyant », « voleur de feu » à l’égal de Prométhée. La question se pose alors du caractère divin du poète et de son intégration à la société. Tour à tour admiré, méprisé, envié ou exclu, le poète trouve refuge dans la solitude et l’écriture.Pourtant, l’engagement politique et social des poètes se manifeste dès le XVIe siècle. Ronsard, poète de la Pléiade, et le baroque Agrippa d’Aubigné composent des vers satiriques contre les guerres de religion. Au XIXe siècle, par Les Châtiments, Victor Hugo s’insurge contre Napoléon III. Les surréalistes expriment leur amour fou dans un contexte désastreux de guerre mondiale…Le poète endosse donc diverses fonctions, à caractère sacré et social. Comment expriment-ils cette ambivalence ? Quelle représentation donnent-ils d’eux-mêmes ? Entre Baudelaire, le maudit, et Mallarmé en quête d’un langage céleste, les images abondent et se contredisent.


2e séquence La rencontre amoureuse en poésie : QUESTIONS d' ORAL


QUESTIONS d' ORAL 

Quand vous serez capable de répondre à toutes ces questions, vous serez prêt(e) !


Q :  Quelles sont les différentes formes poétiques que vous connaissez ?
R : Le sonnet : poème de quatorze vers  en deux quatrains sur deux rimes embrassées et deux tercets. Généralement le dernier vers contient une chute.
L'ode : poème lyrique dont les strophes sont symétriques (même type de strophe, même type de vers)
Le calligramme : poème où les vers forment un dessin censé représenter le sens des vers.

 Quels types de vers connaissez-vous ?
monosyllabe : 1 vers
distique : 2 vers
Trisyllabe : 4
Quadrisyllabe ou Tetrasyllabe : 4
Pentasyllabe : 5
Hexasyllabe : 6
Heptasyllabe : 7
Octosyllabe : 8
Ennéasyllabe : 9
Décasyllabe : 10
Hendécasyllabe : 11
Alexandrin : 12

 Que connaissez-vous à l’organisation des rimes ?
 Que savez-vous de la forme du sonnet ?
 Définissez l’élégie.

R : Une plainte amoureuse   Qu’est-ce qui distingue la prose des vers ?
Le retour à la ligne.  Qu’est-ce qui différence la poésie de la prose ?
 Peut-on encore parler de poésie avec le poème en prose ou la prose poétique ?
 Quels sont les intérêts d’utiliser les vers / la prose en poésie ?
 La forme poétique « classique » est-elle une contrainte ?
 Qu’est-ce qui distingue la poésie des autres genres littéraires ?
 Quelle définition proposez-vous de la poésie ?
 Qu’est-ce qui fait qu’un texte est poétique ? // Qu’est-ce qui fait la poésie d’un texte ?
 Quelle est la spécificité de l’écriture poétique ?
 En quoi la forme poétique donne-t-elle plus de force au propos tenu dans un texte ?
 La poésie peut-elle se passer des images ?
 Quels rapports la poésie entretient-elle avec la musique ?
 Que pouvez-vous dire sur le genre et la forme des poèmes que vous avez étudiés ?
 Qu’est-ce qu’un art poétique ?
Questions d’histoire littéraire
 Définissez Pléiade / baroque / romantisme / Parnasse / symbolisme / surréalisme... (selon les textes étudiés).
 Pouvez-vous citez un poète / un poème appartenant à [tel mouvement] ?
 Qui sont les « poètes maudits » ?
 Citez trois poètes du XIXe siècle.
 Quelles sont les caractéristiques de la poésie classique et de la poésie moderne ?
 Poésie et modernité : le renouvellement des formes et des thèmes en poésie.
 Pouvez-vous citer un poème libéré des contraintes formelles ?
 Comment percevez-vous l’histoire du genre poétique ?
Questions sur les fonctions de la poésie
 Quelles sont les fonctions de la poésie ? // A quoi sert la poésie ?
 Quels sont le rôle et le statut du poète ? // A quoi sert le poète ? Comment le définir ?
 Pensez-vous que la poésie ne trouve son inspiration que dans les sentiments ? Quelles sont ses autres sources d’inspiration, ses autres missions ?
 Quels sentiments le poète fait-il naître chez le lecteur ?
 Pourquoi parle-t-on de poésie lyrique pour désigner la poésie qui exprime les sentiments ?
 A votre avis, à quoi sert la poésie lyrique ?
 La poésie est-elle la forme la plus appropriée au lyrisme / aux sentiments ?
 L’émotion suffit-elle à faire un poème ?
 La poésie est-elle le genre le plus approprié pour évoquer le sentiment amoureux ?
 La poésie engagée... Est-ce encore de la poésie ?
 La poésie est-elle utile ou inutile ?
 Poésie : exploration du monde ou création d’un autre univers ?
 La poésie est-elle un jeu sur le langage ?
 Quels rapports le poète entretient-il avec la société selon les époques ?
 Selon vous, quel est le poème le plus réussi de la séquence ? Pourquoi ?
 Justifiez le choix des poèmes du groupement.
 L’étude de la poésie en classe a-t-elle modifié la vision que vous en aviez ?
 La vie quotidienne est-elle poétique ?
 Qu’est-ce qu’un « objet » poétique ?
 La poésie idéalise-t-elle la réalité ?
 Comparez la chanson et la poésie.
 Est-il gênant de ne pas comprendre un poème au premier abord ?
 La poésie a-t-elle encore sa place aujourd’hui ? Sous quelles formes existe-t-elle ?
 Savez-vous un poème par cœur ? Pouvez-vous le réciter ?
 Avez-vous un poète préféré ? Pourquoi ?
 Aimez-vous la poésie ? Pourquoi ?
 L’écriture poétique vous semble-t-elle facile / difficile ?

1re Séquence "A la recherche du bonheur" : Texte 4 : "Au Cabaret vert"


Séquence N°1, Texte N°4



Au Cabaret-vert

cinq heures du soir


1      Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines
         Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
         - Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
        D
e beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

5      Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
        Verte : je contemplai les sujets très naïfs
        De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
        Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

9      - Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! -
       Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
      Du jambon tiède, dans un plat colorié,

     Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
13 D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
     Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Octobre [18]70

Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai




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Question orale :


Comment l'écriture poétique parvient-elle à retranscrire le moment de bonheur éprouvé par le poète ?

 L’analyse de la question posée : « écriture poétique » et « moment de bonheur » sont les mots-clés de la question : le passage de l’un à l’autre se faisant au moyen du verbe « retranscrire ». En d’autres termes, comment le poète parvient-il à traduire en mots un moment de bonheur intense et simple ?

Les éléments qui vont guider la réponse
• Il s’agit de voir comment au moyen des images, du rythme, des sonorités, Rimbaud parvient à rendre sensible ce qui a constitué pour lui un moment privilégié.
• L’intitulé de l’objet d’étude nous invite à examiner deux aspects : la manière dont la poésie constitue un effort pour donner sens aux multiples expériences de la vie en les traduisant dans des images et des jeux de langage ; la manière dont Rimbaud s’approprie les formes poétiques dont il hérite pour traduire sa sensibilité et son imaginaire.
• La date situe le texte dans la deuxième moitié du xixe siècle (en fait le poème a été écrit en 1871) et correspond à la période « symboliste » de la poésie, héritière de Baudelaire.
• Le titre du poème évoque un journal de voyage : un lieu et une heure précise.
• Le texte confirme la dimension autobiographique suggérée par le titre : indication de lieu, évocation d’une longue marche, les plaisirs de la vie.
• La forme se caractérise par la reprise de la tradition poétique (le sonnet) et des éléments d’innovation hérités de Hugo : multiplication des enjambements qui cassent le rythme de l’alexandrin et donnent un élan émotionnel ; insistance sur les sensations (« Verte », « d’ail ») ; attitude complaisante de la serveuse (« rieuse »), etc.
• Prosaïsme et truculence du langage en rapport avec la description qui évoque les scènes de taverne de la peinture flamande.
Le poème à analyser est un sonnet narratif d’Arthur Rimbaud, racontant sa « bohème » des années 1870. Le titre, « Le Cabaret-Vert », annonce plutôt une chanson à boire ou si l’on prend en compte l’indication temporelle, un journal de voyage. Il contraste avec la forme choisie, caractéristique de la grande tradition poétique. Quel effet Rimbaud recherche-t-il par ce contraste ? Comment Rimbaud utilise-t-il les moyens de la poésie pour rendre sensible l’intensité avec laquelle un jeune homme peut vivre certaines expériences en apparence ordinaires ?

La démarche  choisie est celle de l’analyse thématique :
 1) un moment de bonheur simple ;
 2) l’amplification des sensations et des émotions par les procédés poétiques ;
 3) Un tableau truculent.


PLAN détaillé  : 



I. Un moment de bonheur simple

1. Une poésie narrative avec des indications de lieu et de temps précises et des
éléments d’histoire évoquant un épisode de vagabondage
2. Le titre évoque un havre de paix, une halte joyeuse.
3. La description associe des impressions de modestie et d’abondance. Un lieu
modeste : repas de tartines, décor de mauvais goût mais la convergence de tous les
plaisirs de la vie (satisfaction sensorielle, plaisir de la table et de la chair).

II. L’amplification des sensations et des émotions par les procédés poétiques

1. La répétition du mot « jambon » qui entre par le son en écho avec « jambes » et par
le sens avec les « tétons énormes ».
2. Les plaisirs de la bouche célébrés à la rime : « tartines », « beurre », « gousse »,
« mousse ».
3. La reprise de la couleur verte dans le nom du cabaret et la description de la table.
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4. La syntaxe émotionnelle renforcée par les enjambements, qui donne l’impression
d’une suite d’exclamation : « verte », « rieuse ».
5. Des rimes fantaisistes qui évoquent un plaisir enfantin de jouer avec les mots :
tartines rimant avec bottines.

III. Un tableau truculent

1. L’effet d’accumulation produit à la fois par la liste des ingrédients et leur répétition,
mêlant dans une même jubilation visuelle les mets et les appas de la serveuse.
2. La vivacité de couleurs primaires et les jeux de lumières dignes de la peinture flamande ou impressionniste : la mousse dorée par le soleil couchant.

Conclusion :

Rimbaud joue avec la liberté qu’il s’octroie et la virtuosité des ressources du langage poétique. Il confère à une forme très classique, le sonnet, une énergie renouvelée qui réjouit le lecteur en donnant par la force du langage une couleur intense à un moment simple de l’existence. On sent bien que ce moment a été réellement vécu :
le poète réussit à partager avec le lecteur sa faim, sa lassitude et la détente que lui procure cette halte au « Cabaret-Vert ».

LES EPREUVES DU BAC NATHAN 



4e séquence : Giono, Un roi sans divertissement. M.V

Qui est M.V ?

1) M.V est appelé ainsi pour ne pas dévoiler son identité et éviter à ses descendants (voir incipit du roman) d'avoir des ennuis
2) M.V parce que dire son nom en entier risque de le faire venir. 
3) M.V est Monsieur Voisin. Votre voisin peut devenir un criminel, être tenté par la cruauté, le meurtre.
4) M.V = Même Vous, vous pouvez également être tenté. Ce que nous dit Giono à la fin de la guerre, c'est que n'importe qui peut devenir un criminel.

mercredi 5 juin 2019

5e séquence : l'Abbaye de Thélème

Séquence n°5 : Rabelais, « L’abbaye de Thélème », chapitre LVII,
Gargantua (1534)
Toute leur vie était ordonnée non selon des lois, des statuts ou des règles, mais selon leur bon vouloir et leur libre arbitre. Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient et dormaient quand le désir leur en venait. Nul ne les réveillait, nul ne les contraignait à boire, à manger, ni à faire quoi que ce soit. Ainsi en avait décidé Gargantua.
Pour toute règle, il n'y avait que cette clause, Fais ce que voudras ;     parce que gens libre, bien nés, bien instruits, conversant en bonne compagnie, ont par nature un instinct, un aiguillon qui les pousse toujours à la vertu et les éloigne du vice, qu’ils appelaient honneur. Ces gens-là, quand ils sont opprimés et asservis par une honteuse sujétion et par la contrainte, détournent cette noble inclination par laquelle ils tendraient librement à la vertu, vers le rejet et la violation du joug de servitude ; car nous entreprenons toujours ce qui nous est interdit et nous convoitons ce qui nous est refusé.
    Ils étaient si bien éduqués qu'il n'y avaient parmi eux homme ni femme qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d'instruments de musique, parler cinq ou six langues, et y composer, tant en vers qu'en prose. Jamais on ne vit de chevaliers si vaillants, si adroits au combat à pied ou à cheval, plus vigoureux, plus agiles, maniant mieux les armes que ceux-là ; jamais on ne vit de dames si fraîches, si jolies, moins acariâtres, plus doctes aux travaux d’aiguille et à toute activité de femme honnête et bien née que celles-là.

    C’est cette liberté même qui les poussa à une double émulation : faire tous ce qu’ils voyaient faire plaisir à un seul. Si l’un ou l’autre d’entre eux disait : « Buvons », ils buvaient tous ; s’il disait : " Jouons ", tous jouaient ; s’il disait : " Allons nous ébattre aux champs ", tous y allaient. S’il s’agissait de chasser à courre ou au vol, les dames, montées sur belles haquenées, suivies du palefroi de guerre, portaient sur leur poing joliment gantelé un épervier, un laneret, ou un émerillon. Les hommes portaient les autres oiseaux.
C’est pourquoi, quand arrivait le temps où l’un d’entre eux, soit à la requête de ses parents, soit pour d’autres raisons, voulait quitter l’abbaye, il emmenait avec lui une des dames, celle qui l’aurait choisi pour chevalier servant, et ils se mariaient. ; et s’ils bien avaient vécu à Thélème en amitié de coeur, ils continuaient encore mieux dans le mariage, et ils s’aimaient autant à la fin de leurs jours qu’au premier jour de leur noces.
Mais je ne veux pas omettre de vous retranscrire une énigme qu’on trouva dans les fondations de l’abbaye, sur une grande plaque de bronze.

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Texte 3 : l’abbaye de Thélème
Afin de remercier frère Jean de sa participation à la guerre contre Piicrochole, Gargantua lui accorde une récompense : fonder une abbaye idéale qui accueillera des jeunes gens et des jeunes filles qui recevront une éducation idéale, très loin de celle reçue par Gargantua. Ce sera l’abbaye de Thélème qui signifie en grec « volonté » et dont la seule règle est « fais ce que tu voudras »
I une éducation idéale
a) Une élite sociale
b) Un enseignement de chevalier
II une harmonie idéale
a) égalité homme/femme
b) harmonie entre l’individu seul et le groupe
III Une liberté idéale
a) une devise : « fais que tu voudras »
b) en opposition aux abbayes traditionnelles (savoir personnel)
c) Qui sont interdits d’accès à l’abbaye (savoir personnel)



5e séquence : Education de Gargantua

Séquence 5 François Rabelais, « L’éducation de Gargantua », XXI, Gargantua (1534)


Ensuite, il lui imposa un tel rythme d’études qu’il ne perdait pas un moment de la journée, mais passait tout son temps à étudier les Lettres et le savoir utile.
Gargantua se réveillait donc vers quatre heures du matin. Pendant qu’on l’astiquait, on lui lisait une page de la divine Ecriture, à haute et intelligible voix et avec une diction claire ; mission confiée à un jeune page de Basché1, nommé Anagnostes2. En fonction du thème et du sujet de ce passage, il se consacrait à vénérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, dont la lecture montrait la majesté et le jugement merveilleux.
Puis il se retirait aux lieux d’aisance pour se purger de ses excréments naturels. Là son précepteur répétait ce qui avait été lu en lui expliquant les points les plus obscurs et difficiles.
En revenant, ils considéraient l’état du ciel : s’il se présentait comme ils l’avaient noté le soir précédent, dans quelle partie du zodiaque entraient le soleil et la lune pour la journée.
Cela fait, il était habillé, peigné, coiffé, adorné3 et parfumé ; pendant ce temps on lui répétait les leçons de la veille. Lui-même les récitait par cœur et en tirait quelques conclusions pratiques sur la condition humaine ; ils y passaient parfois jusqu’à deux ou trois heures, mais d’habitude ils s’arrêtaient lorsqu’il avait fini de s’habiller.
Puis pendant trois bonnes heures on lui faisait la lecture.
Cela fait, ils sortaient, en conversant toujours du sujet de la leçon, et allaient se récréer au Jeu de Paume4 du Grand Braque ou dans une prairie ; ils jouaient à la balle ou à la paume, s’exerçant le corps aussi lestement qu’ils l’avaient fait auparavant de leur esprit.
Ils jouaient librement, abandonnant la partie quand ils voulaient et s’arrêtant ordinairement quand ils étaient bien en sueur ou fatigués. Alors, bien essuyés et frottés, ils changeaient de chemise et, se promenant tranquillement, ils allaient voir si le déjeuner était prêt. En attendant, ils récitaient clairement, en y mettant le ton, quelques sentences retenues de la leçon.
Cependant, Monsieur l’Appétit venait, et ils s’asseyaient à table au moment opportun. Au début du repas, on lisait quelque histoire plaisante tirée des anciennes légendes, jusqu’à ce qu’il eût bu son vin.
Alors, selon l’envie, on continuait la leçon ou bien ils commençaient à converser joyeusement ensemble ; les premiers temps, ils parlaient des vertus, des propriétés efficaces et de la nature de tout ce qu’on leur servait à table : le pain, le vin, l’eau, le sel, les viandes, les poissons, les fruits, les herbes, les légumes, et la façon dont ils étaient apprêtés. De cette façon, il apprit en peu de temps tous les passages se rapportant à ces sujets chez Pline, Athénée, Dioscoride, Galien, Porphyre, Opien, Polybe, Héliodore, Aristote, Elien5 et d’autres. En parlant, ils faisaient souvent, pour plus de sûreté, apporter à table les livres en question. Et il retint si bien en mémoire ce qu’on y disait qu’il n’y avait pas alors de médecin qui en sût moitié autant que lui.
Par la suite, ils parlaient des leçons lues le matin ; après avoir achevé le repas d’une confiture de coings, il se curait les dents avec un tronc de giroflier et se lavait les mains et le visage de belle eau fraîche, puis ils rendaient grâce à Dieu par quelque beau cantique à la gloire de la grandeur et de la bonté divines. Cela fait, on apportait des cartes, non pour jouer mais pour y apprendre mille petits tours et inventions nouvelles relevant de l’arithmétique.
Ainsi il se prit de passion pour la science des nombres, et tous les jours, après dîner et souper, ils y passaient leur temps aussi agréablement qu’il le faisait avant avec les dés ou les cartes. A force, il devint si savant en cette discipline, aussi bien théorique que pratique, que l’Anglais Tunstall6, qui en avait abondamment disserté, confessa qu’en vérité, par rapport à lui, il n’y entendait que les rudiments.
1Localité près de Chinon, en Indre-et-Loire
2Mot grec qui signifie « lecteur »
3Habillé
4Jeu qui consistait à se renvoyer une balle
5Références à des auteurs de l’Antiquité grecque ou latine
6Evêque de Durham


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L’éducation de Gargantua
Éduqué selon la méthode traditionnelle héritée des précepteurs du Moyen Âge, Gargantua, père de Pantagruel, est devenu « niais, tout rêveux et rassotté ». Son père décide de le confier à un maître moderne « Ponocrates », (en grec : dur à la fatigue ou bourreau de travail), qui lui fait alors oublier ce qu’il a appris en lui administrant un remède « qui lui lava le cerveau de toutes ses habitudes perverties ». Une nouvelle éducation lui est proposée. En quoi l’éducation donnée à Gargantua illustre-t-elle l’idéal humaniste ? Une nouvelle méthode d’éducation qui privilégie de nouveaux savoirs afin de créer un homme nouveau.
I Une nouvelle méthode éducative :
a) une maîtrise du temps
b) une répartition équilibrée des savoirs
II De nouveaux savoirs
a) éducation corporelle
b) éducation intellectuelle
c) éducation morale
III un homme nouveau
a) l’homme dans sa globalité
b) éducation d’un prince