vendredi 23 février 2018
jeudi 22 février 2018
Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Edmond Rostand, La Dernière nuit de Don Juan (1922)
Edmond Rostand, La Dernière nuit de Don Juan (1922)
Edmond
Rostand, La
Dernière nuit de Don Juan,
écrite
en 1911 et créée en mars 1922
DON JUAN Pas
d'excuse ! Je meurs, du moins, les poings fermés.
Sans t'avoir supplié !... L'Enfer ! J'en suis avide !
LE DIABLE au
Pauvre. Traîne-moi jusqu'ici ce beau costume vide
Où chacun glissera
son rêve...
DON JUAN
Hein ?
LE DIABLE
Tu vas voir
Quel drôle de petit enfer tu vas avoir !
DON JUAN L'enfer des
monstres... de Néron... d'Héliogabale?
LE DIABLE
Non ! un petit enfer de toile qu'on trimbale.
DON JUAN Le guignol
?... Je veux être un damné !
LE DIABLE
Tu seras
Une marionnette, et tu ressasseras
L'adultère éternel dans un carré bleuâtre.
DON JUAN
Grâce ! l'éternel feu !
LE DIABLE
Non! l'éternel théâtre!
DON JUAN Je ne veux
pas...
LE DIABLE, au
Pauvre.
Viens sur le sac me l'étrangler!
DON JUAN, [se
débattant entre les mains du Pauvre.] ... Aller dans le
guignol... Je ne veux pas aller...
LE DIABLE à Don Juan.
Viens aux doigts des montreurs abdiquer ta personne !
DON JUAN Dans
le guignol !
LE DIABLE
Nous commençons ! La cloche sonne !
Asseyez-vous toutes les femmes, sur le sol !
DON JUAN
Je ne veux pas aller dans le guignol !
LE DIABLE, au
Pauvre. Traîne-le jusqu'ici !
DON JUAN
Non, pas cette guérite !
Le grand cercle de feu que mon orgueil mérite !
LE PAUVRE Allons !
DON JUAN
Je veux souffrir ! Je n'ai jamais souffert !
J'ai gagné mon enfer ! J'ai droit à mon enfer !
LE DIABLE L'enfer
est où je veux, c'est moi qui le situe :
Certains hommes fameux le font dans leur statue ;
Tu
le feras dans ton pantin !
DON JUAN
En te bravant.
Du moins ! Le
marbre est mort, le pantin est vivant !
Il faudra
là-dedans, quand même…
LE DIABLE
Que tu brilles ?
DON JUAN Oui, je les
ferai rire encor...
LE DIABLE
Qui donc ?
DON JUAN
Les filles !
Je les amuserai sous les yeux des
parents !
L'OMBRE BLANCHE Toi
qui pouvais remplir les destins les plus grands !
DON JUAN
Je chanterai, frappant d'un bâton des poupées...
L'OMBRE BLANCHE Toi
qui pouvais tenir les plus grandes épées !
DON JUAN Je
chanterai : « C'est moi... »
L'OMBRE BLANCHE
Ah ! Ma larme s'éteint !
DON JUAN «
C'est moi le fameux Burl... »
LE PAUVRE [le
poussant dans le guignol.] Assez !
LE DIABLE
Sois donc pantin.
Homme qui veux te recréer à mon
image !
DON JUAN
[apparaissant dans le guignol, en marionnette.]
Le fameux Burlador !... Burlador... »
L'OMBRE BLANCHE,
[avec un désespoir infini.] Quel dommage!
Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Molière, Don Juan
Molière, Don Juan
SCÈNE
V
DOM
JUAN, UN SPECTRE, en femme voilée, SGANARELLE.
LE
SPECTRE, en femme voilée. — Dom Juan n'a plus qu'un moment
à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel, et s'il ne se repent
ici, sa perte est résolue.
SGANARELLE.—
Entendez-vous, Monsieur?
DOM
JUAN.— Qui ose tenir ces paroles? Je crois connaître cette voix.
SGANARELLE.—
Ah, Monsieur, c'est un spectre, je le reconnais au marcher.
DOM
JUAN.— Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c'est.
Le
Spectre change de figure, et représente le Temps avec
sa faux à la main.
SGANARELLE.—
Ô Ciel! voyez-vous, Monsieur, ce changement de figure?
DOM
JUAN.— Non, non, rien n'est capable de m'imprimer de la terreur, et
je veux éprouver avec mon épée si c'est un corps ou un esprit.
Le
Spectre s'envole dans le temps que Dom Juan le veut frapper.
SGANARELLE.—
Ah, Monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans
le repentir.
DOM
JUAN.— Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu'il arrive, que je sois
capable de me repentir, allons, suis-moi.
SCÈNE
VI
LA
STATUE, DOM JUAN, SGANARELLE.
LA
STATUE.— Arrêtez, Dom Juan, vous m'avez hier donné parole de
venir manger avec moi. DOM JUAN.— Oui, où faut-il aller?
LA
STATUE.— Donnez-moi la main.
DOM
JUAN.— La voilà.
LA
STATUE.— Dom Juan, l'endurcissement au péché traîne une mort
funeste, et les grâces du Ciel que l'on renvoie, ouvrent un chemin à
sa foudre.
DOM
JUAN.— Ô Ciel, que sens-je? Un feu invisible me brûle, je n'en
puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent, ah!
Le
tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom
Juan, la terre s'ouvre et l'abîme, et il sort de grands feux de
l'endroit où il est tombé.
SGANARELLE.—
Ah mes gages ! mes gages ! Voilà par sa mort un chacun
satisfait, Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles
déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés
à bout, tout le monde est content; il n'y a que moi seul de
malheureux, qui après tant d'années de service, n'ai point d'autre
récompense que de voir à mes yeux l'impiété de mon maître, punie
par le plus épouvantable châtiment du monde . Mes gages, mes gages,
mes gages.
|
Molière,
Don Juan, Acte V, scènes 5 et 6, dénouement
|
Séquence 5 bis L : Les réécritures / LES FINS DE DON JUAN / 1re L / Nikolaus Lenau, Don Juan (1844)
A
la fin du poème dramatique de l’écrivain romantique allemand
Lenau, apparaît Don Pet (personnage grotesque : Pet= Pedro= Pierre),
accompagné par toutes les maîtresses et des bâtards de Don Juan.
Don Pet provoque Don Juan en duel . Ce dernier décide alors, avant
de se battre, de coucher sur son testament ses 1003 maîtresses .
Nikolaus Lenau, Don Juan (1844)
DON
JUAN , à Don Pedro : je dépose entre vos mains de
chevalier mon testament, exécutez-le après ma mort. Quoique j'ai
toujours oublié d'épargner, il m'est pourtant resté des biens en
excédent. Pour chaque nom mentionné sur la liste il y a un legs
dans ce testament et chaque legs est d'un si fort montant qu'il
permet d'entretenir largement femme et enfant. Pour que ce relevé ne
provoque aucun doute, je l'ai pourvu d'un sceau et d'une signature.
Je n'ai pas négligé le vieux Catalinon, désormais il pourra
lui-même tenir valet.
Il
regarde la liste.
CATALINON,
réprimant ses larmes : Quelle farce joue encore mon
seigneur ! Il fait comme s'il allait succomber en duel et
pourtant son adversaire meurt dans tous les cas, je vois déjà clos
ses petits yeux si fiers. Qui veut battre Don Juan, le grand
bretteur, devra être quelqu'un d'autre que ce médiocre et saugrenu
adversaire de Ulloa, le fiston de Don Gonzalo de Ulloa, ce blanc-bec
au menton velouté, à l'esprit frocard, à pattes d'araignée, avec
une voix comme le chant des cigales, cette perche sèche et allongée,
si svelte à la façon d'une potence que l'un de nous, s'il était
justement hépatique et désespéré, pourrait se pendre en
s'accrochant à lui.
DON JUAN (lisant la liste, à part lui)
Souvenirs, dames autrefois aimées! desséchées jusqu’à la fleur dernière, jadis céleste musique ce qui à présent est un mot insipide. Que les choses se fanent donc vite, et les noms! Encore une fois le souvenir me fait passer de l’une à l’autre de ces gracieuses dames.Coutume pleine de sens que de sacrifier tous les ans sur l’autel des dieux les premiers-nés. Qu’elle est aimable, la première verdure des feuilles, le premier parfum, le premier chant d’une journée printanière ! qu’il est délicieux en mer près du lointain rivage, le premier coup d’œil sur la terre désirée! Les premières couronnes de la gloire sont aussi les plus brillantes, c’est le premier baiser qui donne l’ivresse la plus douce. S’il est encore dans l’au-delà un ciel, il doit lui aussi être au plus beau à sa frontière. C’est pourquoi l’on pouvait nommer ce qu’il y a de plus doux dans l’amour le premier effleurement d’une passion nouvelle. La tristesse provenant de ce que d’anciens enchantements se dissolvent rehausse l’attrait et la force du nouveau bonheur. Pourquoi faut-il que la source la plus riche tarisse! Oh! si nous pouvions mourir en chaque plaisir et renaissant avec un cœur rajeuni, nous précipiter au devant de délices toujours nouvelles!
(A Don Pedro.)
Voulez-vous prendre charge de ce document et l’exécuter ?
DON PEDRO
Sur ma parole de chevalier! par égard pour les délaissées.
DON JUAN (lui tendant le document)
C’est bien! Montrez maintenant si vous possédez l’art de l’escrime. Que vous êtes une mazette, je vais vous le prouver.(Ils se battent.)
DON JUAN (lisant la liste, à part lui)
Souvenirs, dames autrefois aimées! desséchées jusqu’à la fleur dernière, jadis céleste musique ce qui à présent est un mot insipide. Que les choses se fanent donc vite, et les noms! Encore une fois le souvenir me fait passer de l’une à l’autre de ces gracieuses dames.Coutume pleine de sens que de sacrifier tous les ans sur l’autel des dieux les premiers-nés. Qu’elle est aimable, la première verdure des feuilles, le premier parfum, le premier chant d’une journée printanière ! qu’il est délicieux en mer près du lointain rivage, le premier coup d’œil sur la terre désirée! Les premières couronnes de la gloire sont aussi les plus brillantes, c’est le premier baiser qui donne l’ivresse la plus douce. S’il est encore dans l’au-delà un ciel, il doit lui aussi être au plus beau à sa frontière. C’est pourquoi l’on pouvait nommer ce qu’il y a de plus doux dans l’amour le premier effleurement d’une passion nouvelle. La tristesse provenant de ce que d’anciens enchantements se dissolvent rehausse l’attrait et la force du nouveau bonheur. Pourquoi faut-il que la source la plus riche tarisse! Oh! si nous pouvions mourir en chaque plaisir et renaissant avec un cœur rajeuni, nous précipiter au devant de délices toujours nouvelles!
(A Don Pedro.)
Voulez-vous prendre charge de ce document et l’exécuter ?
DON PEDRO
Sur ma parole de chevalier! par égard pour les délaissées.
DON JUAN (lui tendant le document)
C’est bien! Montrez maintenant si vous possédez l’art de l’escrime. Que vous êtes une mazette, je vais vous le prouver.(Ils se battent.)
DON
JUAN
Vraiment, vous êtes ce pour quoi je vous ai pris. Trois fois déjà j’aurais facilement pu vous percé le cœur, ce cœur si plein de haine, mais si mal protégé, si je me servais plus sérieusement de mon épée. Voici touché -encore touché – et encore! Vous versez bien du sang sur mes planches. En maints endroits je vous ai mis en perce, mais je ne vous fais en jouant que des piqûres légères. Don Pedro, par ma foi, je ne me suis jamais senti plus à l’abri que devant votre attaque. Le duel avec vous, je l’appelle jeu d’enfant. Oui, votre escrime est de tout repos.
DON PEDRO
Inflige-moi la mort, non ces petites saignées. Ne me fais pas d’affront, homme exécré! Au combat le diable seul peut te vaincre. Pousse ferme, que je ne puisse plus te voir!
DON JUAN
Mon ennemi mortel est livré entre mes mains. Mais cela même m’indiffère, comme la vie tout entière.
(Il jette son épée, Don Pedro le transperce).
NIKOLAUS LENAU (1802-1850), Don Juan (1844) fin, (trad. W. Thomas).
Vraiment, vous êtes ce pour quoi je vous ai pris. Trois fois déjà j’aurais facilement pu vous percé le cœur, ce cœur si plein de haine, mais si mal protégé, si je me servais plus sérieusement de mon épée. Voici touché -encore touché – et encore! Vous versez bien du sang sur mes planches. En maints endroits je vous ai mis en perce, mais je ne vous fais en jouant que des piqûres légères. Don Pedro, par ma foi, je ne me suis jamais senti plus à l’abri que devant votre attaque. Le duel avec vous, je l’appelle jeu d’enfant. Oui, votre escrime est de tout repos.
DON PEDRO
Inflige-moi la mort, non ces petites saignées. Ne me fais pas d’affront, homme exécré! Au combat le diable seul peut te vaincre. Pousse ferme, que je ne puisse plus te voir!
DON JUAN
Mon ennemi mortel est livré entre mes mains. Mais cela même m’indiffère, comme la vie tout entière.
(Il jette son épée, Don Pedro le transperce).
NIKOLAUS LENAU (1802-1850), Don Juan (1844) fin, (trad. W. Thomas).
samedi 17 février 2018
Classicisme
Classicisme :
Définition: Le classicisme est un mouvement littéraire et artistique se développant en France puis en Europe dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il désigne un ensemble de valeurs, de principes qui définissent un idéal et définit par des normes.
Règles du classicisme:
Il existe plusieurs règles:
-Tout d'abord il y a la règle des trois unités, c'est à dire une unité de temps, une unité de lieu et une unité d'action.Cette règle des 3 unités était censée attirer l'attention du spectateur.
-Une deuxième règle est la règle de bienséance, pour ne pas choquer les spectateurs, les meurtres, les suicides devaient se dérouler à l'extérieur de la scène, et être racontés par un personnage. De plus il ne doit y avoir ni violence, ni grossièreté, ni offense à la morale, ni mélange de classes sociales.
- Puis la règle de vraisemblance, c'est-à-dire que l'intrigue et la situation d'énonciation doivent être possibles et réalistes.
Le classicisme est donc considéré comme un idéal à cette époque, elle est basée sur l'honnête homme qui incarne donc le modèle (cultivé, humble et courtois), il respecte les usages, s'intéresse aux arts et aux sciences et surtout agit selon la raison, dit les anciens (Grec et Latins).Les modèles Grecs et Latins sont donc le fondement du classicisme, soutenu par Perrault, La Fontaine ou encore Aristote.
Le classicisme est à son apogée sous le règne de Louis XIV où l'on reconnait des caractères d'ordre et d'équilibre. Des théoriciens où plutôt des académistes ont mis en place les règles strictes du classicisme pour créer un unanimisme, une harmonie des textes et surtout de remettre un peu d'ordre après l'excès du mouvement baroque. Louis XIV voulait montrer la beauté du peuple français, laisser sa trace dans l'histoire et surtout prouver sa gloire
vendredi 16 février 2018
Séquence 3, Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours. Albert Camus, L'Etranger (1942), textes complémentaires : Molloy et Baudelaire
https://drive.google.com/file/d/1-eRjevsBq2pLCJIS5aSAdWwTJ-g-O2kO/view?usp=sharing
L'étranger
"Qui
aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère,
ta sœur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !"
Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris (1862)
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !"
Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris (1862)
Beckett,
Molloy (1951)n
samedi 10 février 2018
Epicurisme
Pour les épicuriens, le plaisir est l’absence de douleur physique (aponie de poneo qui signifie souffrir) et l’absence de trouble psychologique (ataraxie du verbe tarasso, troubler, agiter).
La cessation de la douleur est en elle-même un plaisir. Epicure parle de plaisir statique, ce qui correspond à un équilibre de l’individu en toutes ses parties (ex: ne plus avoir soif après avoir bu). Le sage vise donc un état de sérénité intérieure et corporelle dans la satisfaction de ses besoins nécessaires et naturels. Il s’agit donc de se contenter des plaisirs simples que la nature peut nous apporter. Epicure distingue en outre les plaisirs naturels et nécessaires que l’on doit satisfaire (manger, boire, dormir + plaisirs de l’esprit) des plaisirs naturels et non nécessaires (ex boire du vin à la place de l’eau) ou encore des plaisirs non naturels et non nécessaires (ex: richesse, gloire) qui maintiennent finalement l’homme dans l’agitation et l’insatisfaction parce qu’ils ne connaissent pas de limites.
"Carpe diem quam minimum credula postero" "Cueille le jour en croyant le moins possible à l'avenir."
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